‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 170 sur 182 · COLARD MANSION · texte numérisé non relu

COLARD MANSION

de Bruges, seigneur de la Gruthuyse, prince de Steenhuyse, etc., seigneur flamand, habile dans la guerre et dans les négociations. Les manuscrits qu'il avait rassemblés à grands frais, et qui passèrent après sa mort (1492) dans la bibliothèque de Louis XII, se conservent encore aujourd'hui, à un très petit nombre près, dans la Bibliothèque nationale de Paris 0.

Cette bibliothèque était, après celle des ducs de Bour-

gogne, la plus belle et la plus nombreuse de toute la Flandre.

Louis avait fait exécuter lui-même, à Bruges et à Gand, par

des calligraphes et des enlumineurs habiles, qui se trou-

. valent en grand nond)re, à cette époque, dans ces deux villes,

'la plus grande partie des manuscrils qu'elle renfermait.

I^a grandeur des volumes, la beauté du vélin et de l'écriture,

la richesse et la quantité des miniatures et des ornements

tient ils sont décorés; le luxe des reliures, qui, à en juger

jpar celles que l'on voit encore, étaient généralement en

velours de diverses couleurs, garnies de coins, de clous et

^e fermoirs de cuivre doré, attestent que lien de ce qui

^pouvait rendre un livre précieux n'avait été épargné par le

'^^jgneur de la Gruthuyse f).

Colard Mansion était déjà connu comme libraire et comme traducteur, lorsqu'il devint l'objet de la protection toute par- ""tîculière de ce seigneur. Toutefois, cet homme, dont les ^ impressions sont placées aujourd'hui au premier rang, ne fut ^as heureux. En 1484, il se vit forcé de quitter Bruges, * parce qu'il se trouvait dans l'impossibilité de faire honneur à *ses aflaires : il venait d'achever la traduction et l'impression ^d'un ouvrage considérable, dont la vente n'avait pas couvert ^es frais. Tel était son état de gêne qu'il n'avait pas de quoi •payer le loyer de sa boutique, c'est-à-dire la somme modique

(^) M. Van Praet, Recherc?ies sur Louis de Bruges, préface; et Xottce sur Colard y-f^oiisioir , p. 1-3. — C. Cartox, Cofai'd Mansion, Bruges, 1848, p. 321, etc — jDe Heifkenbkrg, Annuaire de la Bibliothèque royale. 1840, p. xxn. f*) Van Praet, Recherches sur Louis de Bruges, p. 81.

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de :2t livres parisis annuel leiiient pour une chambre du pourtour de réglisc de Saint-Donatien. Quant a sa demeure, elle était tout aussi modeste. Comme son imprimerie seule n'avait jamais suffi à le faire vivre, il avait été forcé de copier des manuscrits Q. Il est probable que Mansion chercha uu refuge en France, où il avait de puissants amis.

On trouve dans quelques imprimés de Mansion de curieuses notes sur Tétat de la société et lesprit du temps où ifs parurent : ainsi, au verso de l'avant-dernier feuillet d'une traduction française de Boèce, on lit un épilogue plein de réflexions douloureuses sur l'année 1477, si féconde en agitations de toute espèce. L'auteur de ces réflexions gémit sur le« commotions populaires : la ruine de beaucoup de nobles en Hollande, Zélande, Hainaut, Artois, Flandre; le trouble de tous les États de l'Europe; l'Église et ses suppôts irrévérencieusement traités; le peuple égaré et ne sachant plus a qui donner sa confiance (^. Dans son Quadribgue d'Alain Chartior, imprimé la môme année, il reprend des doléances non moins vives : « Nous voions la Sainte Mère église estre irrcvoramment traittie par les mesus d'aucuns des suppoz diable. »

Au chapitre XV de r Évangile des QucnoUles, il parle d'une cigogne que Dais van Trière avait rencontrée en hiver sur le mont Sinaï, et qui l'été « faisoil son nyd en Flandres sur un hoslel » à Bruges.

En revanche, il publia les Advincaux amoureux, ouvrage composé de demandes énigmatiques avec réponses, pour être faites en socivir et servir d'anuisement.

On se plaît à enregistrer ici les bienfaits que la typographie amena avec elle dès son apparition en Belgique : les améliorations artistiques, industrielles et sociales. En prenner lieu, il faut placer la librairie, encouragée par nos souverains, les nobles et les corporations religieuses; on

(*} C. Carton, p. 351.372.

{'j Van Praet, Xoticesit)' Colavd Mansion, p. 33.

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