LUTTE DU TEMPOREL CONTRE LE SPIRITUEL
commissaires du duc parvinrent à gagner, à force de ruses, les Brabançons el les Zélandais et à isoler ainsi les Hollandais, qu'ils espérèrent vaincre pardes menaces. Antoine Hanneron, prévôt de Saint-Donatien à Bruges, le principal agent du duc dans cette affaire, leur fit entendre le langage le plus dur et les somma de payer d'avance deux ou trois années de rentes, que ce fût juste ou injuste, permis ou non, et dussent-ils vendre tous leurs biens, meubles et immeubles, et jusqu'aux ornements de leurs églises. Et joignant l'action à la parole, le gouvernement fit arrêter trois prêtres, qui furent aussitôt chargés de chaînes et incarcérés à La Haye ; d'autres furent conduits à Malines. Mais l'homme le plus violent fut Jean Van Boschuysen, chambellan du duc, qui, en 1476, voulut qu'on emprisonnât tous les membres du clergé réunis à La Haye, les traita de ribauds et de bourreaux, et procéda contre eux par des saisies-exécutions. En s'emparant des vases sacrés, il leur montra le crucifix et s'écria : « Voilà votre maître! Eh bien, qu'il vous vienne en aide (^) ! »
Quant à la justice, comme, dans les tribunaux ecclésiastiques, les témoins étaient souvent de faux délateurs, les innocents étaient contraints de se mettre h l'abri de leurs dénonciations moyennant argent, si bien que ces tribunaux ne paraissaient plus être qu'un nouveau moyen d'enrichir les prélats. C'est pourquoi les pays de Groningue et de Drenthe avaient pris depuis longtemps des mesures énergiques contre cet abus f).
(*) Le Long, Mtstorische be^chrijmng der Reformatiez, etc., f. 379-383.
(*} Von dkr Hardt, Concil, Const., t. I, 3, p. 23, 8, p. 421. — Driessen, Momtmeyiià Groningana, t. I, p. 115-117. — Gieseler, t. Il, p. 3-298 et 300. — Conf. sur toutes ces matières. Archives du royaume, collection Routard, vol. Il, fol. 263 et suiv. : « Copie d'une ordonnance du duc Philippe de Bourgogne de n admettre en Brabant à exécution aucuns mandemens spirituels, sans permission do Tofificier et magistrat d'une des sept chefs-villes. — Extrait d'un privilège du même duc par lequel il promet de défendre ses sujets du pays de Bmbant de tous traitemens illicites de la part des jurisdictions spirituelles. — Copie d'une résolution de Tôtat noble et des chefs-villes de Brabant représentant le tiers état, de se donner mutuellement aide et assistance pour s'opposer aux mandements des-cours spirituelles
Un autre abus, des plus funestes et des plus révoltants, était celui de la commende, qui avait pour résultat de livrer le titre d'abbé, avec la plus grande partie des revenus d'un monastère, à des ecclésiastiques, étrangers à la vie régulière, trop souvent même à de simples laïques, pourvu qu'ils ne fussent pas mariés. Cet abus portait une atteinte profonde aux institutions régulières. Le Brabant, grâce à ses franchises politiques, put imposer à ses souverains, même les plus puissants, tels que Charles-Quint et Philippe II, l'obligation de le préserver de cette ignominie. L'article 57 de la Joyeuse-Entrée de Brabant portait : « Le souverain ne donnera en aucune manière ou ne laissera donner en com' mende aucune abbaye, prélature ni dignités de Brabant. » Cela est d'autant plus digne de remarque que, dans l'Italie si catholique, on voyait le Mont-Cassin, berceau et foyer de l'ordre des bénédictins, subir la honte d'être du nombre des seize abbayes dont était pourvu, dès le berceau, comme d'autant de hochets, le fils des Médicis qui devait s'appeler Léon X^ On y voit l'antique abbaye livrée, vers 1530, à un Napoléon Orsini, qui en fait le quartier général d'une bande de brigands avec laquelle il ravage toute l'Italie centrale, jusqu'au jour où il se fait tuer en voulant enlever sa propre sœur à celui qu'elle devait épouser. « On souffre d'avoir à dire que des traits semblables se présentent dans plus d'une page de l'histoire de ces temps orageux {^). »
Jusqu'au xfv® siècle, les institutions de bienfaisance floris-
qu'on voudroit mettre à exécution contre le dispositif de l'ordonnance du duc Philippe de Bourgogne, du 3 janvier 1447. — Extrait de la seconde addition de la Joyeuse-Entrée du prince d'Espagne, où il est dit que les coui's spirituelles ne pourront prendre cognoissance que de trois causes, à savoir de la validité et de Finvalidité des testaments, des contrats anténuptiaux et des biens spirituels amortis. — Extrait d une ordonnance de Philippe second, roi d'Espagne, par laquelle il est déclaré qu aucune bulle, provision ou impétration de la cour de Rome ou des nonces apostoliques, ni aucune sentence portée hors des provinces des Pays-Bas par quelque cour spirituelle, tendant directement ou indirectement au pr^udice du bien pablic ou de quelque particulier, ne pourra être mise à exécution sans avoir été placHé». • (*) MoNTALEMBERT, Les moùiss (TOccident, Paris, 1860, t. I, p. CLxn-CLXiv.