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PRÉDICATION CONTRE LE LUXE

saient sous l'égide de la charité et de la liberté, et sous la protection de l'autorité religieuse et civile. Mais à cette époque, il y eut un changement dû au pouvoir temporel; il concerne l'amortissement des biens appartenant aux établissements qui avaient le droit d'acquérir comme personnes civiles. Ou introduisit le principe que, désormais, ces établissements devaient obtenir l'approbation du souverain et même, plus tard, celle des États, pour posséder légalement. Rarement, néanmoins, les biens donnés aux établissements de bienfaisance étaient refusés. Le souverain se contentait de réduire le don, s'il y avait lieu, dans l'intérêt des familles^ ou d'exiger la conversion des biens-fonds en argent, joint encore que la portion disponible par testament, même pour legs pieux, ne pouvait excéder le tiers des biens (^).

D'après l'ordonnance du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, du 15 février 1385, tout ce qui concernait la défense du droit des églises, des veuves, des orphelins et des pauvres était de la compétence du conseil de Flandre, et l'ordonnance du duc Jean du 17 août 1409 renouvela cette disposition. Ces réformes étaient sages : elles empêchaient la trop grande multiplication des ordres religieux, à laquelle poussaient les tendances de l'époque, et elles prévenaient le transfert en mainmorte de propriétés trop nombreuses f).

Un célèbre prédicateur breton de l'ordre du Mont-Carmel, frère Thomas Connecte, entreprit alors une sorte de croisade contre le luxe des vêtements et des modes flamandes, qui s'était rapidement étendu à toute l'Europe. Il avait la spécialité des sermons contre les délices et les parures mondaines, et il s'en tirait avec beaucoup d'éclat et de talent. Il parcourut ainsi les villes de la Flandre, du Hainaut et de l'Artois, en tonnant contre les hennins, hautes coiffures de

(*) H. DE Kebchove, Législation et culte de la bieiifaisance en Belgique, Louvain« 1852, p. 48.

(*) Id., ibid,, p. 49.

23G ORIGINES DE LA IlENAISSANCE.

femme, île forme conique, ornées de perles, el du sommet desquelles tombait un long voile.

A Arras, c'était le cimetière de Saint-Nicolas qui était le théâtre de ses prédications. Elles y duraient quatre à cinq heures (levant un auditoire de 16,000 à 20,000 personnes. Pour éviter le désordre, on avait pris la précaution de séparer les deux sexes par une corde tendue. Un excès de zèle poussait Thomas à faire tirer par les enfants, avec des crochets, les immenses hennins et couvrir de boue et de huées les dames qui les portaient. Le 22 février li28, cet éloquent réformateur des modes exagérées se trouvait à Valenciennes, où il prêcha durant six jours sur le grand marché. Il obtint un si étonnant succès que Ton fit un autodafé général des atours des dames, pôle-méle avec les tables à jouer, les cartes, les dés et les souliers à la poulaine, dont l'usage fut dès lors aboli. Le petit nondjre de femmes qui résistèrent h la prédication en continuant à porter les malencontreuses coiffures, fiirent conspuées publiquement et poursuivies par les enfants criant à tue-téte : Au hennin! au hennin (^)!

Des scènes semblables se renouvelèrent h Cambrai, .Tournai et Térouanne. Connecte, « chevauchant un petit mulet », et suivi de disciples, resta cinq ou six mois dans les Pays-Bas pour îissurer sa victoire sur les hennins; il fit tant, par sa parole énergique, qu'il opéra complètement la réforme des coiffures féminines.

Api'ès avoir prêché ainsi avec succès dans nos provinces, Connecte passa à Rome dans l'intention d'y continuer ses sermons, non plus seulement sur les modes des femmes, mais « contre les abominations du pape, des cardinaux et du haut clergé ». Mais Eugène IV ne tarda pas à poursuivre ce censeur incommode sous l'accusation d'hérésie et à le faire convaincre d'avoir enseigné que les religieux peuvent manger ce qui

(•) DiNAUX, Archives ?iist. , 3* série, IV, p. 151 . — A. d'Héricodrt, dans h Biblio^ phile bcif/e, t. VI, p. 12. — Harbeville, dans les Mémoires de V Académie d^Arras, 1841, p. 282.

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