‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 75 sur 102 · ÉRASME : SES ÉTUDES A DEVENTER · texte numérisé non relu

ÉRASME : SES ÉTUDES A DEVENTER

son véritable professeur fut Jean Syntbeim {Sinthius). Versé dans le grec et le latin, Syntheim s'efforçait de seconder Hégius en vue de la réforme des méthodes d'enseignement. Il avait fait, dans ce dessein, la revision de la principale grammaire en usage dans ce temps-là, celle d'Alexandre de Ville-Dieu. Il en publia une nouvelle édition commentée, qui fut généralement adoptée dans les écoles des Pays-Bas et de l'Allemagne (^).

Un homme de triste mémoire, Ortuinus Gratins, était alors professeur de cinquième à Deventer. Ce théologien, moins célèbre par ses ouvrages que par les sarcasmes des fameuses Epistolœ obscurorum virorum^ avait fait ses études sous Hégius; il professa dans la suite à Cologne et y mourut en 1542. C'était un bon humaniste, mais il eut le malheur ou l'imprudence de s'attirer l'inimitié des réformateurs par ses ouvrages de controverse. C'était un pédant plein d'acrimonie et sans goût, un véritable pygmée auprès des colosses auxquels il osa s'attaquer et qui portaient les grands noms de Reuchlin et de Hutten. Érasme parle de lui en termes peu flatteurs (^.

Les premières productions d'Érasme datent de son séjour à Deventer. Ce fut là qu'il composa un poème bucolique, pastiche de Virgile, dans lequel on remarque de la facilité, de l'abondance et de l'esprit. L'auteur, d'ailleurs, n'avait pas encore quatorze ans f).

A dix-huit ans, il dirigea contre les vices, et surtout contre la débauche et l'ambition, une élégie que ses amis firent inrprimer sans lui en avoir demandé la permission. A dix-neuf ans, il fit un dialogue sur le printemps. Dans un voyage en Angleterre, pendant le règne de Henri VII, le prince de

(M Erasmi Roterodami, silva carminum aMe hoc nunquam impressorum. Gouda, 1513. Reproduction photo-lithographique, avec notice sur la jeunesse et les premiers travaux d'Erasme, par M. Ch. Ruelens ; Bruxelles, 1864, p. iv-xi.

(*) Ruelens, ibid., p. xi-xvm.

(') D. Erasmi Roterodami y bucolicon, cum schoîiis Alardi Amstdr., cujus studio nunc primum et repertum et editum. Colonise, 1539, in-8*».

Galles (Henri YIII) lui demanda des vers de sa façon. En trois jours, Érasme composa un poème en vers hexamètres et îambiques, et à trois pieds, en l'honneur du roi, de sa famille et de l'Angleterre. 11 aimait à faire des épigrammes. On lui en demandait souvent, il en improvisait, à la promenade, au jeu ou à table. Il ne comptait pas sur leur publication; cependant, celles qu'il avait faites dans sa première jeunesse furent imprimées, sans son aveu, et recueillies, dans la suite, par le célèbre imprimeur Froben, de Baie. Son poème sur la vieillesse est, de toutes ses pièces de vers, celle qui eut le plus de succès. Aide en donna une édition en 1516. Les vers d'Érasme lui firent beaucoup d'honneur au moment où ils parurent. Un des savants de l'époque, Jean Sixtinus, lui écrivit qu'il n'y avait point d'homme, pour peu qu'il eût du génie, qui ne le comparât aux plus grands poètes de l'antiquité : « Vos vers respirent, dit-il, la Vénus antique et sont la preuve des grâces de votre esprit. C'qst pourquoi, mon cher Érasme, encouragez vos charmantes muses, afin que vous fassiez voir, ce que l'on ne croyait pas possible, que les Germains ne le cèdent en rien aux Italiens. Adieu, délicieux poète. »

Érasme répondit a Sixtinus que, s'il ne connaissait pas sa sincérité, il prendrait ses louanges pour de la plaisanterie. Il ne parlait de ses vers que comme de bagatelles qui sentaient plutôt la boue que la Vénus antique et qui avaient plus de rapport avec la barbarie des Scythes qu'avec le génie des anciens poètes; il déclarait qu'ils n'étaient pas dignes d'être avoués d'Apollon; qu'enfin il n'était qu'un poète médiocre (^). Il existe néanmoins de lui, sur la mort d'Okeghem,une élégie digne de Tibulle f).

Ces brillantes dispositions d'Érasme le firent remarquer de bonne heure à Deventer. Il avait douze ans quand le célèbre

(«) De Burigny, Yie d' Erastne, 1. 1, p. 101-106.

(*j Joanni Okego, Mitsico Summo, [Deîitiœ poetarum beîgicoi'um, hxijus supei^iorisque œvi illustrium, coîlectcnx Rhwmtio Ghero, Francofurti, 1614.)

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