THOMAS A-KEMPIS
comme sous-prieur un homme qui s'est fait un nom immortel pai* un livre unique au monde : l'Imitation de Jésus- Christ, admirable résumé des doctrines des frères de la vie commune (^).
Quelle grande idée ne devrions-nous pas avoir de cet institut célèbre quand il n'aurait formé qu'un seul homme, comme Thomas Hemerken, ou Thomas a-Kempis, surnom emprunté à Kempen, petite ville non loin de Cologne, où il était né vers 1380, et qui, avec son château, sa fabrique de toiles, ses distilleries et ses 3,000 habitants catholiques (*), ne mérite une mention dans les géographies modernes que parce qu'elle est le lieu de naissance de cet illustre fils d'un orfèvre (y.
Je sais qu'on a voulu lui ravir son plus beau titre de gloire pour en décorer Gerson ; mais je pense qu'après l'admirable monument de critique littéraire que feu M. Malou, évêque de Bruges, a érigé à la mémoire de Thomas a-Kempis, on ne tentera plus que vainement de faire de fausses restitutions (^.
On sait que ce livre d'amour mystique fut écrit au milieu du grand schisme d'Occident, où pendant cinquante ans l'Église fut divisée entre des papes rivaux, s'excommuniant les uns les autres et compromettant la plus haute dignité du catholicisme par les phis cruels outrages.
(•) Delprat, p. 258 {!" édition).
(*) Malte-Brun, t. in,p. 125.
l^) MooREN, p. 1,2, 32 et 33.
(*) Voir BôHRiNGER, p. 701-705. — Cependant, les gersonistes ont de nouveau fait valoir leurs prétentions avec beaucoup de chaleur.^ Voyez Vert, Études historiques et critiques sur V Imitation de Jésus-Christ, Paris, 1853. — M. Busken-Huet, dans le Qids de 1861, t. II, p. 438 et suiv., est également défavorable à Thomas a-Kempis. Ml Guénebault, au contraire, s*est prononcé pour lui dans la Reçue archéologique, t. XI, p. 315-317. — M. MoU {Kerkgeschiedenis van Nederland voor de ffervorming, ' t. II *, p. 362-375) a vivement plaidé la cause de Thomas a-Kempis au moyen de la littératui*e ecclésiastique des Pays-Bas au xiv® et au xv* siècle et en montrant à Windesheim un second Tliomas dans Gerlach Peters. — Voyez d*autres preuves dans de Kaiholiek, t. XX, p. 137 et suiv.
Élève de l'école de Deventer à l'âge de douze ans, Thomas a-Kempis fut reçu, eix 1599, comme membre de la communauté du mont Sainte-Agnès, où son frère Jean était prieur. Après sept ans d'épreuves, il y fit en 1406 ses vœux d'obéissance à la règle de Saint-Augustin, reçut la prêtrise en 1412, devint sous-prieur en 1425 et mourut le 26 juillet 1471 Ç),. laissant la réputation d'un homme véritablement apostolique et véritablement chrétien f).
En ce temps-là, la maison de Sainte- Agnès, située sur un terrain montueux et couvert de ronces, était encore une fondation récente. Tout y manquait, tout y était à créer, au milieu d'obstacles auxquels on n'avait pas lieu de s'attendre. Ije biographe de Jean a-Kempis nous le représente, tout prieur qu'il était, tantôt maniant la truelle, tantôt creusant le sable et le transportant sur des charrettes comme un simple manœuvre. Sans doute, Thomas ne s'y épargna pas plus que son frère. A cause de la grande pauvreté de ses religieux, Jean leur permit de transcrire des livres, dont la vente subvenait aux besoins les plus pressants de la communauté. Thomas avait pour ce genre d'occupation une aptitude toute particulière, et parmi ses productions calligraphiques, on signale surtout un missel, une bible complète en quatre volumes in-folio, travail en quelque sorte herculéen, chefd'œuvre d'écriture demi-onciale, et quelques opuscules de saint Bernard, où l'on remarque le plus grand art et la plus grande habileté. Du temps de Rosweyde, le premier de ces ouvrages, qui date de 1414, était conservé dans la bibliothèque des chanoines réguliers de Saint-Martin, à Louvain ; le second, terminé en 1459, au monastère du Corps du Christ, à Cologne f).
Thomas a-Kempis était un jeune homme d'une taille au-des-
(*) A l'âge de 92 ans.
(«) MooREN, p. 106, 115, 116, 118, 121 et 140.
(') Vanderspekten, apud Tebwbcoren, Collection de précis historiques, 1864, p. 433 et 434.