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ÉIWSME ET I.VT11EU

poK*iniquo (riiijures qui alhiit a Luther, qui y était p: niaitre, mais qui défigurait Tatticisnic de verve et Félégîi de stylo d'Krasine. Qu'en pouvait-il recueillir? Pour ceru catholitiuos, sou traité du Libre arbitre venait trop ta pour d'autres, il était trop modéré. Pour les moines, il c trop rationaliste. Quoi qu'il fit, Ërasme était toujours p ces irréconciliables ennemis le pcrc de Luther. 11 ne tro de la rccoiniaissance pour avoir défendu la liberté hum: ({ue chez, quelques catholiques sincères et chez qnek esprits littéraires (^).

Luther, (|ui se sentait fortement atteint, dans les c faillies de sa dissertation, par Targumentation incisive de adversaii'c, lui adressa une lettre pour le calmer par badinages et l'adoucir par des cajoleries. 11 rejetait ses g sièn»tcs et ses injures sur la véhémence de son esprit, c il n'était pas le maître. Krasme lui répondit le H avril II et dans cotte réponse, on trouve h regretter, parmi quelc traits dignes et nobles, un déplorable effort pour n'être on reste d'injure. « Je te souhaiterais un meilleur esprit s n'étais pas si content du tien ! » etc., etc. (*).

L'année d'après (septembre 1527), Érasme publia une Iribe encore plus violente (^, dans laquelle il reprochait à adversaire d'avoir torturé ses paroles ou de les avoir comprises. Tandis que Luther traitait le libre arbitre d'in tion du diable, faite pour tromper les simples, le pliîlosc en rovondi(iuait fièrement les droits. Il ne demandait d'ailleurs, que l'on fût de son avis, comme le demai: Luther pour lui-même, mais que Ton se laissât instruire l'Kglise C).

Jusqu'après la mort d'Érasme, Luther récrimina en

(*) Revue britwiiuqfu*^ p. 133. — NlSARD, p. 111-113. (*) NisARi), p. 1-20-123.

(') C'était la sec«inde partie de ses Ilypcraspisies. Voy. Opp., t. X, f. i; suiv. Cf. Ep. Dcccxcw, 10 sept. 1527.

{*) CiiLEBiF, Zeitschrift fur die historische J/tfo/o^ic, Gotha, t. XV,p. 72, 14

LA LUTTE s'envenime ENTRE ÉRASME ET LUTHER. 293

contre lui ; on Taccusait d'avoir quitté cette vie en librepenseur, comme on dirait aujourd'hui, c'est-à-dire sans prêlreet sans sacrement (^). Aussi le considérait-il comme le plus grand ennemi que le Christ eût jamais eu, comme un homme qui ne voyait dans la religion chrétienne qu'une farce uniquement inventée pour tenir le peuple en bride (^.

Malheureusement, des répressions violentes poussaient les esprits aux révolutions, et les hommes de révolution suivaient Luther. Ërasme n'était pour eux qu'une trompette sans bannière. Il s'était d'ailleurs condamné lui-même en disant qu'il n'avait pas plus les hauts goûts du bourreau f) que la grâce du martyre et que jamais il ne ferait pour la vérité le sacrifice de sa vie (^). Sans doute, les conseils qu'il donnait étaient empreints d'une haute sagesse ; mais les crises sociales veulent l'action et non pas de simples conseils, alors surtout que ces conseils sont, comme quelques-uns d'Ërasme, trop timides ou même trop équivoques pour être mis en pratique. Ainsi, quand l'électeur Frédéric de Saxe le consulta sur la Réforme, il répondit par des figures ; quand le pape demanda son avis sur les moyens de rétablir la paix dans l'Ëglise, il lui traça le plan d'un concile impossible ; quand la ville de Bàle l'invita à lui communiquer ses idées sur la liberté de la presse, il déclara que, les opinions étant partagées en Suisse sur un sujet aussi grave, il ne convenait pas à un étranger de se prononcer, mais qu'il dirait sa pensée quand il quitterait la ville f).

Du reste, traité par Luther d'épicurien, de sceptique, de blasphémateur et d'athée, Ërasme ne daigna pas relever ces ëpithètes. Toujours conséquent avec lui-même, il disait : « Je

(') Luther, CoUoquia oder Tischreden, éd. Aurifaber, Frankf,, 1507, f. 392.

(*) Chlebus, p. 81.

(*) • Procul abest ab ingenio meo quidquid sapit camificinam, « Hblfferich, t. XXIX, p. 610.

(<) « Yereor antem ne, si quid inciderit tumuUus, Petrum sim imitaturus. » ApitdioKïvs, t. II, p. 395, et ibid,, t. I, p. 235.

(*) Mattsr, Histoire de la philosophie, Paris, 1854, p. 143-145.

234 éhasme et litiier.

voulais renverser la tyrannie des pharisiens et non remplacer par une autre. Servir pour servir, j'aime miei être l'esclave des pontifes et des évoques, quels qu'ils soier que de ces grossiers tyrans, plus intolérables que leu ennemis {*). »

D'un autre coté, tout en rompant avec Luther, Érasme f loin de démentir les principesde tolérance qu'il avait toujou professés et il continua de recommander h l'égard des proU tants l'emploi de la persuasion, jamais de la contrainte (^.

Dans l'opinion générale de ses contemporains, Erasme et; plus haut placé (|ue Luther. La postérité semble en avoir ju aulrement. A-t-elle bien fait? C'est aux générations présent de le dire, c'est à elles de se prononcer entre Luther, conda: nant le libre arbitre et remplaçant à beaucoup d'égards 1 superstitions anciennes par des superstitions nouvelles, Érasme, revendiquant et défendant h la fois contre les catl liques et les protestants cette liberté de conscience q Luther voulait confisquer au profit exclusif du protesta tisme f).

Luther, d'ailleurs, en était encorcau catholicisme d'Alexî dre VI et de Jules II, quand déjà Érasme avait fait la guei h toutes les superstitions de son siècle et même touc à tous les points de croyance où les protestants devaient séparer de la mère Kglise. Suivant lui, la confession à Di seul suffisait; le choix des mets et des vêtements, le jeune, prières pour pénitence, les solennités publiques des jours fête, lui paraissaient du judaïsme. Il exaltait ces temps d^ primitive Église, où l'on se contentait d'un seul prêtre pc célébrer la messe, au lieu de cette foule d'ecclésiastiques c la religion d'abord et plus tard le lucre avaient tant mu plies. II ne voulait pas que le peuple baisât les sandales <

(•; Nis.vRi), p. 100 ot 107.

(*) Hkss, t. II, p. 577. — Van Kampen, Bchnoptc ffrschieihmiSf t. I, p. 00 OiKSKLER, 1. m, p. 184-187.

C; NiSARD, p. 73 et 74.

LIBÉRALISME d'ÉRASME. — ULRIC DE UUTTEN ET SES PAMPHLETS. 298

saints, et plus que personne il osa prendre la défense du divorce (^).

C'est que, tout en restant dans le catholicisme, il n*en était pas moins un des esprits les plus libéraux de son siècle (^). Et comme il était un ami sincère et déclaré de la tolérance f), il représentait beaucoup mieux que Luther et son parti le grand mouvement réformiste du xvi* siècle (^).

A coup sûr, personne plus que lui n'aurait pu dire avec Voltaire :

J'ai fait plus, en mon temps, que Luther et Calvin.

On les vit opposer, par une erreur fatale,

Les abus aux abus, le scandale au scandale ;

Parmi les factions ardents à se jeter,

Ils condamnaient le pape et voulaient Timiter...

Érasme ne prit aucune part à la lutte des scolastiques contre Reuchlin, mais il constata que Tincroyable acharnement des ennemis de Luther s'attaquant à cette école d'humanistes profita considérablement au parti du réformateur. Il se borna à recommander Reuchlin au pape et aux cardinaux, mais sans se déclarer pour la cause qu'il défendait et qui, néanmoins, était la sienne. Il est vrai qu'il écrivit à Reuchlin lui-même et à Hoogstraeten, mais pour les exhorter à user l'un envers l'autre de plus de douceur et de charité chrétiennes. Après la mort de Reuchlin, il fit son apothéose f).

Ce fut Ulric de Ilutten qui se chargea du rôle qu'aurait dû prendre Érasme. Aîné d'une famille équestre du pays de Fulde, Ilutten eut une des existences les plus agitées du siècle. Mais jamais il ne perdit courage. Couronné comme poète par l'empereur, il ne vivait que dans les combats littéraires.

(*) NiSARD, p. 75-T7.

(*) Brbtschneidbr, Corpus reformatorum, t. I, p. 685.

(') Epistolœ Erasmt, p. 2095 et suiv.

(4 Hagen, t. III. p. 86, 247 et 258.

(^) Elle se trouve dans le premier volume des œuvres d*Èrasmo.

-2W IIIV.VSMK ET lATIIEU.

Il luurnil îi UeiKliIin et à ses disciples toutes les armes d son iudiiîiialion et de son ironie cl leurs meilleures victoire sur les dominicains^ ({u'il ilagellait en latin et en allemam en prose et en vers, en invectives oratoires et en satires dij loguccs{^). 11 avait préludé à la publication de ses fameuse KfmtnUv ohscurorum virornm par une attaque contre le du de Wurtemberg, qui avait assassiné son cousin, Jean d Ilutten. L'Allemagne tout entière avait poussé un cri d'ho reur contre ce forfait; elle accueillit avec enthousiasme 1( C:itilinain*s et les Déploralions de Hutten (1515). Ces adm rabbs pliilippiques, écrites à cheval, en voyage, toutes palp tantes de vie et de sentiment, le firent proclamer le Démo thiMie et le Cicéron de TAUemagne f).

La victoii'e remportée sur les dominicains de Cologne p; Ueuchlin, llutlen et leurs amis, rendit furieux leurs adve saii'es, (jui n'eurent plus assez d'injures et d'anathenies poi les humanistes. Ils voulaient même livrer Erasme à Tlnqi sition; mais ni leurs violences, ni leurs intrigues ne pré\ lurent ; partout, au contraire, dans les villes, dans les uu'wi sites, dans les cours, les idées nouvelles avaient gagné ( terrain. (Vêtait donc une guerre à mort. Les théologiens ] se tinrent pas pour battus. Fort de Fappui des universit de Pai'is, d'Erfurt, de Louvain, de Mavence, Hoogstraetcn tourna vers le pape et partit pour plaider à Rome la eau de la vieille tln^ologie scolastique contre les humaniste L'embarras de Léon X fnl grand : conimentacquitter Reuchl sans blesser ces puissantes universités et ces ordres re gieux, dont le concours était si nécessaire pour la vente d indulgences? Mais comment condannier le grand hunianisl dont il partageait les opinions, sans soulever une tempête q aurait des suites incalculables? Le pape exigea un sursi

^') RwKK, t. I. i>. •l"2r>"12S. — Mkki.i: i/AiBKiM*;, nisfui}Y il^ hi Rtlform.jti, P;iris, 1.*^<V2, t. I. p. 105, ot urio remanniablo étu<iiî ilo M. Spaob, dans le licpcrto t'iià'crsc/ (It's scinuys, (h'S lettres et dr^t arts, t. XIV, p. 300.

(-; K.vNKK. — Si»Arn, p. :300ct3C7.

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