‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 83 sur 102 · LE COLLÈGE BE FRAN€E · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE BE FRAN€E

François I"* avait voulu confier l'organisation de son collée à Érasme ; mais le philosophe refusa : il désirait, avant toute chose, garder son indépendance, et il savait que son franc-parler ne convenait pas plus aux intrigues des cours qu'au jeu des partis (^).

Dans quelques lettres qui devaient rester secrètes, Érasme s'est expliqué à cœur ouvert sur d'autres motifs de son refus : il ne trouvait pas qu'il y eût assez de fond à faire sur les espérances que François I" lui donnait. Il savait que c'était s'exposer à la haine de beaucoup de théologiens que de concourir à rétabliss.ement d'un collège où l'on enseignerait le grec et l'hébreu. Il n'avait pas oublié tout ce qu'il avait eu à souffrir à l'occasion de rétablissement du collège des Trois- Langues àLouvain. Il appréhendait les querelles théologiques dont toute l'Europe était agitée par les hardiesses de Luther. L'élection de Charles-Quint comme empereur d'Allemagne fut pour lui un dernier motif de refus. A cause de la rivalité qui existait entre ce prince et le roi de France, il disait : a Ceux qui me veulent du mal ne manqueraient pas de me reprocher de m'être retiré chez un ennemi de l'empereur (^. »

Par caractère et par conviction, Érasme croyait à la réconciliation des partis religieux qui divisaient l'Europe. « Dans mon opinion, dit-il, il y a une chose qui peut réconcilier beaucoup de personnes avec l'Église romaine; ce moyen est de ne pas décider aussi dogmatiquement tant de points de pure spéculation ni d'en faire des ailicles de foi. Il faut, au contraire, se contenter d'obtenir un assentiment aux doctrines manifestement renfermées dans TÉcriture sainte et nécessaires à notre salut. Ces doctrines sont au nombre de cinq,

(*) n était linffuœ liberioris non nunquamplus quant sot est. — Voy. Le Clerc, Bibliothèque choisie, t. V, p. 185, et Hess, Leben des Erasmus, t. I, p. 182, 183, 190 et 191. — NuUuSy dit-il du reste lui-même, nuUus est mortalium qui libentius abstinet ab auke amimercto quant Era^mus,

(«) DEBiimieirr, Yied;Émtme, 1. 1, p. 247, 246, 251 et 252.

et il est plus facile de convaincre les hommes de cinq que d'un grand nombre. Maintenant, au contraire, nous faisons d'un article six cents autres, dont quelques-uns sont tels que l'on ne peut ni en douter ni penser rien en dehors, sans mettre en péril son ame et sa religion. Mais telle est la nature de l'homme que tout ce qu'il a une fois dogmatiquement décidé, il veut qu'on le suive avec obstination. Or, la philosophie chrétienne ou la théologie peut être fort bien réduite à ceci : que nous devons placer toute notre confiance dans un Dieu toutpuissant, qui nous donne gracieusement toutes choses par son fils Jésus-Christ; que nous sommes rachetés par la mort de ce fils de Dieu, au corps duquel nous sommes unis par le baptême; qu'en mourant aux convoitises de ce monde, il nous est donné de vivre conformément à ses préceptes et à son exemple, non seulement en ne faisant tort à personne, mais encore en faisant du bien à tous; que si l'adversité nous accable, nous nous y soumettrons patiemment, dans l'espoir d'une future récompense, à la venue du Seigneur; que nous nous efforcerons à progresser tous les jours dans la vertu, sans nous attribuer rien à nous-mêmes, mais en rapportant tout à Dieu. Ces choses-là doivent être imprimées et inculquées dans les esprits jusqu'à ce que de bonnes habitudes se soient formées dans les cœurs. S'il y avait des personnes à l'esprit spéculatif qui éprouvassent le besoin de faire des recherches plus profondes sur la nature divine de Jésus-Christ ou sur les sacrements, dans le dessein de perfectionner leur intelligence et d'élever leur esprit et leur cœur au-dessus des choses terrestres, on devrait le leur permettre, à condition, toutefois, que leurs frères en Christ ne fussent point forcés de croire tout ce que tel ou tel docteur penserait devoir être cru... II faut surtout fuir les arguties théologiques... Il faut, enfin, que les rois et principalement le pape s'abstiennent de toute espèce de tyrannie (^). »

(*) Erasmi oper., t. III, fol. 522. Jortin penso (t I, p. 199 et 200) que si ses opinions avaient été embrassées franchement et pratiquées avec prudence par

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