LES THÉOLOGIE?«S DE LOUVALX
datée de Loiivaîn, 1522. L'éditeur se plaiut du peu de secours qu'il a trouvés pour son travail et principalement du manque de livres grecs, ce Ces livres, dit-il, sont introuvables dans ce pays-ci, et quoiqu'on y rencontre assez souvent des gens instruits, si vous demandez un Aristote grec, un Démosthène, un Ancien Testament, un Pausanias, un Isocrate, un PoUux ou un Eustathe, ils vous répondent qu'ils n'en ont point, et les libraires eux-mêmes seraient hors d'état d'en vendre f). » Une raison superstitieuse s'opposait à la propagation du grec et de l'hébreu : ceux qui s'adonnaient à ces études étaient considérés coomie hérétiques. La langue latine elle-même n'était tolérée qu'à condition qu'elle fût barbare, car l'élégance du langage était une digue opposée à ce torrent d'absurdités et de niaiseries que l'on appelait la dialectique. L'institution du collège des TroiS'Langues excita l'indignation des partisans de Yatqui et de l'er^o, parce que Cicéron y était plus respecté que le stupide grammairien Alexandre de Villedieu f).
Ajoutez à cela les incroyables choses débitées par les sermonneurs, dont les uns menaçaient de ne pas recevoir à la sainte table ceux qui portaient de grands souliers, dont les autres prétendaient que le diable se cachait dans les robes à longue queue des bourgeoises. Qu'on juge, après cela, de l'attitude d'un homme nourri, comme Érasme, de la substance la plus pure des écrivains de l'antiquité et des Pères de l'Église! Aussi le philosophe allait-il jusqu'à refuser le sens commun à certains théologiens, les appelant de malheureux défenseurs de rien, les plus dangereux animaux qui fussent sur la terre et sur l'onde, qualifiant les ouvrages de Scot de bourbier infect, qui lui donnait des nausées, traitant la vieille Aima mater de Louvain avec le dernier mépris : ce n'était, à ses yeux, qu'une « écurie de pourceaux, d'ànes, de chameaux, de geais et de pies (^ ».
(*) J.-L. Vives, In comment, suosprœf., p. Il (éd. de 1610, in-8*). (^ Db Rsiffbnbbbo, Archives, t. 1, p. 11 et 12. (3) De BuRiGîfT, t. II, p. 400, 401, 505 et 506.
Le mot était dur, mais n'ëtait-il pas justifié? Non seulement les professeurs de TUniversité se montraient sottement jaloux du collège des Trois-Langues et de ceux qui y étaient chaînés de renseignement; mais encore ils mettaient des entraves aux leçons gratuites qu'un éloquent Allemand, Guillaume Nesen (*), avait commencé à donner à Louvain sur la géographie de Pomponius Mêla (1519). Érasme intervint dans le débat, qui ne fut clos que Tannée d'après par un refus formel d'autorisation, motivé peut-être sur les opinions religieuses du professeur, qui était, du reste, un homme parfaitement honorable f). « On eût dit, suivant Érasme, qu'il allait metti*e le feu à la ville; mais s'il avait voulu faire de sa maison un lieu de prostitution, personne ne s'y serait opposé f). » Sur les conseils du philosophe, dont il était le Pylade, Nesen quitta Louvain pour Francfort et de là pour Wîttenbei^, où il devint professeur et l'ami de Luther. II se vengea cruellement des magislri nostri de Louvain, en faisant connaître par la voie de la presse ces dignes émules des obscurantins et des inquisiteurs de Cologne (^. « Il est impossible d'être plus baroque, plus stupide qu'ils ne sont. A leur tête flgure le trop fameux Jean Briard, d'Ath (chancelier de l'Université), petit vieillard haineux, colère, plein d'humeurs peccantes qui tantôt tombent sur les hanches, tantôt sur la tête, tantôt sur les pieds. Son médecin, le citoyen Jean Winckel, est encore plus bête que lui, mais en outre fou d'orgueil, à cause de ses richesses, et doué d'une langue de sycophante, comme Briard, qui est du venin tout pur. Parmi les acolytes de ce dernier brillent, au premier rang, Jacques Latomus,
(*) Né à Nastadt, dans le pays de Trêves.
(') NèvB, Mém. sur le collège des Trois-Langues. Idem. cour, de VAcad.^ t. XXVIÏÏ, p. 135.
(') Qitod sit domi suce aliquod lupanar instituisset, tolerandits erat. (Erasmi 0pp., t. III, f. 523-535.) — Conf. von der Hardt, Historia litteraria Reformattonis, Francof, 1727, t. I, f. 65, 67 et 68. — De Kefffenberg, Nouveaux mémoires de l'Académie de Bruxelles, t VII, p. 42.
(*) Epistola de magi^ris nostris lovajiiensibus, quot et quales sint, etc., avidore Neseno, in Op. Zvoingliy éd. Schuler et Schulthess, Turici, 1829-41, t. I, p. 39,