CHAPITRE VI
<c Au coininciicement du xv* siècle, les jeunes gens des Pays- Bas qui voulaient faire leurs hautes études allaient à Cologne, et de préférence à Paris. Là, les écoles jouissaient d'une grande célébrité, mais la vie d'étudiant était chère et licencieuse et, forts de leur multitude et de leurs privilèges, les écoliers s'y livraient à tous les genres d'excès. Jean IV, duc de Brabant, résolut de remédier aux graves inconvénients qui résultaient de cette situation. Ce prince faible, plus connu par les dérèglements de la fameuse Jacqueline de Bavière, son épouse, que par ses propres actions, voyait son pouvoir pour ainsi dire borné à ses pays héréditaires; car l'autorité de Ruwaert, que Philippe de Bourgogne exerçait en Hollande, et les factions des Hoeks et des Cabillauds, ne lui laissaient qu'un vain titre. Il avait été obligé d'abandonner à ce prince l'administration de la Hollande, de la Zélande et de la Frise, après la mort de Jean de Bavière, son bel-oncle, décédé le 6 février 1425, et qui, de son vivant, avait réellement gouverné ces provinces, tandis que le Brabant obéissait à un Ruwaerl. Dans ces conjonctures, il songeait à demander aux lettres une influence que lui refusait la politique, à satisfaire en même temps aux besoins intellectuels de ses sujets et des peuples voisins, ainsi qu'à réparer les malheurs des temps par une spéculation financière et morale... Le dessein de fonder une université, sur le modèle de celles qui existaient en Europe, une fois arrêté, il s'agissait de lui choisir un emplacement. On pencha d'abord pour Malines ; mais, outre que cette ville, perpétuellement en contestation avec
IcsÊlats cuvironnanls, promettait pou de sécurité aux études, elle était sous la doniiualion de Pliilip[)e de Bourgogne, qui y avait été inauguré le 8 octobre 1 419. Jean IV, désirant sans doute avoir immédiatement sous les yeux le nouvel établissement, inclinait à donner la préférence à Bruxelles. Mais le magistrat de cette ville, consulté, répondit en signalant les dangers qu'il y aurait à admettre une jeunesse turbulente au milieu d'une cité populeuse. Le duc se rendit alors aux Instantes sollicitations des habitants de Louvain, appuyés par EIngell>ert de Nassau, sire de Breda, qui fit valoir les pertes qu'ils avaient essuyées par la destruction de leurs manufactures de laine et par le décroissement de leur population. On assure même que l'idée première d'une université appartenait à ce seigneur (^), et cette fondation aui*ait eu encore une autre raison d'être : l'université de Prague ayant été anéantie par des querelles de sectes, la foi catholique avait besoin d'un autre boulevard. »
Telle fut du moins rai)inion du pape Martin V, qui, d*ailleurs, voulut récompenser les Louvanistes du zèle quUls avaient déployé pour l'Église en armant et équipant, à leurs frais, cent quatre-vingts guerriers pour combattre les Hussites. On alléguait ensuite l'heureuse situation de Louvain, avec sa douce température, ses prairies, ses vignes, ses vergers, ses bosquets, l'abondance de ses ressources et les mœurs bénignes de ses habitants f).
Il est assez probable que le projet d'établir une académie à Louvain ne fut mis en délibération que lorsque le duc eut repris les rênes du gouvernement, c'est-à-dire après le mois de mai 1421. L'assemblée des États, tenue à Bois-le-Duc le 25 décembre et jours suivants de cette année, et continuée à
(*) Dis Reiffenbero, Mémoires sur les deux preiniers siècles de l* Université d€ Louvain, Nouveaux rruhnoires de l'Académie de Belgique, t. V, p. 9-14. — Voy. Paquot, Fasti Academici lovanienses, t. I, f. 1-2. (Manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne n» 17567.)
(«) MoLANUS, 1. 1, p. 425, 460-461.
FONDATIO.N DE l'iKIVEUSÏTÉ DE LOl'VAIN. 243
Anvers le 10 janvier 1422, aura pu faire éclore ce salutaire projet, conduit successivement à sa maturité dans les fréquentes assemblées tenues, depuis, à Louvain, où le duc résida avec sa cour jusqu'en 1424. Cette ville, qui appréciait les avantages attachés à l'établissement d'une université, avait envoyé, dès le 5 juillet 1425, une députation au duc, alors à Mons, afin de le déterminer en sa faveur. Mais le consentement du prince ne suffisait pas : les papes exerçaient sur le haut enseignement une surveillance suprême, et l'on considérait, dans toute l'Europe, comme un principe de droit public, la nécessité de demander à Rome la confirmation des universités nouvelles. La ville de Louvain et le duc Jean se hâtèrent d'exercer ce recours; les bulles d'institution données par Martin Y arrivèrent à Louvain le 25 avril 142C, et furent munies du placet de Jean IV, le 18 août. L'ouverture des cours fut fixée au 2 octobre; mais elle n'eut lieu que le 7 décembre. Aucun local déterminé ne servait encore au nouvel établissement, dont les membres se rassemblaient alors dans une maison que le magistrat avait choisie au Vieux-Marché. En vertu des bulles pontificales, ils obtinrent du duc, du magistrat et de l'église collégiale de Saint-Pierre, la cession pleine et entière de la juridiction ordinaire que ceux-ci exerçaient dans Louvain. Néanmoins, la connaissance des affaires criminelles sur les suppôts laïques de l'université resta au duc de Brabant, à condition, toutefois, que les accusés ne pourraient être appliqués à la torture, ni soumis à aucune procédure quelconque, sinon en présence du recteur et de ses assesseurs ou de ses délégués (^). Cette concession faite au pouvoir souverain fut vivement contestée par la faculté des arts, qui ne s'y conforma guère dans la pratique f).
Cette faculté avait le droit de nommer à certains bénéfices ou fonctions ecclésiastiques. Elle portait le titre de vénérable.
(*) De Reipfenberg, /. c, p. 14-36.
(•) Id., Second mémoire sur les deux premiers siècles, etc.^l. c, t. VU,^, V-^«
244 KUASME ET LES lIOMMEvS DE SON TEMPS.
Elle n'était destinée, dans le principe, qu'à renseignement de la philosophie ; mais elle s'enrichit, avec le temps, de plusieurs collèges et de queUiues chaires consacrées aux lettres (*).
Ixî célèbre Jean Reuchlin était incontestablement le premier qui eût enseigné le grec et le latin d«ins une haute école allemande et y eut expliqué les classiques d'Athènes et de Rome. Mais longtemps avant lui, des Hollandais et des Allemands, formés à Deventer, avaient voyagé en Italie, y avaient entendu les plus grands professeui-s de ces langues savantes, et étaient revenus dans leur patrie respective, riches de science et désireux de se faire les propagateurs et les professeurs de ce qu'ils avaient appris sur le sol natal de la littérature romaine f). L'école de Deventer, ce siège de la charité, de la pureté, de la vraie religion, excitait ses meilleurs élèves à passer les Alpes et à se former aux sources pures de l'antiquité, qu'elle leur reconnnandait comme indispensables à l'intelligence des saintes lettres (^. C'est de cette école que sortit un des plus grands philologues du xv* siècle, Rodolphe lluesman (^), si célèbre sous le nom d'Agricola, qui, après avoir pris le grade de dodcur à Louvain, alla se faire, en Italie, l'élève des illustres Grecs réfugiés, tels que George de Trébizonde, Théodore Gaza, François Philelphe. Nomme professeur à l'université de Heidelberg (li85), il fut un des premiers à faire fleurir, en Allemagne, les études classiques. 11 parlait le latin avec la facilité d'un ancien Romain; sa vei^ sification rappelait l'élégance de Virgile, et il avait, dans sa phrase, toutes les grâces d'Ange Politien, un des restaurateurs des lettres au xv' siècle ().
La théologie était, aux yeux d'Agricola, la première des
(*) Dk RKiFFENnKRG, Troisièièic iiunwirc Sin^ Ics dntxjtrcniin's sièclcs, etc.,l, c, t. X, p. 8.
(*) Revii:.s, Daventria iUustrata, Lugil. Bat., 1G51, p. 35, GG et suiv. — Badius, Vito Thoniœ a Kempis, c. 12.
(3) Meiners, p. 324.
{*) Né en 1422, à BafHen, village situé aux environs de Groningue, mort à Heidelberg en 1485.
(^) De BvRïGywViecVErasme, Paris, 1757, t. I, p. 19.— Hagkn, /. c.,p. 132-133.
l'école de deventer : agricola. 243
sciences; mais la théologie, fondée sur les saintes Écritures, pour l'intelligence (lesquelles il avait fait une étude particulière de l'hébreu. Aussi peut-on le considérer comme l'expression vivante des études classiques et des tendances théologiques de son te^mps, conçues par Thomas a-Kempis et si bien réalisées parWessel, à qui Rodolphe dut beaucoup. En Italie, il avait pris l'inébranlable résolution de purger l'Allemagne de la barbarie du moyen âge ; il entreprit donc une réforme réelle de la dialectique et, à cet égard, il surpassa Laurent Valla et Georges de Trébizonde. Par son traité De invent ione dialectica (1 483 ou 1485), il montra le premier comment on pouvait la débarrasser des formules et des subtilités dont on l'avait encombrée, et de quelle utilité elle serait alors pour l'art de la parole. C'était réagir un peu contre le mépris dont la scolastique était l'objet de la part des humanistes et qu'elle méritait. Dans les écoles d'Allemagne on l'enseignait encore, au commencement du xvf siècle, par l'explication des Summnlœ bgicoles de Pierre l'Espagnol et de ses obscurs commentateurs, Bricot, Georges de Bruxelles, Tartaret. Elle n'était plus une gymnastique, mais une torture de l'intelligence; aussi devenait-elle la risée de tous les bons esprits. En France, on se moquait de ces gens remplis
... D*un tas de fatras,
De conclusions et de cas,
Nolilions, volitions.
Qui ne valent pas deux oignons.
Érasme proposait d'envoyer se battre avec les Turcs la troupe belliqueuse des disputeurs scolastiques ; d'autres écrasaient sous les traits de leur verve les docteurs qui, non contents de fausser l'art du raisonnement, avaient corrompu par leur terminologie gothique l'admirable langue latine de l'antiquité (^).
(') De Burigny, t. I, p. 16-17; t. Il, p. 476. — Ch. Schmidt, La vie et les travaux de Jean Stiirm, p. 265-267. — De Rkikfenberg, Troisiîhne mémoire sur les deux preiniers siècles de V Université de Loiivain, p. 31. — Hagex, /. c, p. 138.
2iG l^UASMK t:T LKS HOMMES DR SON TEMPS.
liC plus beau litre de gloiix' d'Agricola, également remarquable connue philologue, théologien, philosophe, orateur, poète, nmsirien et peintre (\ c'est d'avoir formé, par ses consi'ils, Alexandre Hégius, le professeur d'Érasme à DeTenter, d'Krasnie qui allait disputer le sceptre de la littérature à rilalie.
Hégius, né vn 1 120 à lleck, près de Hoi*stinar sur la Vecht, en Wostphalie, était philosophe, théologien, poète, orateur et, mieux ({ue tout cela, un vrai chrétien, un chrétien digne du temps des apôtres. Son inépuisable bienfaisance ne lui avait laissé, à sa mort, ({ue ses habits et ses livres, pour lesquels il ne voulut d'autres héritiers que les pauvres.
11 mourut à Deventer, le il décembre 1 i98. Son principal mérite est d'avoir, le premier, introduit aux Pays-Bas renseignement classique de la littérature grecque, sr profondément ignorée jus({u'alors, qu'on disait avant lui : Gi*œcum est, non ley'Uur (^.
Hégius eut pour collègue, à Deventer, Jean Seatius, qui avait donné une nouvelle édition corrigée de la grammaire de Villedieu, la(pu.>lle avait beaucoup de succès en Allemagne et dans les Pays-Has. II fut, comme Hégius, professeur d'Érasme (%
Connue recleur de l'école des frères de la vie commune, Hégius était puissannnent secondé par Jean Oosterdorp on Ooslendoi'[), chanoine de Saiiil-Liévin à Deventer, queWessel avait exhorté à étudier les anciens écrivains, sacrés et profanes, et à les placer au-dessus des théologiens scolastiques, parce (pie les temps étaient proches où « ces pédants infaillibles, mitres, encapuchonnés, blancs et noirs, seraient mis à leur place (^) ».
(•) Erasmi 0pp., t. II, f. 100. — Conf. Bosskrt, De Rodolpho Agricola, litterarum restituiore.
(*) Dk Rkifkenberg, /. c. — Dklprat, /. c, p. 72, 73, 352 et 384.
(») Glasius, Godgdeerd Nederland, t. III, p. 361.
(*) Van der Aa, Biographisch vsoordenbock^ s Hei'togenb., 1852-56, t. XIV, p. 155.
lIÉGieS, MAITRE d'ékas)ie. 247
Hëgius eut pour condisciple, beaucoup plus jeune que lui, Rodolphe de Langen, né en 1458 près de Munster, qui, nommé en 1462 prévôt du chapitre de cette ville, partit, en 1464, pour ritalie et y demeura jusqu'en 1470. 11 suivit les leçons des plus grands hommes de la Renaissance. H visita particulièrement Rome, Milan, Florence, Bologne. Il n'écouta cependant pas le langage passionné de ses maîtres contre l'Église, car il avait une trop haute opinion du christianisme pour se laisser entraîner aux oppositions anti-chrétiennes de ce pays. Il ne vit dans les belles formes de la classique antiquité qu'un moyen de donner aux idées évangéliques un éclat plus élevé et une signification plus grande. Résolu en même temps de travailler à la restauration des belles-lettres dans sa patrie et d'ouvrir aux Allemands les trésors de l'Italie, à peine de retour à Munster, il commença une correspondance littéraire très active avec ses anciens condisciples de Deventer. Il correspondait surtout avec Hégius, qu'il invita à réformer son école sur le modèle de celles d'Italie et à mettre ses élèves à même de se développer par leui's propres efforts au moyen des classiques anciens. A cet effet, il lui en fit parvenir des copies et ne négligea aucun sacrifice pour l'aider à réaliser les projets qu'il lui soumettait; il lui envoya surtout des jeunes gens capables de comprendre le nouvel enseignement et de répondre ainsi au labeur du maître (^).
En 1486, Langen fut chargé d'une mission à Rome, où sa prodigieuse connaissance de la littérature latine excita l'admiration du pape Sixte IV et de tous les savants qui habitaient cette ville. De retour à Munster, il y voulut fonder une école classique dirigée par des maîtres habiles, lorsqu'il en fut empêché par l'université de Cologne, qui s'opposa à ce qu'on délaissât les livres d'école jusqu'alors en usage, tels que le gothique Doctrinale Alexandri grammaiici, le CalhoUcon, les Mammœtractus et la Gemma gemmarum. Langen fit appel à
(^) Parmet, Rudolf von Langen ^ Munster, 1869, p. 15-51.
2 {S I^IIIASMK Kl LKS HOMMES l>K SON TEMPS.
rinlrrvcntioii <l('s savants italiiMis, qui se prononcèrent en sa favriir. l/institii(ion do Munster, protégée par le chapitre de la villo. ilrvint bientôt pour rAlleinagne ce qne Deveuter était pour lt»s Pays-Bas. Quand neventer déchut après la mort de Il('\uins, Munster sVnricliit à ses dépens. Malheureusement, ccltr prospérité ne dura [kis. Les rivalités que lui suscitèrent If's autres «Vides de la ville, et surtout celles d'Allemagne, InndtMvsou ré'lornié<^s sur le même modèle, amenèrent sa décadrnco, mémo du vivant de son fondateur. Mais à cet homme, (pii avait fait srs (»tudes dans I(*s Pays-Bas, restera Phonneur d'avoir alluma* le llandteau de la Renaissance dans le nord de rAllema|;:ne (M.
Tii dos ("lôvos les [>lus distingués d'ilégius fut Gérard Listrius vlAsior), né vers lo milieu du xv*' siècle, à Rhenen, ville <lo la st»iij:nourio (ri'trocliL II était, en li98, recteur de Pécole <lo Zwoll, où il (»nsoi};nait lo latin, le grec et l'hébreu. En l'):2:2, il fut envoyé dans la momo qualité à Pécole d'Aniersloit. (^hioiiju'il eut éuidié la médecine, il est plus connu ('(Munit' liojumr do loltros quo comme médecin. 11 s'appliqua aussi i\ la oulturo do la poésie latine, mais il n'y réussit guoio. (l'ost oouïmo prolossiMir qu'il exc(dla particulièrement. Il s\''lail donné pour mission do débarrasser la jeunesse des ahsurdih's d(» la soolasti(pu» do son temps et il écrivit un comnH*nlair(» sm* VKUujc de la Folie, qui ne fut pas du goût du [)ru<lont Krasmo, « parce ipfil s'y trouvait des choses que Lish'ius aurait du passer sous silence (*) ».
Ajoutons au nom do vo disciple d'ilégius oelui de Jean Murmellius, do Uuromondo, (pii, après avoir end)rassé la carrière des armes, ral)and(»nna pour celle des lettres. En sortant de l'école do Dovonlor, il se rendit à Cologne, où il <levinl maître os arts; en ITil 1, il devint rocloui' do l'institution de Saint-Liévin, à Munster. Trois ans après, il fonda une école à Alkraaar et s'y vit entouré de 1)50 élèves. Ses propriétés y ayant été
('; Mkixkrs, p. 3;27-323. — Pakmkt, p. 51 ot suiv.
(*) Paiimkt, p. 95-101. — Van dkr Aa, t. XI, p. 524-525.
LYSTUIUS, MURMELLIUS ET TORRENTINUS. 249
détruites par un vaste incendie, il revint en 1516 à Deventer et mourut, en 1517, empoisonné, dit-on, par un de ses collègues, mais avec la réputation d'un des plus célèbres philologues de son siècle (^).
Auprès de Murmellius se place naturellement Herman Torrentinus (Van Beek), né vers le milieu du xv® siècle à Zwoll ; il entra dans la congrégation des frères de la vie conniiune, enseigna à Groningue (1490), puis dans sa ville natale; publia des scholies sur les évangiles et les épîtres de Tannée, des notes sur les hymnes et les proses de l'Église, ainsi que quelques ouvrages de grammaire supérieurs à ceux dont on se servait alors dans les écoles et qui eurent une sérieuse influence sur les progrès des lettres dans les Pays-Bas (*^.
On a de Chompré un petit Dictionnaire de la Fable, qui est bien peu de chose, si on le compare à l'excellent petit dictionnaire d'HermanTorrentinus, réimprimé un grand nombre de fois à Anvers et qui a pour titre : Elucidariiis pocticus continens liistorias poeticas, fabulas, insulas, regiones, urbes, fïuvios, monlesque insigniores, algue hujusmodi alla, omnibus adolescenlibus in poesi versanlibus oppido guam necessarius. « A quelques fautes près, inséparables d'un pareil ouvrage, dit Dreux du Radier, le plan en est très bien exécuté, et une nouvelle édition corrigée de ce livre me paroîtroit bien plus nécessaire que le dictionnaire de Chompré. Il ne contient* que onze feuilles, qui ne sont point chiffrées dans mon édition (^), laquelle, étant in-12, ne forme qu'un volume de 26 i pages, et par conséquent très portatif; on est surpris de voir le grand nombre de choses qu'embrasse ce petit livre, dont l'auteur est un savant d'un jugement net, un de ces esprits qui ont l'art de dire beaucoup en peu de mots (^). »
(*) Biographie universelle et Van der AA.^rt. Miti*melliiis, (*) On place sa mort vers 1520. — Biographie universelle, art. Torrentinus. (•) Anvei-s, 1535.
(*) Récréations hist&i'iqucSy critiques, morales et (T éducation, La Haye, 1768, t. I, p. 328-329.
250 KUASMK t/r I.KS HOMMES DE SON TEMPS.
Un lies parents dllerinau Turrentinus — Laurent Torreoliiu), imprimeur — fui alliré à Florence par le duc Côme de Médicis, qui désii*ait répandre dans le public les trésors littoraiirs rassenddés par ses ancêtres dans leur magniOque I)ililiotl)c(|uc. On sait que les presses de Laurent furent en pleine activité des Tan loiT et qu'il retrouva le manuscrit orij2:inal des Pandectos de Justinien, que Conie eut Thonneur de faire imprimer pour la première fois en i3o5, en deux volumes in-folio (^).
Enfin, nVmIdions pas Montanus (Van den Bei'gh), né an milieu du xV^ siècle à 's llerenbei^, un des disciples les plus instruits de llégius; il fut professeur à Niniègue, à Alkmaar, à Zwoll, et, en lo(M), roiteur du Fraterbuis d'Aniersfort. Son enseignement toucliait de près Tliérésie, tellement que grand ncMubre de moines devinrent suspects et furent expulsés en mai 15:29. Montanus était étix)itenient lié avec Érasme et avait publié des satires latines (*).
La province dWrtois, qui Ammit un contingent très remarquable à la grande <euvre de la Renaissance, sous le rapport de l'érudition, a produit Robert Gaguin f), de Tordre des trinitaires, professeur de droit canon dans la maison des Matburins à Paris, liomme d'Fl^it, diplomate, orateur, antiquaire, bist(u*ien et poète (*).
tt (iaguiii a passé pour riiomme de son siècle qui écrivait le mi<Mix le latin. Érasme, dans son CUrronianus, en fait le plus bel éloge. H est pourtant certain que son bisfoire de France, estimable d'ailleurs par certains faits qu'on ne ti*ouve que là^ et où il a enchâssé quelques-unes de ses productions poétiques, est écrite crassâ pinyuiquc Mincrvâ. Son style a plus de
(*) MoLHCYSKN, Ovcryasehche aimmmh voov ondhcid ru leUrren^ Deventer, t. XVII, p. 57-07. — Lambinkt, Origine de ritnprimcrie, t. II, p. 311. — Dele- PIERKE, La Belgique il/ustnîe, etc., p. 20i?. — liiof/raphie v.niverseUc.
(*; Va.n dkr Aa, lettre 3/, p. 1012.
(') Né à Calonne-siir-ltt-Lys, pi-ùs do Bétliune, en 14*25.
(*) M™« Clkmem-Hémery, Mémoires de V Acadthnie d* Arras, 1839, p. 83 et suiv.
l'école de deventer : ses humanistes allemands. 251
facilité que de délicatesse et de pureté. On lui a fait un crime de son poème latin : De puritate conceptionis B. Virginis, qui, de son temps, eut un retentissement immense. Il s'y déclare pour YImmaculée Conception, cause de bien des débats, surtout entre les Jacobins, qui l'attaquaient, et les Cordeliers, qui la soutenaient, calcibus et pugnis, unguibus et rostro. Ce poème, imprimé à Paris en 1497, très rare aujourd'hui, offre des images si lascives et des idées si libertines qu'on ne peut les rendre en français sans offenser la chasteté de cette langue. On dirait que l'auteur avait résolu de ne laisser de pureté que dans son titre. Mais c'était le style des savants de cette époque (^). »
Dans ce poème, Gaguin n'avait d'autre but que de réfuter le dominicain Chabaneuf, qui avait soutenu que la Vierge n'avait pas été exempte du péché originel (*).
Pour couronner l'œuvre, le panégyriste de la Conception immaculée avait joint à son poème l'éloge d'une cabaret ière de Vernon, sa maîtresse, qu'il traitait, en galant claustral, de divinité et dont il vantait les beautés cachées avec des détails devant lesquels auraient reculé Tibulle et Properce f).
L'école de Deventer, sous Hégius, avait initié aux lettres deux Allemands qui brillèrent parmi les humanistes les plus éminents de leur pays. Le premier est Conrad Mutianus Rufus (Conrad Muth), d'une famille distinguée de Hambourg, où il naquit en 1471.
Ce précurseur de Strauss parle ainsi de la foi : « Nous sommes pris sous l'aile de la foi du Dieu vivant et nous confessons avec l'apôtre que tout ce qui est hors de la foi est péché. Malheureusement, nous donnons le nom de foi, non pas à la conviction intime, mais à une sorte de crédulité publique, à une persuasion fructueuse [fructuosa persuasio).
(*) Dreux du Radier, Bécràations historiques, etc., t. H, p. 161-162. — M"»* Clément-Hémery, /. c.
C) M™« Clément-Hémery. p. 87.
i^) Dreux DU Radier, lUcréations historiques, etc., p. 162-163.
2o2 flUASMi: KT I.KS HOMMES DE SON TEMPS.
Celle-ci est surloiil eonnue <le nos toiisiiix*s, qui savent si bien faire trembler leurs ennemis, soutirer de Targeiit et même ébranler lenfer (M. »
Mutianus n'admet qu'un ehristianisme spirituel et fait très bon niarebr^ de la pei'sonne historique du Christ : a Janus, éerivit-il à un de ses amis, te, parla de la barbe de Jésu»- ('hrist. Ah! quelle barl)e! Le Christ abhorre le mensonge et nul n<' ment autant (pi'un prêtre catholique. Moi, je ne révère ni barbe, ni vêtement, ni prépuce. Je vénère le Dieu vivant, qui nVst apparu aux hommes ni avec une barbe, ni avec un prépuce (*), »
Dans une auti'e lelli'e, il écrivit au même : « Agneau de Dieu, on dit que tu enlèves les péchés du monde. Il vaudrait mieux dire, sans doute, <pie tu n'enlèves que les péchés de ceux (pii te (connaissent. Les sots ne te connaissent pas : ils sont aveuj^les, ils if^norent les fruits de la vraie religion. C'est notre Sauveur cpii est l'agneau et le pasteur. Mais qui est notre sauveur? La justice, la paix et la joie. Voilsi le Christ descendu du ciel. Le l'oyaume de Dieu ne consiste pas dans le manger et le boire; il est la justice dans la foi et le calme de l'àme dans rhuinilit(\ Dès lors, les sols mangent-ils les aliments du Seigneur en dévorant les hosties, en troublant la paix et la concorde (*t en profanant le sacrement de la charité chrétienne ('V?
« Nos encapuchonnés feraient l)i»aucoup mieux si, h l'exenqde des anciens, ils vivaient plus dans l'esprit que dans la chair. Le conunandement de Dieu, qui illumine les cœurs, nous dit d'aimer Dieu el notre prochain comme nousmêmes. C'est la loi naturelle, non pas gravée sur la pierre comme celle de Moïse, ni dans l'airain comme la romaine, ni écrite sur le papier et le parchemin, mais fondue dans nos cœurs par le maître suprême. Quiconque consomme avec
(*< Tknzki., SitpplnnciUa histoviœ Gothanœ, Icna;, 1710, p. 106. — HAGKN,t.I, p. 323324.
(«) Hauen, p. 324-325.
(') Tknzel, p. 19. — Hagen, p. 325.
tN PRÉCiRSEUR DE STR.VUSS. 253
piété cette eucharistie digne et salutaire, fait quelque chose (le divin. Car le vrai corps du Christ est la paix et la concorde, et il ne peut y avoir d'hostie plus sainte que la charité mutuelle (^). »
En parlant de la personne du Christ, il se laisse aller h ces incroyables témérités : « Les Mahométans et les Turcs n'ont pas tout à fait tort lorsqu'ils disent que le vrai Christ n'a pas été cloué sur la croix; mais que c'était un autre Christ assez ressemblant au vrai. Celui-ci, en effet, est àme et corps, qui ne peut être ni vu ni touché. Aussi ne participerons-nous au ciel que lorsque nous vivrons spirituellement, ou philosophiquement, ou chrétiennement; lorsque nous obéirons beaucoup plus à notre raison qu'à nos sens f). »
Muth ne regardait pas la religion chrétienne connue révélée, mais comme naturelle et commune à tous les hommes : « Si le Christ est la vérité et la vie, qu'ont fait les hommes tant de siècles avant sa naissance? Ont-ils erré, ensevelis dans les ténèbres de l'ignorance, ou bien ont-ils été participants de la béatitude et de la vérité? Remarquons que la religion du Christ n'a pas commencé à sa naissance comme homme; elle existait depuis des siècles, où elle était comme la première naissance du Christ. En effet, qu'est-ce que le vrai Christ, le vrai Fils de Dieu, sinon la sagesse divine, qui n'est pas seulement échue en partage aux Juifs, mais encore aux Grecs, aux Italiens et aux Germains, bien que ces peuples aient eu des cérémonies religieuses différentes f)? »
Ce qui est fait pour nous surprendre chez Muth, c'est que, malgré l'étonnante hardiesse de ses opinions, il vécut et mourut chanoine à Gotha. 11 est vrai qu'il ne les prodigua pas au public et ne les fit connaître qu'à quelques amis intimes. Il est vrai, d'autre part, qu'il fut un catholique
(*) Tenzel, p. 57. — Hagen, p. 225-226.
(«) Hagkn, p. 226-227.
('; Tenzel, p. 37. — Hagen, p. 327-328.
25 i f^.UASMt: tT LKS IIOMM£S 1>E SON TEMPS.
bien tiriie vi un bon [>aïen plutôt qu'un bon prêtre. Cela ne r(>nipoc'l)a pas <l cire vertueux el porté pour un christianisme Iranscendanlal. Mais te qu'il recherchait el cultivait le plus^ cVlaionl ses relations littéraires avec les jeunes humanistes de Tuniversité crErfurt^ dont il parUigeait toutes les haines pour robscuiantisnie de la scolastique et la barbarie du moyen âge, et (pii, en loi G, étonnèrent le inonde par leur i'orniidable [lanqihlet des Hommes noirs Q.
Quatre ans a[>rès^ (i{>nrad Muth,qui avait salué dans Luther lapolre <rune renaissance religieuse; qui avait aimé d'un égal amour les partisans les plus dévoués du réformateur, Mélancliton, S[)alatin, Jouas; qui avait été le plus chaud déf<'nseur de Uenrhiin contre Ic^s ce sophistes sanguinaires de Cologne »; (pii avait été, en un mot, l'adversaire le plus déclaré de l'ancienne Kglise et de son clergé, commença à battre en retraite et a condamner toute l'entreprise de l'agitateur de Wittembcrg (1521). Ix»s violences de celui-ci lui paraissaient trop grandes, el son mouvement révolutionnaire trop radical. Muth n'était pas convaincu de Futilité d'un bouleversement com[det de TÉglise. Effrayé de rabînie de destruction ouvert devant lui par le novateur, il se rejeUi dans le sein de ce c^atliolicisme pour lequel il avait eu jadis tant de colère et de mépris. Humaniste avant tout cependant, il voyait avec dégoût les chaires évangéli(pies occupées par d'anciens moines ignares, le peuple rein[di d'un fanatisme nouveau et les anciens barbares remplacés par d'autres (-).
Le second Allemand sorti de l'école de Hégius fut un parent de Langen, llerman Von dem Busche, ne en liôS d'une ancienne famille Nvestphalienne, au château de Sarrenbourg, dans l'évéché de Munster. A[)rès avoir quitté Deventer, il visita l'université de lleidelberg et il y eut pour professeur
(•j Kampschi'i.te, Die Unicersitat Erfifri luuJ die Reformations Trier, ISGO, t. I, p. 74 ot suiv. — HA(îE.N,p. 330. (•; Kampsciili.te, t. II, p. 227-22y.
UERMAN VON D£H BtSCII£. 2S5
Rodolphe Âgricola. En 1486, il se rendit avec Laugen en Italie, d'où il revint riche de trésors littéraires qu'il résolut de verser sur sa patrie en voyageant d'université en université. Il prit d'aboixl, à Heidelberg, le grade de maître es arts; chercha une position à Cologne, mais y échoua contre l'opposition des théologiens; revint à Munster, y lut toute la bibliothèque de Langen, une des plus belles de l'Allemagne; y publia les deux premiers livres de ses épigrammes; partit ensuite pour la France, afin de se mettre en relation avec les plus illustres savants de ce pays; retourna de là à Cologne, sur l'invitation du spirituel comte Herman de Nieuwenaer, prévôt de la cathédrale, qui voulut l'employer à combattre les deux chefs des vieux barbares, Jacques Uoogstraeten et Arnold de Tongres, et à répandre une science plus élevée parmi la jeunesse studieuse. Mais ni le noble comte, ni d'autres protecteurs également puissants ne furent capables de le soutenir contre l'influence de ces deux patrons de la scolastique. Après avoir publié une nouvelle collection d'épigrammes, il quitta la grande cité rhénane pour se livrer à une vie de pérégrinations. 11 parcourut llamm, Munster, Osnabruck, Brème, Hambourg, Lubeck et Wismar, donnant partout des leçons, publiques ou privées. Rostock devint bientôt le principal centre de son activité. Chassé de cette ville par des rivaux jaloux, il se rendit à Greifswalde, où, en 1502, il eut pour disciple le futur réformateur Bugenhagen; en 1505, il était à Leipzig, d'où il fut appelé à Erfurt. En 1505, il fut de nouveau à Leipzig, puis il passa quelque temps à Wittemberg (1510), puis à Amsterdam, Alkmaar, Utrccht, Louvain et de nouveau à Cologne (1517), où il publia différents travaux philologiques, reprit la lutte avec Hoogstraeten et se posa en chaleureux partisan de Reuchlin et en ennemi irréconciliable des adversaires de la Renaissance. Mais les théologaslrcs étaient beaucoup plus forts que lui et que son ami Nieuwenaer; il fut contraint de quitter encore une fois la ville, non sans avoir publique-
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mont mis au pilori ta cupidité, rigiiorance et les intrigues de ses antagonistes (^).
Grâce à la recommandation de MieuAvenaer, Yon dem Itusche fut nonnné, en 15IG, recteur delà grande école de Wesel, où il publia son Vallum liumanilatis contre les moines do (lologne, «pii, devant le peuple, avaient traité les poètes de crocpiins, les orateurs de pourceaux, Ieui*s œuvres de menue paille de diables et toute letude des littératures anciennes d etudo de perversité, de fausseté et de tromperie. Kn IfiH^ Von dem Uusclie donna sa démission de sa place do Wesol pour aller se rapprocher de Luther et de Mélanchton, à >Vitlonberg, et pour se familiariser tous les jours davantage avec leurs doctrines. Il y lit en même temps, sur les auteurs anciens, des leçons qui obtini-ent le plus grand succos. Par la protection des deux réformateui*s, il devint, en 152G, professeur d'histoire à la nouvelle université do Marbourg (^.
Poète connue Ovido, olo<|uent comme Cicéron, Von dem Husclio, dont toute la vie avait été un orageux combat pour les idées de Uenaissance et de la Réforme, se vit, en 1535, enveloppé dans diverses (H)ntroverses avec les anabaptistes de Munster, dont l'un prit, bientôt après, six femmes à la fois. H mourut, en 1554, brisé par les fatigues de cette lutte. H avait été lié avec Krasme, qu'il eut l'occasion de défendre contre ses détracteurs; mais il avait rompu avec lui, en 1552, au sujet de Luther f).
La régence de Marguerite d'Autriche, tante de Charles- Quint, fut pour la Belgi(jue l'apogée de la Renaissance. Cette princesse portait, il est vrai, une haine profonde au protestantisme; mais elle cultivait avec un égal succès les sciences, les arts et la politique, et il lui fut impossible de rester étran-
(•) Mkinkrs, p. 378-381. — HA(iKN, p. 240-241. — Liksskm, H.-J. De Hennani Busschi vila et script is, Bonn, 1867, p. 4 et suiv. (*) Mkixkiis, p. 381-388.
(5j II)., p. 388-393. — LiESSEM, p. 72-74.
RÉGENCE DE MARGUERITE d'aITRÏCHE. 257
gère à cet immense esprit de réforme qui agitait le monde au xvi'' siècle. Aussi avait-elle résolu d'introduire de grands changements dans l'Église belgique. Sous ce rapport, les idées de la Renaissance lui venaient merveilleusement en aide, et elle trouva un puissant appui dans son impérial neveu. Certes, elle ne voulait pas des innovations de Luther et de Calvin; mais elle pensa à créer une Église nationale pour l'opposer à l'Église romaine. Elle voulait, avant toute chose, la séparation complète des tribunaux laïques d'avec les tribunaux ecclésiastiques, et en cela elle eut pour auxiliaires les hommes de loi, Jes conseillers, les parlementaires, qui veillaient à ce qu'aucune bulle du pape ne fût promulguée dans les États de l'empereur sans sa permission, et qu'aucune redevance ne fût portée en cour de Rome sans la même autorisation (^).
Marguerite avait pris la résolution de faire un remaniement complet du système des dîmes, et quand le clergé s'opposa aux mesures qu'elle avait décrétées à cet égard, elle lui résista avec toute l'énergie de la puissance souveraine. Elle n'était pas satisfaite non plus de cette masse énorme de biens mainmortables dont le sacerdoce pouvait disposer et elle désirait pouvoir intervenir dans la nomination des évêques et des abbés f).
En 1526, elle adressa à tous les couvents une circulaire où elle les exhortait à ne laisser monter désormais en chaire que des prédicateurs instruits, sages, d'une vie exemplaire, et qui s'abstiendraient de débiter des contes et des sornettes fades. Elle ordonnait, en même temps, qu'on les empêchât de parler de Luther et de ses dogmes f).
Comme Chailes-Quint, Marguerite s'aidait des lumières et des conseils d'un écrivain doué d'une universalité comparable à celle de Voltaire et dont la mission de tous les jours
(') Altmeyer, Marguei'itc d*Autrichc, Liège, 1840, p. 153-154.
(-; Id., ibid.y p. 155-163, et les preuves tirées des Archives du royaume.
(*) Id., ibiii.f p. 117.
2ri« rilASME KT LKS HOMMES DE SO.X TEMPS.
fut une giHM're (roxterniination aux absurdités de la scolasti(iu<\ (Fun rlirf d\>p position dans le sens moderne, Ërasme de Uolterdani (*).
Ca^ ^rand liomnio était l'antagoniste des cloftres et des étudt's nionaralcs. Il naquit, selon toute apparence, à Rottordani, le iH octobre I Uu (^. Enfant illégitime de Gérard Elias, do (iouda,ot do Marguerite, fille d'un médecin deZevenborgcMi, il fut, dos son enfance, victime d'un sort funeste. Son pcrc, persécuté [>ar sa famille, se réfugia à Rome, où il mena une existcn(*o [>énible. Trompé p*ir ses frères, qui lui avaient annoncé la fausse nouvelle de la mort de Marguerite, il se fit prêtre, et, par cette résolution, se mit dans l'impossibilité de donner son nom à son fils. Mais, revenu aux Pays- Bas, il s'accpiitta noblement de ses devoirs de père : l'enfant, après avoir accompli sa ({uatrième année, fut placé dans une école à (louda, où sa mère était relimrnée; il n'y fit pas de grands [progrès. Quand il eut atteint sa neuvième année, il fut envoyé chez les frères <le la vie commune, a Deventer, sous la sauvegarde <le sa mère. On l'y familiarisa avec les grannnaires d'Everanl de Bélhune(^)et de Jean de(iarlande(^, dont il se mo<iua dans la suite. Il ne termina pas ses études a Deventer et, par consécpieut, ne put profiter de toutes les savantes leçons dHégius, qui dirigeait la classe la plus élevée et rassemblait dans cette (Vole une po[)ulation de plus de 2,000 élèves, accourus de TAIIemagne, de la France et des Pays- Bas. Il ne Tentendit qu'aux gi'andes fêtes, où l'illustre maître donnait une leçon générale à toutes les classes réunies. Ce fut là qu'Érasme puisa ses préceptes de la bonne littérature, tels que savait les enseigner le disciple d'Agricola; ce fut là aussi qu'il ressentir pour llégius cette baute estime dont il donna plus tard tant de témoignages dans ses œuvres. Mais
('; Rankk, Deutsche Geschichte in ZcitaUcr de}' Reforynation ^ Berlin, 1841-43, t. ï, p. 260.
(*; Durand dk Laur, Erasme ^ prrcurseur et initiateur, p. 1 . Cj xii-xiii* siècle.
(^) Poète et grammairien du xiii* siècle.