IL EST DÉFENDU PAR SCHOONHOVE
mysticisme est comme une brillante hallucination d'une àme ivre (le Dieu, et comme il n'a pas mesuré les forces ni fixé les limites de la raison, il perd, dès les premiers pas, toute connaissance réelle et intelligible et se précipite dans les abîmes les plus profonds de l'idée. Il rappelle souvent les spéculations si obscures et si splendides à la fois des poètes de rOrient {').
En résumé, la mystique de Ruysbroeck était d'accord, d'une part, avec celle des hérétiques de son temps, car elle avait pour principe que l'homme doit être un avec Dieu, conforme à Dieu, et qu'il ne peut pai'venir à cette unité, à cette conformité que par la contemplation, par l'abstraction la plus entière; mais, d'autre part, elle en différait parce que le mysticisme de ces hérétiques était panthéiste, tandis que celui de Ruysbroeck était essentiellement théiste. L'un, en effet, considérait l'homme comme divin par sa nature; l'autre, au contraire, exigeait pour la déification de l'homme l'intermédiaire de la grâce de Dieu; l'un prenait l'unité en Dieu comme un mode d'être absolu de Dieu dans l'homme, l'autre n'admettait qu'un développement continu de l'homme pour atteindre à cette déification, c'est-à-dire pour être reçu en Dieu, mais toujours comme être créé. Ruysbroeck dit, non pas une fois, mais vingt fois, que jamais Dieu ne peut devenir la créature pas plus que la créature ne peut devenir Dieu. Enraciné dans la foi catholique, il combat de la manière la plus formelle et la plus énergique le mysticisme panthéiste et prouve combien celui-ci est contraire au mysticisme chrétien f). Comme Gerson jugeait Ruysbroeck sur une traduction latine, il est aisé de comprendre qu'il ait pu se tromper, et, de fait, il a mal jugé notre illustre compatriote parce que, ne connaissant pas tout ce qu'il avait écrit, il a nécessairement ignoré ce qui met précisément Ruysbroeck en
(I) ScHMiDT. — ÀTant Schmidt» Néander avait disculpé Ruysbroeck de Faccusation de panthéisme. Voyez sa belle Histoire de Valise, t. X, p. 737-770. (*) Engblhardt, p. 343. — Uli^ann, p. 52-54.