RÉFORME DU CLERGÉ AUX PAYS-BAS. 2H
défis à qui viderait les coupes les plus larges et les plus pleines (^). Dans l'ordonnance publiée par ce prélat, il fut prescrit aux ecclésiastiques de fuir la simonie, le trafic et l'usure, de ne pas porter des armes prohibées, de ne pas admettre plus de trois parrains pour le baptême d'un enfant, de ne pas hanter les tavernes, de ne pas donner de représentations théâtrales, de ne pas faire de mascarades dans les églises ou sur les cimetières, de ne pas dire deux messes le même jour, de distribuer gratuitement les sacrements de l'Église, de ne pas mettre en gage les objets sacrés f).
En 1510, ces prescriptions furent renouvelées par l'évêque Gui d'Avesne, frère de Jean II, comte de Hollande et de Hainaut f).
En 1376, le magistrat et les bourgeois de Leyde se plaignirent à l'évêque d'Utrecht de ce que les prêtres fomentaient la guerre et la discorde, fréquentaient des lieux suspects, couraient nuitamment les rues et se permettaient toute sorte d'insolences. Ce prélat autorisa l'écoutète de Leyde à les arrêter, les emprisonner et les livrer ensuite à l'autorité épiscopale (^.
En 1585, les moines de Zierickzée menaient une vie telle, que le magistrat fut forcé de les chasser de la ville. En 1588, ceux qui les avaient remplacés, ayant appris qu'il s'agissait de rappeler leurs prédécesseurs, se hâtèrent de vider secrètement les lieux en emportant tout ce qu'ils pouvaient, livres, vases, ornements sacerdotaux.
Les plaintes formées par la Hollande contre les richesses, l'ignorance et les mauvaises mœurs du clergé devenaient tous les jours plus graves : à Delft, on prit des mesures énergiques pour arrêter le mal, et, dans toute cette province, on parla de dépouiller les prêtres au profit des pauvres. On
{«) Batavia sacra, t. I, f. 267.
(«; Ibid., f. 268.
(5) Ibid,, t. II, f. 174 et suiv.
(4) Ibid., f. 201.
disait : Ces biens ont été donnés au clergé pour soulager les malheureux et pour propager la foi. Or, il ne s'acquitte plus de ces devoirs ; donc la dépossession est de droit {^).
En 1450, Henri Wilde, de Bois-le-Duc, prieur d'ui^ couvent d'Amsterdam, y introduisit par force des réformes. Les qioines de ce couvent n'avaient pas rougi d'intercaler des images obscènes dans leurs livres de chant f).
La Hollande et la Zélande se divisaient en doyennés et en prévôtés. Les doyens et les prévôts étaient préposés à la recette des dîmes, amendes et autres revenus de l'Église, et présidaient aux juridictions dépendantes de l'évéque d'Utrecht. Ces ofBciaux attentaient journellement à l'autorité temporelle par les évocations qu'ils faisaient des affaires laïques, sous prétexte que la religion ou quelqu'un de ses ministres était intéressé dans la contestation. Les appels se portaient devant le juge épiscopal, et, par ce moyen, l'évéque d'Utrecht étendait son pouvoir sur les domaines du prince. La plupart des églises avaient le droit de franchise, dont elles se servaient pour dérober un grand nombre de criminels au supplice. Ces tribunaux ne punissaient les crimes que par des amendes; les époux clandestins, les adultères, les personnes qui travaillaient les fêtes ou les dimanches en étaient quittes pour de l'argent; et si, par hasard, un enfant tombait dans l'eau ou dans le feu, la famille entière, quelquefois tout le pays était taxé de grosses sommes pour la négligence, réelle ou fausse ! Philippe le Bon résolut de mettre un terme à ces abus (1435) par une ordonnance qui limitait la juridiction des doyennés et des prévôtés, exceptait du privilège de franchise ceux qui seraient accusés de lèse-majesté ou d'assassinat prémédité, et ordonnait aux supérieurs des églises et des monastères de livrer le coupable à la première réquisition du juge séculier f).
(*) J. Le Long, HistoHsche heschHjving van de rcformatie der stadt Amsterdam, Amst., 1729, f. 282, 283, 284 et 288.
(*) Id., ibid., f. 255.
(') îkjJARDiN et Sbllids, /. c, p. 43-44, et ibid,, les pi-euves.