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COUNEIIJ.E AGRIPPA ET SES DISCIPLES

monacale confessant par la force de la douleur des faits auxquels elles n*ont jamais pensé, alors leurs Révérences, chantant victoire, prononcent Tarrét de condamnation, se croiant vraiment inquisiteurs, lorsque, sans interrompre leur détestable métier, ils ont perdu ces malheureuses et les ont menées jusqu au funeste bûcher. 11 y a néanmoins pour elles une dernière ressource, c'est de dorer la main du bon père et de reng.iger par là à avoir pitié d'elles et à leur donner l'absolution, comme ayant été suffisamment purgées par la torture de la question (*). »

Le paradoxe sur Tinceilitude et la vanité des sciences a un caractère sceptique, et cependant l'auteur parle d'une union mystique de notre esprit avec la nature et avec Dieu, nouvelle preuve de l'étroite parenté du mysticisme et du scepticisme. 0 ^^''PP*'^ y «"attaque Aristote et sa logique, il trouve ridicule que celle-ci veuille nous apprendre à conclure, comme si nous n'étions pas à môme de conclure sans elle; il soutient (pi'elle ne mène qu'à des cercles vicieux, « On pense, dit-il, que nos connaissances doivent partir des sens; mais les sons sont trompeui's : ils ne peuvent pas connaître les causes, où cependant il faut puiser toutes nos connaissances (^. » 11 en conclut que chaque science a ses principes, qui ne peuvent pas être prouvés et que, par conséquent, on doit admettre; d'où, suivant lui, la nécessité pour chaque honuiie de se convaincre que la vérité cherchée par nous est d'une telle immensité qu'elle ne peut être saisie par aucun sens, par aucune observation, par aucune série de recherches, mais uniquement par la libre adhésion de la foi; d'où cette autre conclusion que « la science n'est ni bonne ni mauvaise en soi, qu'elle n'est bonne que lorsqu'un homme bon la possède. Or, la bonté de l'homme ne repose que suj* le libre arbitre, qui se prouve par la foi, en laquelle nous nous tournons vers

(*) Traduction de Oiraud-Tculoii : Janits, le Pape ei le Concile, p. 122Get suiv. (•) De tncert. et van, scient., p. 45-48. — RiTTKJt, p. 329. (') Dcincoi. et van, scient,, p. 7.

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Dieu, source de toute vérité. C'est, non pas la langue, mais le cœur qui est le siège de toute vérité; ce n'est pas la raison, c'est la volonté qui nous unit à Dieu. » Les armes d'Âgrippa sont dirigées contre les ennemis de la science divine, et il veut qu'on le considère comme un professeur de cette science 0. En partant de ce point de vue, il a beaucoup d'objections à faire contre la pratique des sciences mondaines qu'il énumère. Contre les mathématiques, il fait observer qu'il n'y a dans la nature ni cercle, ni globe parfaits (^. La philosophie lui est suspecte parce qu'elle tire son origine des poètes et qu'elle se partage en sectes nombreuses. Il ignore s'il faut compter les philosophes parmi les hommes ou parmi les bêtes; il est vrai qu'ils ont de la raison, mais ils ne s'en servent que pour s'agiter dans des opinions incertaines, La philosophie est la mère de toutes les hérésies f). Quant à la théologie, il l'édifie sur l'Écriture sainte et il en veut grandement aux théologiens pour avoir privé le peuple de cette source précieuse de la religion ('*); mais il ne faut pas que l'Ëcriture soit comprise littéralement; l'illumination du Saint-Esprit peut seule en révéler le vrai sens (^). Il prend à partie la philosophie scolastique, et particulièrement la Sorbonne, qu'il accuse d'avoir engendré un centaure formé d'oracles divins et de raisons philosophiques et engraissé de formes barbares (^. Il ne ménage pas le pape et ses décrels, il déteste également Luther, qu'il range parmi les entremetteurs f) et dont il ne peut approuver les doctrines, parce que cet hérésiarque dénie aux œuvres de la religion leur force et leur valeur. La clef universelle de la vérité, c'est la parole de Dieu. Dieu seul est vrai, tous les hommes sont

(*) De incd't, et van, scient., dedic, p. i,

(•) IbûL, p. II.

(') /6iti..p. 49 et 53.

(*) Ibid., p. 100.

(^) Ibid., p. 98.

(0) Ibid., p. 97.

(') Ibid., p. 64.

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monteurs. Par uolre raison, qui spécule à tort et à travers, nous ne devons pas corrompre la vérité de la parole divine (^). Rien nest plus contraire à la religion chrétienne que la science; la renaissance des lettres na fait que troubler la paix de l'Église {^.

A travers ces exagérations et ces colères, on voit apparaître le vrai dessein d'Agrippa, qui voulait qu'une part plus large fût faite dans la science à Texpérience. Lui-même cependant n'a pas encore progressé sous ce rapport, mais au moins, ce qu'il a tenté a servi d'exemple et de stimulant à d'autres. D'ailleurs, en ramenant la théosophie à la carrière scientifique, il se distingue de cette nombreuse classe de savants qui s'enfermaient dans leurs chambres pour se livrer à l'étude des sciences occultes sans songer à lever le voile de la vérité f).

Agrippa voudrait oublier à jamais l'astronomie, si le besoin et les avantages matériels ne le portaient pas à Tétudier pour exploiter les grands et les riches. L'alchimie n'est pour lui que de la fourberie. Sur la magie, il pense comme Platon; il est convaincu qu'elle ne peut produire que des images trompeuses.

Malgré toutes ces critiques. Agrippa reste thëosophe; même ses doutes sont fondés quelquefois sur les principes de la théosophie. Si, d'une part, il vante la large liberté de la vérité, « qui ne peut être approfondie par aucune science, et qui ne peut être saisie que par la foi », d'autre part, il n'est pas satisfait de ce qu'on nomme communément la foi. Il lui faut une foi plus haute. « Notre foi, dit-il, doit être dirigée par Dieu; Dieu seul est vrai; c'est avec lui que nous sommes en connexité par la foi. Il nous révèle tout; il nous fait tout voir en lui. Il ne nous manque qu'une chose, c*est de pouvoir nous élever jusqu'à lui d'une manière perma-

(') De incert, et va7i, scient., p. 100.

(«) Ibtd., p. 101. — RiTTKR, p. 330-333.

(') De incert. et van. scient,, p. 47. — Ritter, p. 333 ot 334.

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nente; mais alors, nous mourrions, nous serions entièrement absorbés par lui. Dans le Christ seul peut demeurer le Saint- Esprit; il est le seul vrai théologien ; le Saint-Esprit ne pourrait pas établir sa demeure en nous (^). » C'est pourquoi Agrippa recommande une religion qui ne dédaigne pas les œuvres, et la philosophie qui reposerait sur une telle religion lui paraît la seule science qui corresponde à notre point de vue en ce monde. C'est dans ce sens qu'il s'efforce de travailler les idées de la théosophie, d'après les anciennes traditions qu'il puise soit dans les mystiques, soit dans les écrits en honneur chez les platoniciens. Mais il diffère des mystiques en des points essentiels : d'abord, il attache une grande importance aux œuvres f) et à leur efficacité pratique moyennant la foi ; puis il recommande une religion qui est loin d'être exclusivement chrétienne. C'est là qu'il se trouve en contact avec l'école de Platon. « Le Christ n'a pas tout révélé, dit-il; beaucoup de choses sont restées plongées dans le mystère. » A la manière des humanistes du x\f siècle, il parle des dieux, bien qu'il n'adore que le Dieu suprême. Il pense que les pécheurs et les païens ont été saisis, par l'esprit, peu importe que cet esprit fût divin où angélique f). Mais ce qu'il recommande comme religion, ce sont les principes de la philosophie platonicienne tels qu'il les a conçus dans le sens théosophique. « Au surplus, dit-il, toutes les religions sont bonnes, quoique la chrétienne soit la meilleure (^. »

Le théosophe éclate, dans ces phrases : « Si l'esprit n'est pas sain, le corps ne saurait l'être; or, l'esprit sain ne peut être que le résultat de la pureté morale, de la piété et de la religion. — La religion purifie l'esprit et le rend divin; par là aussi elle augmente les forces de la nature. Quiconque

{*) De incert, et tan, scient,, p. 99. — De occ. phil , lïl, 6.

(«) Ibid., p. 9d.

(3) Ibid., De occ. phil.. Il, 60 ; lïï, 2 et 4.

(*) De incert. et van. scient,, prosat. — De oce.phil,, Ifl, 2 et 4.

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