‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 132 sur 182 · CORNEILLE AGRIPPA ET SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

CORNEILLE AGRIPPA ET SES DISCIPLES

AriTlons-iious maintenant sur la vie et sur les œuvres de (lornoille Agrippa, Tune des figures les plus originales de cette époque, si riche en hommes supérieurs.

Attiré par les tendances humanistes de son siècle et parles. sciences occultes, il se livra d'abord à ces dernières de façon a montrer un talent rare dans la conception et l'exposition de leurs principes. Ce fut moins cependant le côté scientifique de ces sciences cjue leur application pratique qui l'attira. Mais en hii donnant réputation, richesse, puissance, elles (irent malheureusement de lui un des esprits les plus aventureux du XVI* siècle, ce (pii lui valut l'intimité d'autres es[)rils de la même nature et ce qui l'enveloppa avec eux dans un pacte secret et dans les entreprises les plus dangereuses. 11 en arriva à se poser publiquement comme professeur de sciences occullc^s et parcourut, comme tel, la France, l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie.Il était l'ami du fameux abbé Jean ïrilhème, autour duquel s'étaient groupés à Wurzbourg, de nombreux disciples, et qui se ût connaître par des vers sarcasliques contre les abbés séculiers, cpie Voltaire a imités :

Ils se moquent du ciel et de la Providence,

Us aiment mieux Bacchus et la mère d'Amour...

Ce fut sur les conseils de Trithèmc que Corneille Agrippa composa, à l'âge de 23 ans, son livre sur la philosophie occulte. Après a\o\Y c\\eYe\\é \v tvvve fortune dans la guerre^

DISCOURS d'aGRIPPA SIR L*EXCELLEN€E DC SEXE FÉMIMN. 119

dans les affaires d*État, dans la médecine, il enseigna la haute théologie, annonçant aux élus le secret de l'Évangile; à l'exemple de Trithème, il attaqua les moines et dépensa beaucoup de temps et d'esprit, tantôt à des pamphlets, tantôt à des tlalteries. Sa vie était un tissu bizarre d'événements étranges, où il est souvent digne de compassion, bien qu'on soit tenté de blâmer la versatilité de son caractère, son absence d'attachement à aucun parti et son manque de respect pour les grands mouvements du xvi** siècle, dont il alla jusqu'à flétrir les sciences. Ce n'est pas qu'il méconnût les nobles sentiments de la nature de l'homme et les grandes idées qu'inspire la contemplation de l'univers; mais les agitations de sa vie le fourvoyèrent; il lui fut impossible de s'élever aux calmes spéculations de la vérité, et toute son existence ne fut que le reflet des aspirations troubles et flottantes d'une âme inquiète (^).

Né à Cologne en 1487, après avoir étudié dans sa ville natale et à Paris, après ses expéditions fantastiques en Espagne, en Italie, en France, Agrippa se rendit à DôIe,où il fut agréé à l'académie (1509) et où il donna des leçons publiques sur le traité de Reuchlin De Verbo rnirifico. La tendance des idées de Reuchlin était de réunir les doctrines cabalistiques et les doctrines pythagoriciennes. Cette tendance fut également celle d'Agrippa. Il avait principalement ambitionné la place qu'il possédait à Dôle pour gagner la bienveillance de Marguerite d'Autriche. Ce fut dans le même dessein qu'il écrivit sondiscours sur la noblesse et Vexcellcnce du sexe féminin et le dédia à cette princesse. Ce discours, traduit en français par un de ses amis et propagé partout, ne fut livré à l'impression qu'en 1529 f).

« L'homme, dit-il, c'est Adam, c'est la nature, la chair, la matière. La fennne, c'est Eve, c'est la vie, c'est l'àme, c'est le

(<) RiTTKR, t. IX, p. 327 et 328.

(-; Mkinkrs, Lebensbtuschrdbunr/en bernhintm" Màmim% t. I, p. 215-229. — BUtgraphie unkerscilCf art. Agrippa,

Page 1