‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 67 sur 182 · LUTTE DU TEMPOREL CONTRE LE SPIRITUEL · texte numérisé non relu

LUTTE DU TEMPOREL CONTRE LE SPIRITUEL

commissaires du duc parvinrent à gagner, à force de ruses, les Brabançons et les Zélandais et à isoler ainsi les Hollandais, qu'ils espérèrent vaincre pardes menaces. Antoine Hanneron, prévôt de Saint-Donatien à Bruges, le principal agent du duc dans cette affaire, leur fit entendre le langage le plus dur et les somma de payer d'avance deux ou trois années de rentes, que ce fût juste ou injuste, permis ou non, et dussent-ils vendre tous leurs biens, meubles et immeubles, et jusqu'aux ornements de leurs églises. Et joignant l'action à la parole, le gouvernement fit arrêter trois prêtres, qui furent aussitôt chargés de chaînes et incarcérés à La Haye ; d'autres furent conduits à Malines. Mais l'homme le plus violent fut Jean Van Boschuysen, chambellan du duc, qui, en 147G, voulut qu'on emprisonnât tous les membres du clergé réunis à La Haye, les traita de ribauds et de bourreaux, et procéda contre eux par des saisies-exécutions. En s'emparant des vases sacrés, il leur montra le crucifix et s'écria : « Voilà votre maître! Eh bien, qu'il vous vienne en aide (^) ! »

Quant à la justice, comme, dans les tribunaux ecclésiastiques, les témoins étaient souvent de faux délateurs, les innocents étaient contraints de se mettre à l'abri de leurs dénonciations moyennant argent, si bien que ces tribunaux ne paraissaient plus être qu'un nouveau moyen d'enrichir les prélats. C'est pourquoi les pays de Groningue et de Drenthe avaient pris depuis longtemps des mesures énergiques contre cet abus f).

(*) Le Long, Htstorische heschrijmng dcr Reformati^, etc., f. 379-383.

(') VoN DER H.vRDT, CcnicU. CoHst., t. I, 3, p. 23, 8, p. 421. — Driesskn, Monitmenta d'oningana, 1. 1, p. 115-117. — Gieseler, t. Il, p. 3-298 et 300. — Gonf. sur toutes ces matières, Archives du royaume, collection Rout.vrd, vol. IF, fol. 263 et suiv. : « Copie d'une ordonnance du duc Philippe de Bourgogne de n'admettre en Brabant à exécution aucuns mandemens spirituels, sans permission de Tofficier et magistrat d'une des sept chefs-villes. — Extrait d'un privilège du môme duc par lequel il promet de défendre ses sujets du pays do Brabant de tous traitemens illicites de la part des jurisdictions .spirituelles. — Copie d'une résolution de l'état noble et dos chefs-villes de Brabant représentant le tiei-s état, de se donner mutuellement aide et assistance pour s'opposer aux mandements des cours spirituelles

Un aiilrc abus, des plus funestes et des plus révoltants, était celui de la comniende, qui avait pour résultat de livrer le titre d'abbé, avec la plus grande partie des revenus d'un monastère, à des ecclésiastiques, étrangers à la vie régulière, trop souvent même à de simples laïques, pourvu qu'ils ne fussent pas mariés. Cet abus portait une atteinte profonde aux institutions régulières. I^ Brabant, grâce à ses franchises politiques, put imposer à ses souverains, même les plus puissants, tels que Charles-Quint et Philippe II, l'obligation de le préserver de cette ignominie. L'article 57 de la Joijcusc-Enirée de Brabant portait : « Le souverain ne donnera en aucnme manière ou ne laissera donner en com" mende aucune abbaye, prélature ni dignités de Brabant. » Cela est d'autant plus digne de remarque que, dans l'Italie si catholique, on voyait le Mont-Ciissin, berceau et foyer de l'ordre des bénédictins, vSubir la honte d'être du nombre des seize abbayes dont était pourvu, dès le berceau, comme d'autant de hochets, le fils des Médicis qui devait s'appeler Léon X. On y voit l'antique abbaye livrée, vers 1550, à un Napoléon Orsini, qui en fait le quartier général d'une bande de brigands avec laquelle il ravage toute l'Italie centrale, jusqu'au jour où il se fait tuer en voulant enlever sa propre sœur «^ celui qu'elle devait épouser. « On souffre d'avoir à dire que des traits semblables se présentent dans plus d'une page de l'histoire de ces temps orageux (^). »

Jusqu'au xïv* siècle, les institutions de bienfaisance floris-

qu on vondroit mettre à exécution contre le dispositif do Tordonnance da duc Philippe de Bourgogne, du 3 janvier 1447. — Extrait do la seconde addition de la Joyeuse- Flntrée du prince d'Kspagne, on il est dit que les coui*s spirituelles ne pourront prendre cognoissance (jne de trois causes, à savoir de la validité et de rmvalidité des testaments, des cont^ts anténuptiaux et des biens spirituels amoi*tis. — Extrait d*une ordonnance de Philippe second, roi d'Espagne, par laquelle il est déclaré qu aucune bulle, provision ou impétration de la cour de Rome ou des nonces apostoliques, ni aucune sentence portée hors des provinces des Pays-Bas par quelque cour spirituelle, tendant directement ou indirectement au préjudice du bien public ou de quelque pai'ticulicr, ne pourra être mise à exécution sans avoir été placàU». • (*) MoNTALKMBERT, Lcs motnes (TOccident, Paris, 1860, t. I, p. clxii-clxiv.

Page 1