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MORALE DES MYSTIQUES

scolastiques de son temps de se flatter de connaître Dieu au moyen de syllogismes. Son idéal, comme celui de Ruysbroeck, était l'amour de Dieu. Il ne voyait plus dans la philosophie qu'une science d'expérimentation interne, tendant à donner à l'ame la plus ignorante un sentiment de Dieu plus précis et plus complet que celui de la spéculation métaphysique ou scolastique. Seulement, caractère modéré et porté à la conciliation, il a souvent flotté entre des opinions contraires, et il a mérité lui-même quelques-uns des reproches qu'il adressait à Ruysbroeck, par sa préférence décidée pour la vie contemplative.

Si Gerson, du reste, ne sortit pas victorieux de sa polémique avec l'apologiste de Ruysbroeck, il n'eut pas plus de succès dans une autre question bien plus importante. On s'occupait alors, en théologie, beaucoup plus de la casuistique que de la morale. Les scolastiques, habitués à fournir des preuves pour et contre toutes choses, s'efforçaient de donner de la probabilité à des opinions hasardées. Le triste état de la morale se montra particulièrement dans les orageuses discussions soulevées par l'assassinat du duc d'Orléans (23 novembre 1407), ordonné par Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Le cordelier Jean Petit, docteur en théologie à Paris, s'en était constitué l'apologiste et avait rédigé une justification de son souverain le duc Jean, en dix-huit articles (*). Mais le parti d'Orléans ayant triomphé en France, l'archevêque de Paris la condamna. Jean sans Peur déféra la question au concile de Constance. Gerson, longtemps attaché à la maison de Bourgogne par la reconnaissance qu'il avait vouée au duc Philippe le Hardi, son protecteur, rompit avec son fils, pour défendre la cause de la morale contre les sophismes du dominicain Martin Porrée, évêque d'Arras, fondé de pouvoirs de Jean sans Peur (1415). Le concile n'osa pas se prononcer d'une manière décisive. Sans doute, il condamna la doctrine

(1) Jean Petit était né à Hesdin.

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du tyranilicide, mais il n'agit pas de même à Tégard de Fopuscule de Jean Petit, et déclara le jugement de l'archevêque de Paris nul par incompétence (1416). L'année suivante, la plupart des Pères condamnèrent un écrit du dominicain Jean de Falkenberg, qui prêchait l'assassinat de tous les Polonais et de leur roi Jagellon. Mais le pape, dominé par l'ordre teutonique et par le puissant duc de Bourgogne, n'osa frapper ni faire frapper solennellement cet écrit, non plus que celui de Petit. Dès lors, les moines mendiants furent libres de soutenir le probabilisme de ces thèses révolutionnaires (^).

Pour en revenir ,à Ruysbroeck, en plaçant la vie de l'homme en Dieu, mais en la faisant dépendre de sa perfection spirituelle, il traça par cela même une ligne de démarcation profonde entre lui et les sectes hérétiques de son temps, celle des béghards surtout f). Cette direction religieuse et morale mise en pratique lui dicta les plus véhémentes imprécations contre les mœurs corrompues de son siècle. Il faut l'entendre élever sa puissante voix contre les prêtres, pour les accuser d'avoir introduit par avarice les indulgences, de faire métier et marchandise de la rémission des péchés. Quoiqu'il fût d'un dévouement à toute épreuve pour l'Église, il n'en flétrit pas moins, dans les termes les plus énergiques, les vices du clergé en général et des moines en particulier. « Il n'y a point de vice, dit-il, dont ils ne soient entachés; ils sont bien loin de leur destination primitive; ils ne servent que le ventre, le monde et leurs passions. Ni le sacerdoce ni la vie claustrale ne donnent la sainteté; les pensées et les sentiments seuls la procurent. Dans l'origine, papes, évêques et prêtres avaient été égaux ; aloi's, ils convertissaient les peuples, créaient la foi et la scellaient de leur

(<) Gerson, opp., t. II, p. 387; t. V, p 15, 49, 312, 322, 358, 391. 475. 500, 1013. — VoN DER Hardt, ConciL Const,, t. IV, p, 439, 1565. — Bulaeus, Hist, univ. paris. ^ t. V, p. 293. — Dligossls, Hist, Polcniiœ (Francof. 1711), I, f. 376 et 387. — GiKSELER, t. II, 3, p. 262-268.

{}) Okren, De priva Religimiis Christ, mœdio cevo^ inUr Nederlandos progressce, naturâ. Groningœ, 1846, p. 89 et 90.

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