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SUCCÈS DU COLLÈGE DES TUOIS-LANGUES

laient sur le péril que l'étude des langues anciennes faisait courir à la foi chrétienne ou plutôt à la vieille théologie et a ses méthodes surannées. C'en était assez pour que le collège fût compris dans la proscription qui devait atteindre toutes les nouvelles écoles de grammaire et de belles-lettres, et une conjuration permanente menaça pendant une vingtaine d'années l'existence même d'un établissement que la plupart des autres États de l'Europe enviaient à la Belgique. Peutêtre le petit nombre des humanistes et des professeurs de langue aurait-il succombé sous la masse des assaillants, si un personnage éminent — le pape Adrien VI — n'avait fait entendre sa voix en faveur des lettres (^).

Ce qui avait porté Jérôme Busleyden a créer le collège des Trois-Langues 5 c'était le vif éclat que leur culture avait jeté en Italie, en France et ailleurs, et sa conviction intime que bientôt leur étude allait dominer dans les écoles les plus célèbres de l'Europe. 11 avait voulu préserver la Belgique d'une regrettable indifféi'ence pour ces mêmes lettres qu'il croyait destinées à servir d'ornement et de bouclier à la société chrétienne tout entière. Le nouvel institut avait répondu parfaitement à cette attente. Les leçons de grec et de latin étaient fréquentées par un nombre considérable de jeunes gens de toutes les classes de la société. Aux gentilshommes, aux enfants de la noblesse, on enseignait de préférence les principes de l'art oratoire, puis on les initiait dans les secrets des grands écrivains de l'antiquité. Aux humanistes, aux maîtres es arts, aux futurs docteurs, on réservait plus spécialement la science philologique, les règles de la critique et les travaux de l'érudition. Aussi vît-on sortir de cette école célèbre des personnages de la haute aristocratie, des hommes d'État et de guerre, des magistrats, des théologiens et des savants dont les mérites sont connus. Le vœu le plus cher d'Érasme était accompli : désormais, on pouvait

(') Nève, p. 66-72.

280 KHASMK VA l.KS IIOMMKS DE SON TE>IPS.

trmiv(T, <lans los rangs do la noblesse et des faniilles patriciennes^ (les hommes instrni(s, des conseillers d'une grande prndenee, des andiassadeni's éliNjuents et habiles. La course peupla de grands «pii avaient une autre noblesse que celle de leurs armoiries. Le duc dWrschot, les princes d'Orange et d'Kpiiioy, les coniles de Lalaing, de Mansfeld et de Berlaymont; des magistrats lettrés, tels que Viglius,Hoppers, Peck, furent dos élèves du c(dlège luislidien, pendant que les travaux de ses [>ror(ssiMirs obtenaient un grand retentissement en Allemagne et surtout en France (*). C'est à c*et établissement (jue revient aussi la gloii-e d'avoir servi de modèle au Collège de Tranci^ fondé par François 1'% en Lj^, après le traité de (lambrai, conclu entre ce prince et Charles-Quint. Mais ipfaurait dit f>asme s'il avait pu voir son magnifique ccdiège de I^ouvain un siècle et demi après sa fondation? Depuis la mort de Jusle-Lipse, et si l'on en excepte l'enseignement de son successeur Erycius Puteanus^ ce qu'on nomme les l>elles-lettres, c'est-à-ilire ce qui a rapport au goût, à la raison, à la dignité humaine, n'y avait presque plus de partisans instruits et dévoués. Ce fut bien pis à la (in du xvm* siècle : la littérature grecque et latine n'y était que très faiblement cultivée. Celui qui, dans ce temps, y enseignait la langue d'Homère, avouait lui-même qu'il ne la comj)renait pas et (|ue toutes ses connaissances se bornaient aux premiers principes de la grammaire. Il en était de même dn professeur d'hébreu. En outre, la grande leçon qui avait pour objet la pureté et l'élégance de la langue latine ne se donnait plus. On y avait substitué l'explication du catéchisme, qu'on avait décorée du titre pompeux de leçon d*éloquence chrétienne (^.

(1) Nkvk, p. 46. 324-345.

(*; Di: Rkiffknhkro, A>v/f/iv.v phihlof/iqnes, t II. p. 123 et 124. — NfcVK, p. 346 ot suiv. — Voy deux docimionts curieux i-olatifs j^ la faculté de philosophie, dont l'un concerne la i-(3pulsion de cette fiieulté pour le système de Copernic et- dont l'autre se ra[>]K>rto à «i dwî.idenco sous Marie-Tliûrèse. (Arc/ii'ires dé Cunivenitidê Louvaiu, aux architcs du royaHu\c.)

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