MÉLANCHTIION SE PRONOKCE POUR LE LIBRE ARBITRE
qui méritaient le plus d'estime (^). Des écrivains protestants très orthodoxes n'en jugent pas ainsi ; ils y ont trouvé des expressions fort peu mesurées, des pensées fausses et plus propres à scandaliser qu'à édiûer, des passages de l'Ëcriture mal appliqués, le choix des élus confondu avec la justification, la réprobation avec la damnation; enfin, tout leur semble outré dans cet ouvrage, où, à force de vouloir élever l'autorité de Dieu dans le gouvernement du monde et d'anéantir les forces de la volonté humaine pour saper l'Ëglise catholique, Luther n'a pas pris garde qu'il faisait disparaître la justice et la miséricorde divines, etc. Mélanchthon s'en aperçut et commença à s'éloigner de la doctrine du maître pour rétablir les droits du libre arbitre.
Érasme, qui représentait cette école de libres-penseurs à laquelle la cour de Rome avait témoigné une tolérance unique dans ses annales, se montrait conséquent en défendant la cause de la liberté morale de l'homme; mais, au lieu de se laisser aller à des débats sans issue, il aurait eu mieux à faire en s'appliquant à inculquer aux masses ses idées de liberté et de tolérance, et en prenant une position plus énergique pour forcer la main à l'empereur en ce qui concernait l'Inquisition, qu'il avait sévèrement blâmée f). 11 pouvait beaucoup, car la royauté qu'il exerçait sur son siècle lui donnait pour appuis tous les hommes éminents et véritablement libéraux de la Renaissance, de la Réforme et du catholicisme f). Au lieu de penser à ce grand rôle, il commit la faute de répondre encore (20 février 1526) à Luther par ses Hyperaspistes diatribœ adversus servum arbitrium Mari. LuiheiH^)^ où, à côté de quelques bonnes vérités contre l'intolérance des réformateurs, il compromit sa placidité habituelle par une
(*) «• Nidlum agnosco meum jitsium îibrum nisi forte de Servo arbitrio» «(Lettre do Lutber à W. Capiton du 9 juillet 1537.) (*) BucHOLTZ, Gesch, der Regiaxh^g Ferdinand I, Wien, 1831, t. II, p. 3C3. * (5) NiSARD, p. 128-132. M
(<) T. X, f. 1249 et suiv. de ses œuvres. F