JEAN MOLINET
temps y etc., continuation (^) de l'ouvrage de Georges Chaslellain. C'est un résumé rapide des principaux événements du XV* siècle, dont toutes les stances commencent par les mots : J'ai vu. On pourrait l'intituler les J'ai m, comme la satire qui fit mettre à la Bastille Voltaire, jeune encore f). Citons ces vers sur Charles le Téméraire :
Cy-gist sans paour le hardy conquérant, Le champion, grand triomphe quérant, Qui de régner avait tel appétit Que s'il eust vécu en prospérant.
Ce monde grand luy esloit trop petit.
On attribue à Molinet un poème qui contient l'apothéose de Philippe le Bon. « S'il est véritablement l'auteur de ces vers, dit Reiffenberg, il n'y fournit pas une grande preuve de la justesse de son jugement ni de l'indépendance de ses idées f). »
On a encore de lui un Petit traicté compUlé à Vinstruction de ceulx qui veulent apprendre l'art de rhétorique. « Vous y trouverez, dit-il, patrons, exemples, couleurs et figures de dittiers et tailles modernes qui sont maintenant en usage, comme lignes doublettes, vers sizains, septains, witains, alexandrins et rime batelée, rime brisée, rime enchayennée, rime à double queue et forme de complainte amoureuse, rondeaux simples d'une, de deux, de trois, de quatre et de cinq syllabes, rondeaux jumeaux et rondeaux doubles, simples virelais, doubles virelais et répons, fatras simples et fatras doubles, balade commune, balade baladant, balade fatriste, simple lay, lay renforchiet, chant royal, serventois, riqueraque et baguenaude. »
Molinet a aussi composé sur la défaite des Français à Guinegate, 17 août 1479, par l'archiduc Maximilîen d'Au-
(^) Elle est intitulée : RécoUedion d^ merveilles advenues en noh^ temps, commencé imr très élégant George Chastellain et continué par maistre Jehan Molinet.
(^) Dk Reiffenberg, l. l., p. 107.
(^) Mémoires deJ, Du Clercq. Bn« , 1823, t. I, p. 127.
88 MAiu;iFJUTK d'aitriciie et la uenaissaxce dans les pays^as.
Iricho, une ooini)lainlc en trente couplets qui se termine par cette apostrophe au duc :
Tu as dompté nos ennemis cornus :
Vrve le duc Maximilianus !
Sa Litanie est une pièce plus extravagante encore. 11 est grossier et même obscène dans ses satires, comme dans YÈpiihalame de la Fille de Laidin et dans les Neuf preux de gourmandise (^). Le Siège d'Amours et la Bataille des deux nobles déesses sont presque inintelligibles et sa traduction du Homan de la Rose, faite à la sollicitation du duc de Clèves (ir)Or>), transforme une composition de pure galanterie en un livre de piété. Il le dit en prose et en vers : «Louange au Dieu d'amour perdurable et à sa mère très sacrée Vierçe, quant nous voyons ce romant redu} t à sens moral, jusqu^à cueillir la rose, etc. »
C'est le romant de la rose Moralisé cler et net, Translaté de rime en prose Par votre humble Molinet (*).
Rabelais, dans le chapitre LIV de son Gargantua^ a tourné en ridicule le style de Molinet dans l'inscription en vers qu'il destinait à être mise en lettres antiques sur la grande porte de l'abbaye de Thélème (^).
A la même école que Molinet appartenait Nicaise Ladam(^, auteur d'une chronique métrique qui embrasse l'époque écoulée entre 1488 et 15i2 : œuvre froide, incorrecte, dure, et qui ne mérite l'attention que sous le rapport des indications matérielles qu'elle contient f).
Un des compilateurs indigestes de la fin du xv* siècle et du commencement du xvi* fut Julien Fossetier, qui jouissait de
(*} GocjET, BiblîotJidque française, Pavïs, 1741, t. X» p. 12.
(*) De Reiffrnbrro, p. 135.
(') GoujET, p. 16. — De Reikfenberg, apud Bakxstr, l, L, p. 128.
{*) Né à Béthimo en 1465 et décédé à Âri*as en 1547.
(5) De Reipfrnbbrq, Annuaire de la BibliothÀ^ue royale, 3* année, p. 87-88.
JULIEN FOSSETIER. 89
la protection de Marguerite. Il nous apprend lui-même qu'il a vu le jour dans la ville d'Ath, en 1434. 11 embrassa l'état ecclésiastique et porta le titre de chroniqueur et d'indiciaire, c'est-à-dire annotateur (^), de très puissant prince Don Charles d'Autriche. Sa Chronique margarilique et athensienne a été commencée le 15 décembre 1508 et terminée au mois de septembre 1517; elle forme trois volumes, qui n'ont pas élé imprimés. Dès qu'il avait achevé un volume, Fossetier en faisait hommage h Marguerite. La Bibliothèque de Bourgogne possède les originaux du second et du troisième volume de l'œuvre de ce chroniqueur, et de plus, trois autres volumes de l'ouvrage de Fossetier, un tome I*' et deux exemplaires du tome II (^.
En 1520, Fossetier dédia à Marguerite la Vie de Crist, dont la Bibliothèque de Bourgogne possède également un bel exemplaire f).
Les bergers et les rois y adressent à la Vierge , en assez mauvais vers, des paroles pleines d'images ingénieuses et délicates :