IRRITATIO.N DE LUTHER CONTRE ÉRASME
Luther devait garder un long souvenir de cette querelle, et, même à son dernier jour, le nom de son redoutable adversaire se mêle, dans sa bouche, aux malédictions contre les blasphémateurs du Christ : « Ërasme était un homme très léger, qui se riait de toutes les religions, comme Lucien, son modèle (^). »
Il s'indignait surtout de l'apparente modération d'Érasme, qui, n'osant attaquer à sa base l'édifice du christianisme, semblait vouloir le détruire lentement, pierre par pierre. Ces détours n'allaient point à l'énergie de Luther : « Érasme, ce roi amphibole qui siège tranquille sur le trône de l'amphibologie, nous abuse par ses paroles ambiguës et bat des mains quand il nous voit enlacés dans ses insidieuses figures, comme une proie tombée dans ses rets... Voyez-Ic s'avancer en rampant comme une vipère, pour tenter les âmes sim[)les, comme le serpent qui sollicita Eve au doute et lui rendit suspects les préceptes de Dieu f). »
Cette querelle causa à Luther, quoi qu'il en dise, tant de tourments, qu'il finit par refuser le combat et empêcha ses amis de répondre pour lui : « Quand je me bats contre de la boue, vainqueur ou vaincu, je suis toujoui^s sali, dit-il (^. »
« Je ne voudrais pas, écrit- il à son fils Jean, au prix de 10,000 florins, me trouver devant Dieu dans la position périlleuse où sera Jérôme et encore moins dans celle d'Érasme.
« Si je reprends de la santé et de la force, je veux pleinement et librement confesser mon Dieu contre Érasme. Je ne veux pas vendre mon cher petit Jésus. »
Un jour de la Trinité, il dit : « Je vous prie, vous tous pour qui l'honneur du Christ et de l'Évangile est une chose sérieuse, de vouloir être ennemis d'Érasme. »
Une autre fois, il dit encore : «Je vous recommande, comme
0) MiCHHLET, t. II, p. 215, 216 et 340.
'«) lD.,t. II, p. 216.
(») Id.. t. II. p. 216 et 217.
OgO ÉRASME ET LL'TIIEH.
ma «lornièro volonté, trèlre terrible pour ce serpent. Dèsqut; je serai revenu à la santé, jVerirai contre lui, avec l'aide Jt Dieu, et je le tuerai Ç\ »
En 155i, il allait beaucoup plus loin : désespéré de n'avoii pu a! lâcher à sa cause ce puissant génie, il accusa ouverlo ment Krasnic d'athéisme r).
Quoicpie Krasme fût vivement ému des violences d( LuthiM* ^^), il rélait davantage encore de la perfidie (1« certains théologiens de Louvain, notamment de Lutomuse de (loppin, qui ne faisaient qu'exciter contre lui Egmont e d^autres fous : ils ne se doutaient guère qu'en agissant ainsi ils no faisaient que servir les haines de Luther {*}. Il esi vrai que (Iharles-Quint leur avait imposé silence; mais il: i'iairnt plus forts que César et ne respectaient pas les ordre: qu'il leur avait donnés de ménager un homme qui avait loiil fait pour la renaissance des lettres et pour « le salui de la vraie religion f) ».
Krasme (lait d'autant plus contrarié, que les moine: d'Espagne lui faisaient une guerre plus terrible encore qut ceux de Belgique; bravant a la fois l'empereur et deu? puissants prélats, Alphonse Manriquez, archevêque de Séville et Ali)hons(? d(» Fonseca, archevêque de Tolède, ils disaion qu'ils préféraient Luther à Érasme, parce qu'ils aimaien mieux un eniiomi déclaré qu'un ennemi couvert du niasqa de Tainitié l'j.
Erasme soupçonna et publia (|ue Melanchthon et autrt' partisans de; Luther avaient collaboré à son Ccrf-ArbUn Mélaneliili«»n s en <léfendit dans des lettres à ses auiis intime: Quant à Luther, il considérait ce livre connue un de ceu
(*i MiciiKi.iiT, t. I. p. ::^17-2hS.
(-) \Vaum, t. XVIII. p. -S^Oi 01 2305. — Skkkkndori-, 1. F, f. 77. C^) ErasuiK.t Mcyruritiv Gutttnan'o, 3" cai. mnias 1520, opml Hei.fferïc ZK'itschrif} fi')- (h'r hisUir. Theoi.y t. XXI X, p. 503.
('; »« Fro Lutlioro pu^nat quisquis impugnat Enismiim. ^ IlEi.rFKRii.'jï, p. 50 (\) /*irf.,p. 51>3et5U4.
i''} Ibid,, p. GOl ot 602.