OUNEILLE AGRIPPA ET SES DISCIPLES
vôtres, vous avez si bien fait qu'à Luther revient Thonneur d'avoir vaincu les héréticjues. N'est-ce pas lui, en effet, qui a terrassé les anabaptistes, qui a résisté aux sacramentaires? Faites-moi le plaisir de me montrer un seul écrit de vos univei*sités qui ait fait battre les hérétiques en retraite. Je ne crains pas de le dire, Luther est un hérétique salutaire, car pendant que nos maîtres dormaient et ronflaient, il veillait si'ul au salut de l'Ëglise et délivrait seul l'Allemagne des fureui-s de l'anabaptisme. Vous ne rêvez qu'à combattre les luthériens par le fer el le feu; mais prenez-y garde, ils vous répondront par les mêmes armes. Je sais le danger que je cours en parlant ainsi, mais vous savez tout aussi bien que moi que je ne suis pas luthérien, que je suis catholique romain. Si, comme cela peut arriver à tout le monde, je tombais dans quelque erreur, loin d'y persister avec opiniâtreté, j'avouerais franchement que j'ai erré et je ferais tout pour me relever (^). »
Au commencement de février 1552, Agrippa remit c^tte apologie au grand conseil de Malines, espérant que cette cour suprême l'absoudrait de toutes les fausses accusations mises à sa charge. Pendant qu'il attendait sa décision, il écrivit une Plainte (^ sur ses calomniateurs, qu'il dédia à son ami Chapuys, ambassadeur impérial à Londres. Il y tançait vertement la corruption, l'ignorance, la méchanceté et Tintolérance des moines et des théologiens, a Pour échapper à leur tyrannie, il vaudrait mieux ne rien savoir du tout, et surtout ne rien publier, attendu que ceux qui se trouvent dans une telle situation ne sont exposés à aucun danger. Les grenouilles ne se réjouissent-elles pas dans leurs marais, les cochons dans leur boue, les chauves -souris dans leurs ténèbres, les pigeons sur leurs toits, les aigles dans leurs aires ? Aussi n'est-ce pas sans motif que Pythagore a dit à Lucien que, dans ses transformations successives, il avait été
(ï) Xgrippœ Opp,, t. Il, p. 273 et suiv.
{') Ibid,, t. II, p. 437 et suiv. — Mkixkrs, p. 353 et 354.