‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 117 sur 182 · SON ENCYCLOPÉDIE CLASSIQUE · texte numérisé non relu

SON ENCYCLOPÉDIE CLASSIQUE

rateurs, trop paresseux pour lire le Corpus juris, ne relaient plus lorsqu'il s'agissait d'étudier les lourds commentaires des Bai'thole, des Balde, des Albéric et de tant d'autres. »

« L'ignorance et l'oubli des langues savantes, continue Vives, ruinèrent aussi la médecine. On perdit tout ce qui était nécessaire pour comprendre les observations des anciens sur les causes, les temps, les pays et les remèdes. On traduisait, aussi mal qu'on l'avait fait pour Aristote, les écrits d'Hippocrate, de Galien et de Dioscoride; de là tant d'erreurs d'Avicenne, de Rhasès et d'autres Arabes. Beaucoup d'ouvrages d'Hippocrate, de Galien et de Paul Êgénèle n'étaient même traduits ni en arabe, ni en latin; ils ne viennent d'être tirés de l'oubli et communiqués au monde savant que tout récemment... Or, comme les médecins étaient privés des œuvres et des connaissances des anciens, il fallait bien- qu'ils inventassent de quoi s'occuper, et au lieu de traiter des maladies, l'école traitait de inteusione et remissione formatnimj de rarilate et dcnsitatCy de partibxis proportionalibus^ de iustantibus et d'autres choses qui ne furent et qui ne seront jamais. On pouvait se livrer à toutes ces disputations sans posséder aucune véritable science, et obtenir ainsi les plus hautes dignités dans la médecine. On admettait au doctorat des jeunes gens qui ne savaient absolument rien de la force des plantes, de la nature des animaux et des effets des remèdes, et alors même qu'ils n'avaient aucune espèce d'expérience, de prudence et d'intelligence. On faisait plus, on les envoyait, des universités, dans les villes voisines pour y exercer leur métier de bourreaux et pour l'apprendi'e par la pratique. »

Les services rendus à la dialectique par ce philosophe consistent essentiellement en ce qu'il s'est appliqué à en élaguer ce qui s'y était mêlé d'une manière fort hybride. 11 voulait remplacer la scolastique par une philosophie plus simple. Il accuse Aristote et Platon d'y avoir déjà ajouté des choses contraires à son essence. D'après lui, la dialectique ne doit être que l'instrument de la pensée pour distinguer le

H-2 Lons VIVES.

vrui (lu faux. Sous ce rapport, il est, sans contredit, un des pivcnrseui*s de la philosophie moderne, car il veut que la diale(*ti({ue soit réduite à la recherche et à Tcxanieu des (ormes de la pensée. Mais Ai-îstote, en suivant Platon, a voulu faire de cette science l'arbiti-e suprême de toutes les sciences, c*omme si, avant de juger, il ne fallait pcis pénétrer dans les sciences, et connue si, à cet «'gard, la dialectique pouvait être |dus qu'un instrument (^). Autre abus : on enseigne la dialecti(pie immédiatement après la grammaire, mais on ne peut pas a[)prendre sitôt les sciences difficiles qui s'occupent de lesscMice même <les choses. On ne fait que troubler la sphère des s(*ienc!es, si Ton veut assigner à la dialectique un autre but que la rectitude du raisonnement (^. »

Vives était tout à fait hostile aux réalistes, dont il qualifiait les doctrines d'abjecles, mais il n'était pas nominaliste jus(prà réduire Tuniversalité des connaissances humaines au seul usage des noms : le nom, suivant lui, est en connexité avec lacliose. En même temps, il attaque Temploi arbitraii'e des noms : il veut que, dans toutes les langues, on s'exprime avec la plus grande exactitude; la gi*ammaire doit être la base de la dialectiiiue, il faut que les lois de la gi^animaire et de la dialectiifue soient formulées suivant le langage et la l)ensée, et non pas que le contraire ait lieu f*). La dialectique ne pouvait être, à ses yeux, qu'un instrument mis a la disposition des sciences, qui seules peuvent conduire a la connaissance des choses; il demandait, en conséquence, que renseignement de la dialectique fût abrégé de beaucoup, qu'on en vînt au fond des choses et qu'on perdit moins de temps aux préparatifs (^).

Il faisait un grief aux aristotéliciens de s'être jetés sur les écrits les plus difficiles du maître, tels que la métaphysique,

(*) De caiisis corrupt, art,, c. s. — Ritter, Gesch, der Philos,, IX, 440. (*; Vives, ibid, — Rittkr. tbid,, IX, 440.

(») Vives, ibid, et in Pseudodicdectica, f, 41-47. — Ritter, p. 442. (<) Viv&s, De causa corrupt, art,, 3-5. — Rittbr, p. 442 et 443.

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