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SES IDÉES SCIENTIFIQUES ET PHILOSOPHIQUES

œuvres en contient plusieui's autres sur les transmutations géométriques, sur les perfectionnements mathématiques, sur la mesure des droites et des courbes et jusque sur la quadrature du cercle. Un de ses manuscrits, conservé a la Bibliothèque de Bourgogne, soutient même l'hypothèse du mouvement de la terre, déjà indiquée dans le livre De docta ignoranlia. Son dialogue De slalicis experimentis fait connaître un bathomètre et un hygromètre pour démontrer que les plantes prennent leur nourriture dans l'air atmosphérique (^).

On sait qu'il avait présenté au concile de Baie un projet de réforme du calendrier, qui ne fut repris que^sous Grégoire XIII. c< Il a eu la première idée, nous dit Chasles (^, de faire rouler, au sujet de la quadrature, un cercle sur une ligne droite », et l'on en a conclu qu'il connaissait le cycloïde dès l'an 1450. On ne peut, dans tous les cas, lui refuser l'immense mérite d'avoir largement appliqué la méthode géométrique à la théologie et d'avoir ainsi concouru à renverser l'échafaudage de la vieille scolastique, pour ouvrir les voies rationnelles de la philosophie moderne.

Cusa n'avait pas seulement rêvé la transformation de l'Église catholique, mais encore celle de l'empire d'Allemagne. Pour réaliser ce rêve politique, il voulait l'émancipation du pouvoir temporel et la reconstitution de ce pouvoir au moyen d'un ordre judiciaire indépendant, d'assemblées nationales régulières, d'une armée nationale permanente, d'un code et d'un trésor comnuuis f).

C'est dans l'introduction du troisième titre de sa Concordance catholique que Cusa s'est appliqué à développer ses idées et ses principes politiques, empruntés en grande partie à Aristote. D'après lui, l'idée de l'État est fondée dans la

(*) QuETELET, Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les Belges, p. 59-60.

i^) Apeixu historique des méthodes de f/éométj-ie, p. 529, Bruxelles, 1837.

(•*) De concordantia catholica, lib. III, c. 36. — Ranke, Deutsche Geschichtc im ZeitaUei" d^ Reformations t. I, p. 101-103. — Hagex, Deutsche Geschichie, t. m, p. 445-449.

230 ORIGOES DE LA REiNAISSAlXCE.

nature humaine : l'homme est de sa nature un être politique. L'État est donc nécessaire à la conservation et au bonheur du genre humain et doit être dirigé, conformément à la vertu, par les plus sages, avec l'adhésion des autres, vers Futilité commune et d'après des lois fixes. Parmi toutes les formes de gouvernement, c'est la monarchie qui mérite la préférence, et la monarchie élective sur l'héréditaire. Le cardinal attribue au prince dans l'État la même fonction que celle du cœur dans le corps humain. Sa mission est d'animer tout l'État par la discipline des lois. Il faut qu'il donne toute son attention à ce qu'il ne s'établisse pas une trop grande inégalité entre les sujets; car, sous ce rapport, la rupture de l'équilibre mettrait la constitution en péril. Il faut enfin que le prince possède une grande sagesse, une grande prudence et une grande expérience, afin de pouvoir guérir par des mesures salutaires les maladies dont souffrirait l'État f ).

Cusa flagelle en termes violents l'ambition des princes et de l'empereur, dans laquelle il voit la source de tous les maux, guerres, factions, discordes, bouleversements de toute espèce f).

Les espérances conçues par Cusa d'une réforme de l'Église furent déçues. A sa mort (11 août 1464), qui, trois jours après, fut suivie de celle de son ami le pape Pie II, tout allait au plus mal dans la catholicité, même aux Pays-Bas, où le cardinal n'avait pu introduire que des améliorations partielles, sans porter la hache à la racine du mal; car les bénéfices ecclésiastiques étaient donnés à la requête des princes et des seigneurs, ou bien au poids de l'or; il y avait des cardinaux qui tenaient en commanderie vingt à trente évêchés, abbayes ou prieurés ; des fils de princes devenaient évêques sans être prêtres; et, en général, les gens d'église, depuis les premiers jusqu'aux derniers, étaient si arrogants, si pleins de convoitise et de luxure, qu'ils soulevaient contre eux toutes les

(*) CoNTZBN, Geschtchte der rxdkswirthschaftlicheii Literatury p. 67-68. («) ID., tiûl.,p.69.

LE CLERGÉ CfLVNSONNÉ EN BELGIQUE. 231

colères des laïques; celles-ci éclalaient tantôt contre un abbé qui vivait en concubinage, tantôt contre un jeune prêtre qui célébrait les saints mystères malgré les foudres de l'excommunication dont il était atteint (% tantôt contre un doyen, chansonné comme celui d'Arras :

Par toy, doyen, qui t'es en la clergie Moult abusé, cuidant trouver les fons D'aulcuns secrets de la théologie ; Mais garde-toy avec tes compagnons ; Je te promets, nous d'Arras, te ferons Et à Barut daiiseï: sy belle danse.

Quand tu estois en Arras, bonne ville, Chascun cuidoit que tu feusses prophète, Sage comme un Salomon ou Sibille ; Mais sy, du sens qui oncq fust en ta teste, Tu as voulu semer une tempeste, Tu beuveras ton brassin et brouet ; Et s'y seras le premier à la feste ; Folie fait qui folie commet (*).

Du reste, les Belges avaient l'habitude de chansonner tous les genres d'abus, témoin la ballade suivante, remise, en 1464, à Charles le Téméraire, pendant son séjour à Paris, à l'époque de la fameuse ligue du bien public dirigée contre Louis XI :

Quand vous verrez les princes recullés Et eulx-meïsmes meus en dissention ; Quand vous verrez les sages aveuglés Pour soustenir police et union ; Quand les flatteurs, par leur séduction, Informeront les seigneurs au contraire.

Quand on croira des fols l'opinion, Soyez asseurs qu*aurez beaucoup à faire.

Quand vous verrez le clergié ravallés, Oster aux juges leur jurisdiction ; Quand vous verrez vieulx servants désolés Et despourveus de leur provision;

(') Mémoires de Jean Du Clercq, p. 158, éd. Buchon. («) /Z^id., t. III, p. 81.

â32 ORIGINES DE LA RENAISSANCE.

Quand vous verrez au peuple émotion ; Quand Je petit vouidra le grand desfaire, Et en Téglise noise et destruction, Soyez aFseurs qu'aurez beaucoup à faire.

Prince, pour Dieu ayez affeetion D'entretenir la justice ordinaire.

Ou aultreraent et pour conclusion, Soyez asseur qu'aui'cz beaucoup à faire (*).

Le mal qui ravageait l'Église datait de loin. On aurait dit que les lois sur le célibat, au lieu de corriger le clergé du péché d'incontinence, n'avaient fait que l'augmenter. « On vit partout des prêtres vivre ouvertement avec des concubines, et même des évêques leur vendre pour de l'argent le droit de concubinage, dans un temps où l'Église prescrivait aux ecclésiastiques de ne tenir dans leur maison que leurs mères, leui'S sœurs ou leurs plus proches parentes. A la fin du xv** siècle, cette corruption était devenue presque générale et les écrivains les plus orthodoxes sont d'accord à cet égard. La réformation seule y parut un remède : se voyant épiés et attaqués sans relâche ni trêve par des ennemis acharnés, les prêtres catholiques s'efforcèrent de prévenir les accusations par une vie meilleure f). »

Pendant que de nombreux éléments d'opposition se formaient dans le sein même de l'Église, les princes belges rivalisaient d'efforts pour contenir te pouvoir spirituel dans d'étroites limites, non seulement pour la justice, mais encore pour l'impôt. Ainsi, en 1474, Charles le Téméraire publia une ordonnance tendant à exiger du clergé de Hollande, Zélande et Frise, un devis exact de ses biens, qu'il se proposait de frapper d'une contribution nécessitée par l'épuisement de sou trésor. Ce clergé résista, aussi bien que celui de Brabant, qui avait été sommé d'obéir à une ordonnance semblable. Les

(*) Mémoires de Jean Du Clercq, p. 266.

('} ScHAYES, Essai historique sur les usages, les a'oyances^ etc., des Belles, Loiivain, 1834, p. 84-85.

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