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LA DOCTRINE DES ALBIGEOIS OU CATHARES

permanents, et ils commencèrent aussitôt leur sanglant office. Couiine i'Église ne pouvait pas verser le sang, les princes, les rois et les empereurs étaient tenus de prêter main-forte à ses terribles juges. La sainte Inquisition ou le saint Office, comme on l'appelait, perfectionné encore par les successeurs de Grégoire IX, devait dépendre immédiatement du souverain pontife, rechercher les hérétiques et leurs adhéi^ents et prononcer sans appel sur leurs biens, leur honneur et leur vie. Jamais ce tribunal ne faisait connaître le dénonciateur ni les témoins; l'instruction du procès était secrète et les inquisiteurs pouvaient eux-mêmes appliquer la torture (^).

L'hérésie de Cathares ou Albigeois avait été introduite en Belgique vers 1025, par des missionnaires italiens (^, dont le principal s'appelait Gondolphe. Ces hérétiques n'admettaient que les livres du Nouveau Testament, rejetaient les sacrements du baptême et de l'eucharistie, avaient leurs ministres et croyaient pouvoir conférer le Saint-Esprit par l'imposition des mains, condamnaient le mariage, se prononçaient contre la vénération de la croix, contre le culte des saints, contre la nécessité des églises et des ordres sacerdotaux; enfin, plaçaient la perfection devant Dieu dans le renoncement au monde, dans la simplicité d'une vie consacrée au travail et dans l'exercice de la charité. Leur base étant le Nouveau Testament, ils prétendaient en conserver les doctrines et les rites ; n'attribuaient aucune importance aux sacrements institués par l'Église, mais avaient introduit la coutume de se

(*) BuUarium ord. prœdtcat., t. I, p. 37. — Mansi, t. XXIII, p. 74 et 265. — De Lauriérk, Ordonnances des Roys de France de la troisième race, t. I, p. 50. — Pegna, Cotnment. ad Et/mericiim, n® 124. — Bullar. magn. Innocent, IV, d9* 9 et 15; Urhan, IV, n°8. — ConciL Narbon. ami. 1So5, can. 26; ConciL Vinens. ann. 4S41 (Cinnmtin, V, tit. IIÏ, c. 1.) — Martènb et Durand, Thés, anecdot,, t. V, p. 1795. — G1K8BI.EK, t. II, 2, p. 593 et 594.

(*) Le premier noyau do cette secte s*est formé au x* siècle parmi les Slaves de la vallée du Danube. Des moines bulgares introduisirent ensuite ses doctrines dans les retraites ignorées des Balkans et dans les lies désertes de la côte orientale de l'Adriatique. (Hudry-Menos, Revue des Deux Mondes, 1868, t. LXXIV, p. 472 et 473.)

laver entre eux les pieds, à rimitation du Christ, qui les avait lavés à ses disciples pour leur donner une leçon d'humilité. Dans l'origine , les Cathares, surtout les Cathares orientaux, professaient un dualisme qui se composait d'un petit nombre de dogmes et de préceptes, lesquels étaient la distinction entre un bon et un mauvais principe ; la condamnation de TÀncien Testament comme œuvre du démon; l'opinion que Jésus-Christ n'a qu'un corps apparent, le rejet du baptême d'eau, la communication du Saint-Esprit par l'imposition des mains, la condamnation du mariage et de la nourriture aniniale, le refus de croire à la présence de Jésus-Christ dans la cène et de vénérer les images et les croix. Le dualisme, qui faisait la base de ce système, était absolu, c'est-à-dire qu'il admettait l'existence de deux dieux éternels indépendants l'un de l'autre. De bonne heure déjà se montra aussi une tendance à le mitiger par la doctrine d'un seul Dieu, créateur du démon lui-même, quoique étranger à la formation et au gouvernement du monde matériel. Les partisans de cette doctrine vénéraient, outre le Dieu suprême, deux de ses fils, dont l'un gouverne le monde céleste et l'autre le monde visible, ou bien ils ne rendaient un culte qu'au chef du monde supérieur, tout en ne méprisant pas le démon, de peur de s'exposer à sa vengeance, ou bien encore ils ne se souciaient que de ce dernier et lui adressaient leurs prières pour être heureux dans ce monde. Cette opinion grossière et barbare, qui rappelle le plus vivement les superstitions du paganisme, reléguait au second plan les préceptes moraux, tandis que, dans le catharisme occidental, les préceptes ascétiques et l'opposition aux usages et aux pratiques de l'Église catholique figuraient au premier plan (^).

Toutefois, celle-ci est allée aussi loin que toutes les autres sectes sur ce terrain dualiste du bon et du mauvais principe.

(•) C. ScHHiDT, Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois. Strasbourg, 1849, t. I, p. 55 et 8-10.

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