RÉFORME DU CLERGÉ AUX PAYS-BAS
Malgré toutes les tentatives de réforme faites en Hollande, la fin du XV' siècle fut troublée par des guerres civiles et par des désordres de toute espèce. Les écrivains du temps n*ont qu'une voix pour déplorer les mœurs dissolues et les attentats monstrueux des ecclésiastiques et des moines de ce temps-là. Leur nombre devenait si formidable qu'on fut obligé de leur défendre la construction de nouveaux édifices. Les religieux mendiants ruinaient, en outre, tellement le peuple par leur gueuserîe effrontée qu'il fallut leur prescrire des règlements et des heures pour faire leurs quêtes. A l'exemple de la cour de Rome, qui, par ses annates, ses bénéfices et ses indulgences mises aux enchères, attirait à elle seule le meilleur argent de la chrétienté, les clercs employaient les vénalités les plus scandaleuses pour s'enrichir aux dépens d'un peuple crédule et superstitieux. On raconte à ce sujet un tour assez plaisant joué à un prêtre de cette province : Un homme qui ne voulait pas être dupe, vint un jour à confesse; moyennant une somme considérable, il obtint du prêtre l'absolution de tous ses péchés, non seulement passés, mais futurs. Sentant alors sa conscience dans un état de grâce imperdable, il alla attendre son confesseur sur le grand chemin, l'aborda, mais pour le détrousser entièrement. L'homme d'Église lui faisant des remontrances : « Comment ! répliqua le pénitent, n'êtesvous pas content que je vous laisse la vie? J'eusse pu vous l'ôter sans offenser Dieu. Ne m'avez-vous pas donné une indulgence plénière pour tous mes crimes futurs? Si elle est bonne, je n'ai rien à craindre. Si elle ne vaut rien, ne dois-je pas vous reprendre mon bien, et vous punir comme un imposteur (^)? »
Quelques années après (1506), le diable avait trouvé moyen de se glisser dans le couvent de Sainte-Marie-Madeleine à Gouda : c'était sous la forme d'un beau garçon, qui se plaisait à porter des mains téméraires sur les chastes
(*) Cbrisibr, t. II, cité par VEsprii des Journaux, février 1778, p. 15-16.
sœurs, et se permettait avec elles d'étranges licences. 11 se métamorphosait quelquefois en bête, ne cessant de tourmenter les pauvres nonnes, auxquelles il faisait [>resque perdre la raison. Cependant, à force de pénitences, d*aumônes et de mortifications, les religieuses finirent par remporter la victoire, et un beau matin le prince des ténèbres avait disparu (*).
L'impureté et l'avarice des prêtres de ce temps étaient en opposition flagrante avec les théories de l'Église sur la pureté et la continence exigées du clergé. Ces théories lui commandaient de dompter ses désirs et ses concupiscences, de fuir le monde et ses richesses. Or, aucune puissance de la terre ne savait comme l'Ëglise accumuler les biens de la terre ; en ce qui concernait le luxe et les jouissances matérielles, les ministres du ciel dépassaient du tout au tout les laïques (^. Encore s'ils avaient montré pour les autres une indulgence dont ils avaient besoin eux-mêmes! Mais ils n'en étaient que plus ardents à la persécution. Les barbaries exercées contre les Vaudois le furent en vertu de sentences rendues par des juges ecclésiastiques. On vit en 1460 et 1461 des malheureux amenés, à force de tortures et de séductions, à s'avouer cour pables ou à désigner de nouvelles victimes. Ils se rétractaient sur l'échafaud, mais c'est là, disait l'Église, un des caractères de la sorcellerie. On ne fournissait pas de preuves solides, mais elles étaient inutiles; les principaux témoins sont-ils des filles perdues, des gens infâmes : il ne faut rien dédaigner quand il s'agit d'une sainte cause. On poursuivait ainsi trjois sortes d'accusés, des citoyens riches qu'on voulait dépouiller, des magistrats incorruptibles dont on voulait se venger et des misérables auxquels on arrachait de nouvelles accusations et qu'on faisait parler comme on le jugeait convenable. A la tête de cette horrible procédure, paraissent plusieurs
(1) Cerisier, t. Il, p. 337-338.
(^) Hagkn, 1. 1, p. 4-5.