SON INTRODUCTION A LA SAGESSE
avec elles ce culte idéal qui divinisait la beauté, la renaissance des lettres, au xvf siècle, associa également la femme à son œuvre de rénovation intellectuelle. Vives, par un de ses écrits les plus célèbres {% contribua pour sa part à ce résultat. Cette époque féconde nous a laissé le souvenir d'une multitude de femmes qui occupèrent, à côté des hommes mêmes, une place considérable dans la république des lettres, et qui surent unir aux grâces de leur sexe, à Féclat d'un haut rang, des connaissances brillantes ou approfondies en diverses branches du savoir humain. Lia notion et l'usage des langues grecque, latine et étrangères étaient alors généralement familiers aux princesses et, par imitation, à beaucoup de jeunes femmes appartenant à des classes moins élevées f). »
En 1531, Vives acheva et fit imprimer à Bruxelles un écrit qui est une source inappréciable pour la connaissance de l'état des études au moyen âge : c'est une espèce d'encyclopédie, dont la première partie est consacrée à rexameh des causes de la décadence des lettres ; dont la seconde indique comment elles doivent être apprises et utilement appliquées; dont la troisième est une série de distinctions philosophiques sur divers sujets. Cet ouvrage ou plutôt cette série d'ouvrages f) a paru supérieure (^) à toutes les productions d'Érasme et a été mise en parallèle, pour l'érudition, le bon sens, la justesse, la méthode et la rectitude de la pensée, avec YOrganum de l'immortel Bacon f).
Le siècle qui vit l'origine et la formation des universités était, pour les sciences, l'ère la plus glorieuse du moyen âge. Dans aucun des six siècles qui précédèrent et des trois qui
(') De ùisiitutione christianœ feminœ, Basil, 1538.
(*/ Vallkt dk Virivii.lk, Histoire de r instruction pitbiique en Europe, p. 212.
(3) I. De cœ^'uptis artibus. lib. Vil, opp., t. I, f. 321-435. — II. De tradendis discipUniSt seu de institulione christiana, Mb. V, t. I, fol. 436-527. — III. De prima philosophia, Itb. III, t. I, fol. 528-582.
(*) Au moins le premier des trois.
(•») Francken, p. 55 et 56. — Namèche» p. 51 et 52.
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suivirent, il n'y ont aulant de savants théologiens, de grands jui-isconsulles, d'excellents écrivains qu'au xvi* siècle. Jamais les maîtres et les docteurs des écoles n'avaient été plus exempts de préjugés et de superstitions; jamais ils ne lurent avec plus d'utilité les ouvrages des anciens (*)•
Mais la décadence fut prompte; elle se manifeste d'une façon déplorable au xuf siècle, où les belles- lettres sont sacrifiées à l'étude de la méilecinc et de la jurisprudence : la langue vivante des écoles, la langue latine, ne fut bientôt plus qu'un amas allreux de barbarismes. •• Pendant le xn** et le xv"" siècle, la grammaire n'était pas seulement négligée, mais encore méprisée ; un style barbare était regarde comme un signe d'orthodoxie et d'érudition profonde, ;i ce point que le plus célèbre jurisconsulte du xn** siècle — Barthole — exprimait son sentiment à cet égard par ces mots : De vainhuSj non curât jiirisconsultus (^).
« Ce (pii causa la plus grande confusion, dît Vives (^, ce fut rignorance des deux langues dans lesquelles les lois romaines étaient écrites. Quand on rencontrait des mots grecs ou des passages d'auteurs grecs, on se contentait de dire : .Vow fMicst laji, (fuia (jrœcum. Le latin n'était }>as étudié davantage, |)rincipalement pour les choses nécessaires à l'explication des lois romaines, tels que vêtements, ustensiles, instruments aratoires, coutumes judiciaires, institutions du peuple romain. En outrer, on avait entièrement mis eu oubli l'histoire et la chronologie, ces ressources indispensables de ' la jurisprudence. Au milieu de ces ténèbres, les jurisconsulles tâtonnaient au hasard et débitaient mille erreurs. Aussi les docteurs des siècles derniers, contrairement aux défenses expresses de Juslinien, surchargeaient-ils les codes de gloses et de commentaires, et leurs élèves et leurs adiiii- |
(*) Mkinkus, Histonsclw Vert/kichmig dcr Sittcn axd Verfitsmt^gen,étc.,des MitteiaUers, etc., t. H, p. 4:>3.
(«) CoMNKXl, Uistoria gymnasii paUiciiii, Venotiis H^O, t. T., fol. 200. — Mo- Niois, t. II. p. 4C8 et 4G9.
(') De amsit corruptantm arliuïix, U6, Vf^ t. U f. 431 et sn'jV.