LEMAIRE, SES ILLUST1UTI0?9S D£ GAULE
rinfonne des relations de parenté qu'il supposait exister entre Hector et lui ; y pai*le de la victoire d'Aignardel, remportée, en 1509, par les Français sur les Vénitiens; s'y plaint de la violence et de la perfidie de Jules II, qui, satisfait d'avoir ressaisi les villes de la Romagne, que Venise avait eues en sa possession, suscita à la France une coalition formidable (^). Lemaire a dépeint en ces termes l'étrange pontife-soldat :
II fait beau voir un ancien prestre en armes, Crier Tassaut, exhorter aux alarmes, Souillé de sang en lieu de sacrifice Contre Testât de son très digne office.
Pour rendre la conduite de Jules II plus odieuse encore, Lemaire donna, en 1512, YHistoire du prince Syacli-Ismaïl, dit Sophy Arduelin, roy de Perse et de Mède. Il y met en contraste l'aigreur et la violence du pape contre les princes chrétiens et contre la « chrestienté qu'il trouble et scandalise » avec le zèle du Sophy pour la destruction des Turcs ; il tance vertement l'infidélité de Jules II, qui n'eut pas honte d'enrôler sous ses drapeaux un corps de leurs troupes et qui manqua aux serments les plus solennels, en refusant de porter la guerre dans le pays des mécréants ; cette infidélité, il la met dans tout son jour en l'opposant aux mesures que le Sophy prenait contre la domination des Ottomans f).
Enfin, l'an 1512 vit paraître une œuvre à laquelle Lemaire avait travaillé pendant neuf ans (1500-1509); c'est le traité des Illustrations de Gaule et singtdaritez de Troyes. Sauf l'érudition et le style, ce livre ne sert qu'à montrer l'abîme qui existe entre un simple chronographe et un historien. L'auteur « commence au déluge pour s'arrêter à Hugues Capet, et n'a d'autre objet, dit M. Fétis, que de prouver que les Français descendent de Francus, fils d'Hector f) ».
(') GoujET, p. 85.
(•) Prologue ds l* histoire du prince Syach et Sallier, Mémoires de F Académie des iHScriptio7is et belles-lettres, t. XllI, p. 600. (3) Fétis, p. 25.
9G MARGl ERITE D AtTRICIlE ET LA RE?SA1SSA?iCE DANS LES PAYS-BAS.
Il importe de remarquer, toutefois, à la déchaîne de Lemaire, cju il se proposait d'écrire une histoire fictive, un r(»man historique à l'usage du jeune prince dont Marguerite surveillait I éducation, ainsi que des dames de la cour, fort occupées alors d'ouvrages de tapisserie et à qui la paix de (lamhrai ( 1509) permettait « demieulx vacqueràleurs gracieux et honnesles plaisirs et passetempz entre lesquelz la leclui'c de divers volumes leur est familière et décente, dont pai* adventure entre les autres la matière de ce livre ne leur sera point désagréahU% selon l'opinion de sadicte princesse pacifique, et i'onime elle le désire »... Il sera « publié et divulgué par plusieurs exemplaires, pour donner occupation à voluptuosité et non pas inutile aux dictes dames de France ».
Après huit années d'inaction, Lemaire reparaît avec une de ses pièces les mieux réussies; c'estje premier de ses trois contes de (Uipido et Airopos. Pour le fond, il ne lui appartient pas, tandis cpie les deux autres sont bien sa propriété, mais se trouv(Mît ;i une grande distance de leur aîné. Lemaire suppose (pie l'amour, dans une rencontre au cabaret avec Atrcq^os, a pris l'arc de cette déesse au lieu du sien, et que depuis ce moment tous ceux qui ont été blessés de ses flèches sont atteints de l'effroyable maladie décrite par Fracastor (^). Le poète termine son récit en annonçant que Jupiter, à la prière de Vénus, a convoqué une assemblée des dieux à Tours, en 1520, pour aviser aux moyens d'arrêter les progrès du mal (*j.
Sous le rapport de la versification, les critiques ne sont pas d'accord sur le mérite de Jean Lemaire. Joachim Du Bellay le regarde connue ayant doté la langue française de beaucoup de mots et de manières de parler poétiques, « qui ont bien servi aux plus excellents du xvi® siècle ». Etienne Pasquier fait de lui le même éloge et ajoute que les traits les
(') Médecin célèbre de cotte ép<xjuc. Il fut le médecin officiel du concile de Trente, de 1545 à 1547. (Note des édileui^s,) (•) Weiss, Biogr. universel^, Paris, Micliaud, 1819, t.'XXIV, p. 35.