QUELQUES HOMMES DE LETTRES
fut pourvu d'une chaire de théologie à Louvain ; il devint ensuite chanoine de Saint-Jean à Bois-le-Duc et doyen de la cathédrale d'Anvers. Dans une dispute qu'il eut avec un de ses collègues, Pierre de Rivo, professeur de philosophie, l'université de Louvain se prononça contre Zoemeren et le déclara suspect d'hérésie. Il appela de cette vSentence à Rome et se justifia complètement. Il mourut à Louvain le 14 août 1472 C).
Pierre de Rivo (\-an der Beken), d'Assche, qui expliqua Aristote au collège du Faucon à Louvain, devint, en 1453, professeur d'éloquence à l'université de cette ville. Il y eut quelques difficultés théologiques et fut forcé de se soumettre à la décision du pape Sixte IV, qui, étant cardinal, avait écrit contre lui, en traitant d'hérétiques quelques-unes de ses doctrines. Il mourut chanoine de Saint-Rombaut, à Malines, le 27 janvier 1499 0-
Pierre Burry, de Bruges f), brilla comme professeur à Paris et laissa des poésies recommandables par la gravité des sentences, la variété du style, l'harmonie des vers, l'élégance des expressions (^.
Enfm, Gilles Faber, carme, mort à Bruxelles en 1505, parut avec distinction dans la chaire, en un temps où le ministère de la parole était avili par le burlesque et le ridicule que les prédicateurs mêlaient aux vérités sacrées f).
« Tout, du reste, à la On du xv* siècle, concourait, en Belgique, à favoriser le mouvement des idées nouvelles : le clergé régulier réclamant, par ses membres les plus instruits, une réforme dans le culte et se sentant appuyé par le clergé séculier des villes; un patriciat et une bourgeoisie instruits et commençant à philosopher ; les corporations des métiers
(*) Paquot, Fasti acad. Lac. (manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne n° 17569), 1. 1, f. 44-45.
(*) Id., ibicL
(») Né en 1430, mort en 1505.
(*) Biographie universelle.
f^) Ibid.
â40 ORIGINES DE LA IlENAISSANCE.
regrettant ranciennc influence communale et leurs privilèges, entamés depuis Philippe le Bon, religieuses pourtant, mais voulant l'être à leur manière, nationales et par cela même désireuses de prier Dieu publiquement dans la langue du pays; derrière ces corporations, même parmi elles et dans les villages, des restes d*anciens dissidents : ici, des disciples de Tanchelin, qui vont reparaître sous le nom d'Anabaptistes; là, épars dans la Flandi*e wallonne et dans l'Artois, quelques débris des Vaudois, ignorés de leurs voisins et qui ont conservé l'usage de consulter l'Écriture, le soir, au coin de l'àtre; plus loin, quelques Lollards ouWicléfites, prêts à se fondre dans les nouvelles sectes : tels sont les éléments d'opposition religieuse de nos provinces. Dans le parti contraire, se présentent : les moines privilégiés, cause première des réclamations, but constant des attaques; une noblesse dont les intérêts et les sympathies sont rattachés aux leurs; les patriciens, vassaux des chapitres; l'univei^sité de Louvain; les hauts dignitaires du clergé séculier; puis les bourgeois, encore plongés dans les superstitions d'un passé qui fuit; puis encore, des vassaux de la campagne et des serfs qui n'en ont presque plus que le nom; enfln, une tourbe d'hypocrites, qui ont horreur des lumières et qui se dévouent toujours au maintien du régime des ténèbres. Au milieu, le prince, travaillant à s'élever sur les ruines des deux partis (^). »
(ï) Van der Elst, p. 38-40.