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LES THÉOLOGIENS DE LOUVAIN

être insupportable par son arrogance de parvenu, et Ruard Tapper, d'Enkhuyzen, le plus méchant de tous les hommes, malgré le bégaiement de sa langue de vipère. Mais le plus fort de tous, sans contredit, est frère Nicolas d'Egmont, que la nature a fait pour être moine. Sans esprit, sans éloquence, il ne fait que parler, et quoique tout ce qu'il entreprend et tout ce qu'il dit ne soit que bêtise, il ne s'en complaît pas moins dans ses balivernes. Malgré sa tête de plomb, cette brute s'est élevée par tous les grades à celui de magister. On lui adonné le sobriquet de Frater Olla, parce qu'il vaut plus par le palais que par l'intelligence. Est-il étonnant, après cela, que cet homme s'avise de condamner ce qu'il ne lit ni ne comprend? Par leur f^matisme et par leur ignorance, tous ces drôles déshonorent une ville pleine d'élégance et une université célèbre, et ils n'ont rien de plus empressé que d'aiguiser les pointes de leurs plumes contre tous ceux qui se distinguent par le culte des Muses; ce sont des bêtes farouches et non pas des hommes (^). »

Je conviens volontiers que, dans tout cela, il y a les exagérations d'un pamphlet f). Aussi, je ne donne ce factum que comme une des aménités littéraires du temps.

Ce violent débat avait été précédé, en 1515, d'une querelle bien pénible pour les deux parties, c'est-à-dire pour Érasme et pour un de ses amis, Martin Van Dorp, professeur à Louvain. Pendant qu'on imprimait à Baie la traduction du Nouveau Testament faite par Érasme, avec les remarques qu'il y avait ajoutées et les œuvres de saint Jérôme, quelques théologiens de l'Université brabançonne excitèrent Van Dorp à écrire contre le brillant et docte publiciste. Van Dorp s'y

(*) Epistola de magistris nostris lovaniensibtts, quoi et quaXes sint, quihus debemus magistralem illam dominalionem lutlieinmiam, Uldaricho Ztoiixglio, meiise aprili, amio 1518, immo 1520 scripta, apud Schelhorn, Amœnitates literartœ, Ulm, 1724-31, t. I, p. 248-261.

(•) Voy. De Ram, DisquisîUo historica de iis quœ (xrntra Luthef'um îorxinienses theologi egerunt, anno MDXIX^ dans les Nouveaux mémoires de l* Académie de BruxeUes, t. XVI.

laissa prendre et fit à Érasme un crime de son Êhge de la Folie. Érasme excusa plutôt cette satire qu'il ne la défendit, bien qu'à ses yeux il n'y eût rien de blâmable à vouloir corriger, par des plaisanteries ingénieuses, des gens qu'on ne pouvait ramener au culte des Muses par des remontrances Q.

En ce qui regarde l'édition de saint Jérôme, Érasme nous apprend que ce qui la rendait odieuse aux' théologiens de son temps, c'étaient l'éloquence de ce Père nourri dans 1^ belles-lettres, son habileté dans la critique, sa grande connaissance des langues et sa glorieuse tentative de corriger les anciennes versions sur les originaux* Il raconte que dfô théologiens célèbres étaient allés à Baie, chez son imprimeur, le conjurant, au nom de Dieu, de retrancher de son édition tout ce qui se trouverait de mots grecs et hébreux dans saint Jérôme, parce que ces langues étaient trop dangereuses et qu'elles ne servaient qu'à l'ostentation et à la curiosité. Ces gens-là n'étaient pas du goût d'Origène, qui, dans un âge avancé, mettait les plus grands soins à traduire l'hébreu, ni de celui de saint Augustin, qui déplorait, dans sa vieillesse, l'aversion qu'il avait eue, dans sa jeunesse, pour les langues.

Mais ce qui alai*mait le plus les théologiens de Louvain, c'était la traduction du Nouveau Testament avec les remarques qui servaient à l'éclaircir et à la justifier. « Pourquoi, disaient-ils, faire une traduction nouvelle, pendant que nous avons la Vulgate, vénérable par son antiquité, par l'approbation de tant de conciles, par celle de tant d'illustres Pères? La changer et la corriger, c'est changer et corriger l'Écriture. Il faut laisser le grec aux Grecs et le latin aux Latins. Emprunter les originaux du Nouveau Testament aux Grecs schismatiques, qui les ont altérés, et corriger sur eux la version latine, c'est introduire dans la religion les erreurs de ces gens-là. Il est, sans comparaison, plus sûr, de réformer

(«) Beausobre, t. I, p. 219.

TUOMAS MOllUS DÉFEND l'ÉLOGE DE LA FOLIE. 319

le grec par le latin que le latin par le grec, — par ce grec que Ton a reçu des mains de riiérésie. » C'était ainsi que raisonnaient les théologiens de Louvain par leur organe, maître Van Dorp.

Érasme n'eut pas de peine à réfuter ces friyoles objections, produit de l'ignorance et de l'égoïsme. « Dans le fond, dit-il, ce n'est pas pour la foi qu'ils craignent, c'est pour leur propre autorité. Comme ils citent souvent l'Écriture fort mal à propos, ils appréhendent qu'on les confonde, en leur alléguant les originaux qu'ils n'entendent pas, et qu'on leur prouve que l'application qu'ils font des oracles de l'Écriture à leurs opinions n'existe que dans leur imagination. »

Bientôt Thomas Morus, l'ami d'Érasme et de Van Dorp, prit la défense du premier, fit l'apologie de VÊloge de la Folie, qui lui avait été dédiée et qui avait été attaquée par Van Dorp,. justifia la nécessité d'étudier les langues savantes et l'Écriture, et blâma les études ingrates et épineuses qui occupaient toutes les écoles de ce temps-là. Érasme, de son côté, répondit à son ancien ami par une lettre apologétique ; Van Dorp se réconcilia avec le philosophe et, pour le justifier devant la dangereuse coterie scolastique, il publia, quelques années après, son Éloge de saint Paul, dans lequel il s'efforça de faire ressortir les inconvénients d'une dialectique chicanière, ainsi que l'importance de la littérature grecque et hébraïque C).

Il démontrait en même temps la nécessité d'étudier l'Écriture, parce qu'elle est l'unique source de la vraie théologie et qu'elle a seule une autorité infaillible, autorité qui manque aux Pères, aux docteurs et aux glossateurs. Il condamnait en conséquence la passion de son siècle pour Aristote et le peu de cas que l'on faisait de l'étude de l'Evangile f).

(*) Beausobre, p. 223-225. — Goethals, Lectures, p. 43 et 44, et pour plus de détails, Névb, dans la Belgique y recueil périodique , t. III, p. 153-158. («) Beausobre, p. 226-228.

3iO ÉRASME ET LES HOMMES DE SON TEMPS.

Il citait, à cette occasion, ce témoignage de saint Jérôme, qu'on ne souffrait pas de son temps que les sœurs ignorassent les psaumes. Sur quoi il faisait cette observation, « qu'il ne sait pas ce que pourraient répondre ceux qui ne permettent pas aux femmes de lire l'Écriture sainte, lorsqu'au siècle de ce Père il y avait des religieuses plus savantes que beau- •coup de théologiens ».

Comme on prétendait qu'il fallait s'en tenir à la Vulgate, il «combattait cette opinion par l'autorité d'un ouvrage manu- •scrit de Pierre Bailly qu'il venait de découvrir a Louvain. Il reconnaissait, ingénument du reste, le tort qu'il avait eu d'écrire contre Érasme, en faisait amende honorable et remerciait Morus de l'avoir désabusé (^).

Martin Van Dorp, né vers 1485 à Naaldwyk, en Hollande, d'une famille noble, était venu jeune à Louvain, où il avait fait ses études avec succès. Ses goûts le portaient vers letude des lettres grecques et latines, dont l'imprimerie mettait au jour, tous les ans, quelques nouveaux trésors. La méthode scolastique qui dominait encore dans l'enseignement était faite pour rebuter un jeune homme initié à la philosophie et à la littérature des anciens et qui donnait les plus belles espérances. Ayant reçu les ordres, il obtint successiAcment deux cures, l'une à Overschie, l'autre à Schiedam ; mais il ne desservit ni l'une ni l'autre : c'était une espèce de prébende dont on avait voulu le gratifier. Nommé professeur d'éloquence et de dialectique au collège du Lis, qu'il avait habité comme étudiant, il se fit un devoir d'inspirer aux étudiants le goût de la littérature classique, et, pour y mieux réussir, il conçut l'idée de faire représenter les comédies de Plante dans l'intérieur du collège. Il est peu de morceaux de l'érudition latine moderne plus curieux que celui où Dorpius invitait le public universitaire à assister à la représentation de YAulularia de Plante, qui eut lieu au Lis, le 3 septembre 1508. Non seulement il conviait une nombreuse assistance à

(*) Beausobre, L /., p. 233-235.

donner ainsi aux belles-lettres des marques d'intérêt, mais encore il coopérait au succès de cette fêle dramatique en écrivant un prologue en vers latins du genre de ceux de Plante, pour servir d'introduction à la pièce même ; de plus, il avait essayé de combler les lacunes qui existaient dans l'action. L'originalité de cette entreprise atteste, de la part de l'auteur, une connaissance surprenante du génie de la poésie latine (^).

L'épreuve que Dorpius avait tentée des dispositions de son public avait si bien réussi qu'il le convoqua une autre fois à la représentation du Miles gloriosus de Plante, pour laquelle il écrivit également un long prologue en vers, et le jour même du spectacle, il fît une annonce en vers comme il avait fait pour YAuhdaria.

Morus, qui était intervenu dans le débat d'Érasme avec Van Dorp, avait des relations d'amitié avec le premier secrétaire ou greffier de la ville d'Anvers, Petrus iEgidius ou Pierre Gilles, un des hommes les plus lettrés de la Belgique parmi ceux qui ne figuraient pas dans l'enseignement, auteur d'un aperçu général du Code d'Alaric II et éditeur des épîtres latines du célèbre Ange Politien. Morus le choisit pour son principal correspondant, qui faisait passer ses lettres à Érasme et à ses autres amis du continent. Gilles comprenait parfaitement les besoins intellectuels de son temps; il entretenait de fréquents rapports avec les esprits les plus actifs du pays, qui trouvaient en lui un savant distingué comme humaniste et comme jurisconsulte. Helléniste pai' goût, il avait préparé les matériaux d'un lexique grec, puis il avait donné ses soins à un recueil intitulé : Tituli legum ex codice theodosianoy et imprimé à Louvain en 1517, chez Thierry Martens. Son nom ne peut être séparé de celui de cet ingénieux typographe f).

(*) GoETHALS, Lectures, 1. 1, p. 41 et 42. — Nèvk, p. 1 17-1 19. — Voir, pour plus do détails, de Reippenberg, 4® Mémoire, etc., p. 63-77. (*) Nève, Recueil cité, p. 145 et 146.

Morus célébra en vers l'amitié de Gilles. Voici à quelle occasion : En octobre 1517, il reçut une sculpture sur bois où Quentin Metsys avait représenté Érasme et Gilles, qui occupaient le champ d'un médaillon ovale, l'un tenant à la main sa paraphi'ase de l'épitre aux Romains, l'autre une lettre à Morus, où tous les deux lui exprimaient leur attachement pour sa personne. Ce don causa la plus grande joie au chancelier d'Angleterre; il la témoigna aussitôt au philosophe et remercia Pierre Gilles en lui envoyant les distiques latins qu'il avait composés pour servir d'inscription à cette œuvre d'art; il faisait parler ainsi la sculpture : « Autant Castor et Pollux étaient jadis amis, autant le sont Érasme et Gilles que je représente. Morus gémit d'être séparé d'eux par la distance, quand l'amitié l'unit à eux par des liens les plus étroits. Ainsi l'on a pourvu aux désirs de l'absent, la lettre affectueuse exprimant leur tendresse pour lui, et moi retraçant leur forme extérieure Q. »

Ce fait que Metsys taillait le bois avec autant d'adresse qu'il assouplissait le fer et peignait des tableaux, est mis hors de doute par une seconde pièce de vers, adressée à Quentin lui-même ; Morus profite de l'occasion pour louer hautement ses amis :

« Quentin, ô régénérateur d'un vieil art, maître non moins habile que le grand Apelles, qui sais donner la vie à des ûgures mortes par des couleurs merveilleusement combinées, pourquoi, hélas! as-tu pris plaisir à tailler, dans un bois fragile, avec tant de travail, des portraits si bien exécutés d'hommes si éminents que l'antiquité en a vu bien peu de comparables, notre âge moins encore, et dont la postérité ne verra peutêtre jamais de pareils? Il fallait employer une matière plus solide, qui aurait conservé immuablement leur image. Oh! que n'as-tu pourvu ainsi aux intérêts de leur gloire et satisfait par anticipation les vœux de nos descendants ! Car si les

(*) MiceiELS, Histoire de la peinture flamande, Brux., 1845, t. rV%p.302 et '303. — Nève, p. 446 et 447.

l'utopie de THOMAS MOKUS. 323

rsiècles à venir conservent le moindre goût pour les beauxarts, si l'horrible Mars n'écrase point Minerve, de quel prix nos héritiers ne payeront-ils pas cette petite planche {^) ! »

Ces effigies sculptées ornèrent plus taid la collection de ^Charles P% roi d'Angleterre f).

En 1519, Metsys, exécutant des médaillons, fit, de cette manière, le portrait d'Érasme : « Sur le revers était dessiné un dieu terme, au-dessous duquel on lisait cette devise : Concedo ntUli; la pièce portait pour légende les mots suivants, grecs et latins : Ora telos macrou biou (attends la fin d'une vie heureuse) ; Mors uUima linea rerum. Dans une de ses lettres f), Érasme dit que Metsys a fondu son buste en métal ; il reconnaît à l'ouvrage un certain mérite d'exécution;* il en ofl^i'it même un exemplaire au cardinal Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence (^). »

En 1516, au retour d'une mission diplomatique en Flandre, Morus avait achevé la rédaction de sa fable philosophique, devenue célèbre sous le nom d'Utopie. Mais il ne voulait la publier qu'après avoir consulté ses amis de Belgique, dont les principaux étaient Érasme et Pierre Gilles. Il était surtout désireux de savoir si cette œuvre plairait à Cuttbert Tunstall, évéque de Londres, à Busleiden et au chancelier de l'université de Louvain, Jean Briard, maître de Van Dorp et l'un des oracles de l'école théologique f).

Comme Morus hésitait, Érasme lui écrivit pour solliciter l'envoi du manuscrit complet, en lui assurant qu'un membre de la magistrature communale d'Anvers en savait déjà des passages par cœur. Morus obéit et envoya VUtopie à Pierre Gilles, qui s'entendit avec Érasme et fit sortir des presses de Thierry Martens le premier exemplaire de cette publication, au commencement de l'année 1517. Un jeune philologue et

(•) MiCHiELS, p. 303 et 304.

(«) ID., p. 304.

(3) Ep,, lib. XIX, ép. 43.

(*) MiCHIELS, p. 302.

(^) Nè>'e, p. 505.

poète, qui s'était distingué comme correcteur dans les ateliers de Martens, avait surveillé Texécution typographique du volume (').

Quoique Morus fût venu h plusieurs reprises à Louvain, il est probable qu'il n'y avait pas rencontré tous les docteurs et maîtres qu'il honora de son estime et auxquels il communiqua plus tard ses idées. Parmi eux, on doit faire une mention spéciale de Jean Paludan, de Cassel, professeur d'éloquence à la faculté des arts. Morus connaissait l'importance des services rendus par ce professeur aux bonnes études ; il savait quePaludan avait été longtemps le directeur des études de philologie et de littérature, qui allaient prendre rang dans l'enseignement public de l'université de Louvàin, après avoir été jusque-là l'objet seulement de leçons privées dans les pédagogies. Il considérait aussi en lui l'humaniste qui avait été le maître d'Érasme au commencement du xvi* siècle f).

Le mérite deVan Dorp et son esprit libéral lui présageaient une glorieuse carrière; mais il fut enlevé à la fleur de son âge, le 51 mai 1525. On déposa ses restes dans le couvent des Chartreux et Érasme honora son tombeau d'une épitaphe en vers latins, aussi élégante que flatteuse f).

Parmi les professeurs du collège des Trois-Langues brillait alors le Westphalien Conrad Goclen. Jeune encore, il était déjà très versé dans les langues grecque et latine. Érasme a fait le plus brillant éloge de son érudition, de son esprit et de son style en prose et en vers. Ajoutez à cela un travail infatigable, un cœur élevé, un caractère plein de noblesse, de douceur et d'aménité. Lui aussi fut exposé à des tracasseries pour son enseignement ; mais, plus heureux que Nesen, il réussit à surmonter l'orage. Érasme lui avait écrit de Bruges, à la date du 10 août 1520 : « Laisse coasser les grenouilles et consacre à tes études et à tes élèves le temps

(') Nève, p. 506.

(«j Id., p. 148.

(3) Biographie universelle, art. M. Van Dorp,

DIVERS AMIS d'ÉRASME : GOCLEN, NANNINCK, RESSEN. 32S

précieux que tu perdrais à te quereller avec ces misérables sycophantes. Sois un homme de mœurs irréprochables, sois infatigable dans l'enseignement et dans la propagande des belles-lettres. La pureté et la science te fourniront la plus noble des vengeances (^). »

Nous ne devons pas oublier, parmi les amis de Goclen et d'Érasme, le savant Portugais Louis-André Resendius f), poète, philologue, historien et antiquaire. Il avait étudié à Louvain, de 1529 à 1551, et il célébra plus tard en beaux vers latins le « Séjour d'Apollon et des doctes sœurs » f).

Goclen mourut à l'âge de cinquante et un ans; le littérateur Alard d'Amsterdam honora sa mémoire d'un éloge qu'il inscrivit dans son épitaphe, où il l'appelle « un autre Ërasme ».

C'était aussi un ami de Morus et d'Érasme, François de Craneveld, de Nimègue, jurisconsulte formé à Louvain, pensionnaire de Bruges, qui devint conseiller au grand conseil de Malines. Il s'était mis à étudier le grec à l'âge de soixante ans, et il parvint à comprendre si bien cette langue qu'il traduisit, entre autres, en latin les Édifices, de Procope. Il avait joint à cette étude celle de l'hébreu et de la numismatique (^).

Mentionnons encore un professeur de langues anciennes à Louvain, Pierre Nanninck, Nanni ou Nannius, d'Alkmaar, où il était né en 1500. Il enseigna avec réputation pendant dix-huit ans, et obtint ensuite un canonicat d'Arras, qu'il garda jusqu'à sa mort (1557). Ses ouvrages sont des harangues, des notes sur quelques auteurs classiques et sur les traités de quelques Pères, des mélanges f), où il montre les

(») Erasmi Epist., 520, apud Hess, 1. 1, p. 294 et 295.— Paquot, Fastt Academtct Lovanienses, 1. 1, f. 481.

(2) Né en 1498, il mourut, en 1573, chanoine d*Evora.

(') Voy. L. Andreœ Resendit poemcUa, epistolœ historicœ, orcUiones. Colonia, 1613.

(<) Melch. Adami vitœ, f. 74 et 75. — Paquot, l. l., f. 261 .

(^ MisceUaneorum decas, Lovan., 1548, in-12, et dans le Thésaurus criticus de Gruterus, Fraffcof., 1602-34.

fautes qui se trouvent dans les éditions de plusieurs anciens et où il tâche d'en expliquer certains passages obscurs, cinq Dialogues des Héroïnes, ouvrage qui passa pour un chefd'œuvre et qui eut Thonneur d'une traduction française (1550), des traductions latines d'une partie de Démosthènes, d'Eschine, de Synésius, d'Apollonius, de Plutarque, de saint Basile, de saint Chrysostome , d'Athénagore et de presque tous les ouvrages de saint Athanase. Dans la traduction qu'il fit de quinze psaumes en vers latins, Nanninck sut allier les grâces de la poésie à la majestueuse simplicité du texte sacré, et sa paraphrase du Cantique des cantiques, où le sens littéral et le sens allégorique sont si heureusement combinés, est de ce chant d'amour un des meilleurs commentaires, qui peut être mis à côté de celui de Bossuet (^).

Moins heureux que Nanninck, Rutger Ressen (Rescîus) f), de Maeseyck, professeur de littérature grecque au collège des Trois-Langues, fut, comme Érasme, maltraité par « les bourreaux de la vieille carnificîne » : c'est ainsi que le philosophe de Rotterdam qualifie l'université de Louvain f). Ressen et Goclen eurent pour élèves deux des hommes les plus remarquables de la Renaissance et de la Réforme, tous les deux issus de la petite ville de Schleiden, dans l'ancien duché de Luxembourg, le plus grand historien, puis le plus savant pédagogue de ce temps : Jean Philipson, plus connu sous le nom de Sleidanus, qui y vit le jour en 1506, et Jean Sturm, le 1" octobre 1507,

Parmi les humanistes les plus éminents soitîs de l'école de Goclen et de Nanni, figure Jacques de Crusque (Cmcquius), de Messines, qui fut l'ami intime du comte d'Egmont. Nommé, en 1544, professeur de grec et de latin à Bruges, il

(') Biographie universelle, et Delvenne, Biographie du royaume des Pays-Bas, art. Nanni.

C) Sur Rescius, voy. De Ram, Bulletins de T Académie de Bruxelles, t. XXI, 1, p. 363-369.

(^) «Innocenter tortus est, Erasmo camifictnam illam abominante.» Von dbk Hardt, pars I, f. 67.

CRUCQUIUS, HYPÉRIUS, CÉRATIN. 327

se passionna pour Horace, dont il se fit à la fois l'éditeur et le commentateur. Il avait eu l'avantage de pouvoir consulter les manuscrits de l'abbaye de Saint-Pierre de Gand, qu'il appelle blandiniens, du nom de la colline où cette abbaye est située. De leur confrontation il tira le commentaire que l'on cite ordinairement sous le nom de scoliaste de Crucquius, bien qu'il soit simplement une compilation où il est aisé de reconnaître des mains différentes. Du reste, en ce qui le concerne, Crucquius avait déployé dans ce travail une telle sagacité, qu'aujourd'hui encore il est indispensable à tout interprète d'Horace f ). On lui doit en outre des notes sur la Milonienne de Cicéron, un éloge de la ville de Bruges et diverses poésies latines f).

A cette époque étudiait à Louvain André Gérard, connu sous le nom d'Hypérius, du lieu de sa naissance (Ypres), où il était né le 10 mai 15H. Formé à Warneton dans l'école du poète Jacques de Paep et de Jean Zapare, professeur de grec et d'hébreu, il avait appris la langue française à Lille et les belles lettres à Tournai, chez Nicolas de Bois-le-Duc. A Paris, il s'était appliqué, en 1528, à la physique et à la théologie; puis il avait étudié le latin et le grec dans les écoles de Clénard, de Jean Sturm et de Barthélemi Latomus. Après s'être exercé dans la médecine et dans le droit canonique, il quitta Louvain en 1556, visita les provinces septentrionales des Pays-Bas et de l'Allemagne, d'où il revint, en 1557, à Ypres. Peu après, il partit pour l'Angleterre; il y fut soutenu par Charles de Montjoie, si célèbre comme ami d'Érasme, et il y fréquenta, en 1540, l'université de Cambridge. Puis, ne s'y croyant plus en sûreté, à cause des ordonnances sévères de Henri VIU contre les étrangers, il retourna à Ypres. Le

{*) J*ai étudié le Commeniatre de Crucquivts dans Tédition de 1597 (Leyde, Plantin), feite après sa mort et dédiée, le l®* août 1578, au magistrat de Bruges^On y trouve joint TA uc^ortum de l'auteur et le Commentariolus de J. Dousa.

(') Vanderbourg, Les odes d*Horace, t. I, p. xxxii et xxxiii. — Delvkni^e, Biographie du royaume des Pays-Bas, t. I, p. 239.

hasard l'ayant plus tard conduit à Marbourg, il y rencontra Gérard Goldenhauer, professeur de théologie, dont il avait fait la connaissance à Nimègue, et sur ses instances il s'établit à Marbourg. Il y succéda bientôt à son compatriote, à qui les infirmités de l'âge avaient commandé la retraite, et y mourut le 1*' février 1564 (').

A ces noms, nous en rattacherons d'autres f), qui se sont illustrés dans les lettres à des titres divers.

Jacques Cératin (Teyng), de Hoorn, dans la Hollande septentrionale. Il enseigna d'abord le grec et le latin à Tournai, ensuite à Louvain, où il eut Rescius pour élève; puis il partit pour Utrecht, aûn de s'y faire examiner et d'entrer dans les ordres. Comme il déclarait ne pas respecter certaines règles grammaticales, il fut renvoyé par les examinateurs épiscopaux et averti de s'appliquer davantage à la grammaire. Cératin, ayant fait part de sa déconvenue à un professeur de l'université de Louvain. celui-ci fit comprendre aux examinateurs quelle honte ils s'attiraient en traitant ainsi un vrai savant, loué par Ërasme et qui déjà s'était signalé par la traduction d'un ouvrage de Chrysostome. Les examinateurs se hâtèrent de le rappeler.

En 1525, Érasme le recommanda au duc Georges de Saxe, qui lui offrit la chaire de Mosellan à l'université de Leipzig, au moment même où celle de Louvain l'appelait dans son sein. Mais à Leipzig, où alors on était encore catholique, il fut mal vu, parce qu'il ne désapprouvait pas assez les doctrines de Luther. Il retourna donc à Louvain, où il mourut

le 20 avril 1530 0.

Joachim Fortius ou plutôt Sterck, plus connu sous le nom de Fortius Ringelbergius, né à Anvers vers l'an 1499 (% se fit aimer d'Érasme, d'Oporin, d'Hypérius et de plusieurs

(>) V.1N DER Aa, Biographisch woo7*denboek, t. VIII, 2, p. 1544 et 1545. (*) En majeure partie d'après la Biographie universelle de Michaud, la Biographie de Delvenne, et Van der Aa, Biographisch looordenboeh, t. III.

(3) Van der Aa, p. 288.

(4) Mort vers 1530.

FORTIUS, VARENNIUS, VAN KAMPEN, VELSIUS. 329

autres savants de son époque. Placé jeune à la cour de Maximilien P% il revint à Vienne à l'âge de 17 ans et fit des progrès étonnants dans l'étude des belles-lettres et de la philosophie. Il employait ses heures de récréation à dessiner et à graver. Vers l'an 1529, il parcourut les principaux centres de la France. Arrivé dans une ville, il se mettait aussitôt à enseigner quelque science, dont le cours n'était ordinairement que d'un mois. Il était passionné pour les langues anciennes. On l'entendait souvent dire qu'il préférait un mot de la pure latinité à un écu d'or. Aucune science n'eut pour lui autant d'aftrait que l'astronomie ; mais, comme presque tous les astronomes de son siècle, il donna dans les chimères de l'astrologie judiciaire.

Jean Varennius, né vers 1462 à Malines, acquit une profonde connaissance des langues grecque et latine et mourut à Lierre le 11 octobre 1556. Il nous a laissé une syntaxe de la langue grecque, une des meilleures qui aient paru au XVI® siècle.

Jean Van Kampen, né dans l'Over-Yssel, aux environs de la ville de Kampen, vers l'an 1460, se distingua dans l'étude des langues grecque, latine et hébraïque, et fut professeur d'hébreu à Louvain, pendant plusieurs années. De là, il voyagea dans une grande partie de l'Europe ; la peste l'enleva à Fribourg, le 7 septembre 1558. Nous avons de lui une grammaire hébraïque en latin, imprimée sous différents titres, à Paris, 1520 et 1525; à Louvain, 1528.

On a encore de Jean Van Kampen une paraphrase et interprétation des psaumes selon la vérité hébraïque, en latin, qui eut un très grand nombre d'éditions au xvi® siècle, à Nuremberg, Lyon, Paris, Anvers, Strasbourg et Bâlé. Elle a été traduite en français, en allemand, en flamand et en anglais; on a joint à quelques-unes de ces éditions une paraphrase sur VEcdésiaste du même Van Kampen.

Juste Welsens ou Velsius, de La Haye, qui, en 1541, avait pris le grade de docteur à Louvain, disparut quelques années

après de cette ville par crainte de Flnquisition et se retira à Strasbourg, où les protestants vivaient tranquilles. Cependant il évita d'embrasser ouvertement leur parti. En 4551, il se rendit à Marbourg et y donna des leçons publiques pendant plusieurs mois. Ayant ensuite quitté brusquement cette ville, il passa à Cologne, où il obtint une chaire de philosophie, que ses opinions religieuses ne tardèrent pas à lui faire perdre. Banni, même après avoir subi une détention, il ne ût plus qu'errer d'un lieu à l'autre et, vers la fin de ses jours, il revint en Hollande, où il se mit à dogmatiser, prétendant prouver sa doctrine par des miracles. Le magistrat de Leyde le chassa de la ville.

Ajoutons Corneille Muys ou Musius, de Delft, le martyr de Leyde en 1572. « Orphelin de bonne heure (^) et sans autre surveillant que lui-même, il se conserva irréprochable, sans se refuser au commerce de nombreux amis. Élevé dans l'université de Louvaîn, qui le rendit au monde et à l'Église dans toute son innocence, de disciple accompli, il devint l'exemple des maîtres, en prenant part à son tour à l'enseignement. Il séjourna quelque temps à Paris, où les beaux esprits l'accueillirent avec empressement, poussa ses pérégrinations jusqu'à Poitiers et y resta deux ans. C'est là qu'il publia ses premiers ouvrages et ses très rares poésies. C'étaient un opuscule f) sur l'éducation de la femme chrétienne et un volume d'odes et de psaumes f). »

Écrivain aussi élégant que son maître Érasme, poète délicat et pieux, mais étranger aux sophismes et à la routine de son temps, il évita sévèrement tout ce qui n'était pas marqué d'un cachet chrétien et ne se permit pas même un de ces innocents badinages si fort à la mode au xvi* siècle et qui n'auraient eu que le tort d'être frivoles. Ne recherchant que l'art chrétien, il dédaigna les maîtres classiques et s'en tint presque exclu-

(*) Il naquit en 1503.

(*) Sans millésime.

(») En 1536. — DoM Pitra, La HoUande ccaholique, Paris, 1850, p. 186.

MUSItS, LANGIUS, TIARA, SCIIOOR. 331

sivemeiit à ce rhytme profond et mélodieux que l'Église a adopte d^ans sa poésie liturgique. Ce fut en ce genre qu'il composa, en 1556, étant à Poitiers, des poèmes sui' la rapidité du temps et sur l'immortalité de la poésie sacrée, A son retour, en passant par Louvain, il apprit la mort d'Éi'asme et lui consacra une épitaphe. Rentré dans sa ville natale, il fut nommé directeur de la pieuse communauté des sœurs de Sainte-Agathe, emploi qu'il remplit avec beaucoup de zèle pendant trente-six ans; dans ses moments de loisir, il continua de cultiver les muses et se fit estimer par sa science, sa probité, son attachement au catholicisme et sa charité. Ses écrits circulaient jusqu'en Italie, On y voyait son portrait, représenté à l'antique avec le laurier triomphal. Campanella lui donna une place distinguée dans son histoire du monde et le proclama l'un des hommes illustres de son temps, non seulement pour sa doctrine, mais encore pour la noblesse de sa vie. En 1566, il se décida à publier son éloge de la solitude, avec une silvula de petits poèmes chrétiens. L'ouvrage parut à Anvers; c'est un des chefs-d'œuvre de Plantin (^). Nous retrouverons Musiusen 1572, victime de la révolution anabaptiste.

Charles de Langhe ou Langius, né à Gand, ou selon d'autres à Bruxelles, devint chanoine de Saint-Lambert à Liège. Il était très versé dans le grec et le latin; il cultiva la poésie avec succès; Baillet, dans ses Jugements des savants, Ta mis au rang des plus judicieux critiques de son siècle. Il a laissé des commentaires sur Plante et sur les Offices de Cicéron, ainsi que plusieurs pièces de vers. Il a également laissé un grand nombre de manuscrits. Il mourut à Liège, le 29 juillet 1573.

Petreius Tiara, né le 15 juillet 1514, à Worcum, en Frise, où il commença ses humanités, étudia à Harlem la logique et les mathématiques. C'était un de ces esprits privilégiés qui se passent de maîtres et sont capables de tout puiser dans

(*) DOM PiTRA, l. c, p. 187-190.

leur propre fonds : helléniste et latiniste consommé, il fabriquait aussi des instruments de musique, d'astronomie, de géométrie et ne demeura pas même étranger à l'art de la peinture. S'étant voué toutefois spécialement à la médecine, il alla l'étudier à Louvain, visita ensuite l'Allemagne, la France et l'Italie. Créé docteur en médecine dans cette dei^ nière contrée, il vint, au bout de ses voyages, s'établir à Louvain (vers 1553) et y enseigna la langue grecque. En 1560, il fut appelé à la même chaire dans la nouvelle université de Douai ; mais bientôt après, il retourna en Frise et devint' successivement bourgmestre de Franeker et professeur de grec aux universités de Leyde et de Franeker, où il mourut, le 9 février 1586.

Antoine Schoor (Schorus), natif d'Hoogstraeten, embrassa la religion protestante et mourut à Lausanne en 1552. On a de lui plusieurs ouvrages de grammaire, dont les humanistes venus après ont souvent profité sans les citer. Dans une comédie latine, intitulée : Eusebia sive Religioj qu'il fit représenter en 1550, par ses élèves, à Heidelberg, où il était professeur de belles-lettres, il voulut prouver que les grands méconnaissaient la religion, et qu'elle n'était accueillie que par le peuple; l'empereur le fit chasser de la ville. On croit que Henri Schoor, mort vers l'an 1590, connu aussi par divers ouvrages de grammaire imprimés à Strasbourg, était le fils d'Antoine. Et que dire de Jean Dousa ou Van der Does, seigneur de Nordwyck Q, qui a illustré son nom comme magistrat, comme philosophe, comme historien, comme poète et comme défenseur de la ville de Leyde, en 1574? Ce fut à l'âge de dix ans qu'il commença ses humanités dans la ville de Lierre. En 1560, il fut rappelé en Hollande et confié aux soins de Henri Junius, dont l'école jouissait à Delft d'une grande considération. Il fit de rapides progrès sous cet excellent maître. De Delft, Dousa vint à Louvain et deux ans après

{*) Né le 6 décembre 1545.

I DOUSÂ, DE SMET. 333

à Douai. Là, il se lia avec Luc Fruy tiers, d'Anvers, qui se signala, comme lui, au célèbre siège de Leyde, et en laissa une description pleine d'intérêt. En 1564, ils se rendirent I tous les deux à Paris pour se perfectionner dans le grec, sous

Pierre Dorât, professeur au collège royal ; ils y contractèrent d'excellentes relations avec les personnages les plus distingués, tels que le chancelier de l'Hospital, Turnèbe, Passerat, Ronsard, Baïf et d'autres.

Bonaventure de Smet, connu sous le nom de Vulcanius, était né en 1338 à Bruges, d'un père pensionnaire de cette ville et qui, par son éloquence et son érudition, avait mérité l'amitié d'Érasme. Libre de choisir entre le barreau et la médecine, Bonaventure restait indécis, lorsque, sur l'invitation du cardinal François Mendoza, évêque de Burgos, il partit pour l'Espagne, en 1359, charmé de voir un pays dont il avait entendu raconter des merveilles. Le cardinal le fît son secrétaire, son bibliothécaire, et le chargea de traduire en latin les passages des Pères grecs qu'il se proposait d'employer dans un ouvrage auquel il travaillait. Après la .mort de ce prélat (1366), Vulcanius remplit les mêmes fonctions auprès de son frère, Ferdinand Mendoza, archidiacre de Tolède. Ce prélat mourut en 1570, et Vulcanius revint à Bruges. Mais les troubles des Pays-Bas le décidèrent à partir pour Cologne, où il espérait trouver la tranquillité si nécessaire aux études. Craignant ensuite que cette ville ne devînt le théâtre de la guerre, il se rendit à Bàle, puis à Genève, d'où il revint encore à Baie, s'occupant dans ses loisirs à traduire divers auteurs grecs. La mort de sa mère le rappela à Bruges, et il fîxa sa résidence à Anvers, où il fut nommé premier recteur de l'école. En 1378, il obtint le titre de professeur de langue grecque à l'université de Leyde; mais il ne prit possession de cette chaire qu'en 1580, et l'occupa trente-deux ans avec un zèle remarquable. Déclaré professeur émérite en 1612, il mourut à Leyde le 9 octobre 1614. Son savant collègue Pierre Cunssus prononça son oraison funèbre. Il

parait que Vulcanius avait adopté le système d'îndifiEérence religieuse. Il possédait une belle bibliothèque et légua tous ses manuscrits à l'université de Leyde.

Parmi les traductions de Vulcanius, on doit citer les huit livres d'Arrien sur les expéditions d'Alexandre; les cinq livres d'Agathias sur la vie de Justinien ; les Thèmes de Constantin Porphyrogénète pour les troupes militaires d'Orient; les deux livres de la Primauté du pape par Nil, évéque de Thessalonique, et son traité du purçatoire ; les questions physiques et les épîtres de Théophylacte Simocatte; les questions de médecine de Cassius; son traité du monde, attribué par quelques-uns à Aristote ; les douze dialogues de saint Cyrille, de l'adoration en esprit et en vérité, et son traité contre les anthropomorphites ; les odes et les épigrammes de Callimaque; les idylles de Moschus et de Bion; les épîtres d'Emmanuel Chrysoloras et son traité de la comparaison de l'ancienne et de la nouvelle Rome f).

Le style de ces traductions est si élégant qu'aujourd'hui encore, dit Baillet, on a de la peine à croire qu'on en puisse faire de meilleures f).

N'oublions pas un honmie « dont la vie agitée, dramatique, complètement dévouée à la recherche et à la profession de ce qu'il croyait être la vérité, couronnée (1572) par une sorte de martyre en l'honneur de cette double cause, offre en France l'image et le résumé du xvi' siècle, qui ne fut tout entier qu'un douloureux enfantement »; cet homme était issu d'une famille originaire de Liège, réfugiée en Picardie vers la fin du XV* siècle, pendant les guerres qui marquèrent le règne de Charles le Téméraire, J'ai nonmié Pierre de la Ramée ou Ramusf).

Cependant l'alarme se répandait à Louvain: cette littérature

(*) Baillet, Jugements des S(wants, Paris, 1722, t. II, p. 416. («) iD., ibid.

Vallet de Virivillb, Histoire de rinstrudion publique en Europe, Paris, 1849, p. 223.

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