ADVERSAIRES DU COLLÈGE DES TROIS-LANGUES
Érasme eut recours à une de ses iictions les plus ingénieuses pour signaler les motifs de cette guerre : quand il consulta, dit-il, les astrologues à ce sujet, ils lui répondirent que tout le mal provenait de l'éclipsé de l'année précédente. Cette éclipse eut lieu sous le signe du Bélier. Or, le Bélier exerce son influence sur le cerveau ; ajoutez à cela que Mercure a été perverti par le voisinage de Saturne, et les personnes soumises à Mercure, comme le sont les docteurs de Louvain, se montrent précisément les moins accommodantes... La déesse Acte semble avoir mis le désordre dans l'Université, c'est une véritable conspiration contre les belles-lettres (^). Ces plaisanteries et les satires où il les représenta plus attachés à la dignité de leur robe qu'à la gloire du Christ, aigrii'ent profondément ces hommes; ils le poursuivirent avec un impitoyable acharnement, n'épargnant ni sa cendre, ni sa mémoire. « Ses écrits les plus innocents furent taxés d'hérésie et, en 1522, la faculté de théologie chargea Jetin Heutennius, de Nalinnes, de dresser un état de tous les passages qui lui sembleraient mériter une censure. Heutennius apporta à ce travail tout le zèle d'un inquisiteur et tout le pédantisme d'un théologien. Ce recueil des prétendues turpitudes et obscénités d'Erasme, n'ayant pas été examiné par le concile de Trente, servit de fondement au fameux index expurgatoire du duc d'Albe. Ce fut le même Heutennius qui, chargé de revoir le manuscrit de la dernière édition de l'histoire de Flandre, de Meyer, y supprima entre autres l'éloge d'Érasme, que la postérité y a rétabli.. Cet emportement se perpétua dans l'université de Louvain, qui, a la fin du xvni* siècle, approuvait encore les calomnies dont la faculté de théologie avait usé contre le spirituel publiciste f). »
Quant aux machinations dirigées contre le collège desTrois-
(*) Nèvb, Mémoire cité, p. 61-65.
(-) De Reiffknbfjig, Notices et extraits des manuscrits ds la Bibiiathèque de Bourgogne f cités par M. Henoe, Histoire de C/iaries-Quini« \..N « ^k*"^*
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Langues, Rrasine y opposa la proloction dont le pape et les cardinaux couvi'aient à Rome une institution semblable, ou bien il rapproeliait les libéralités de la eour de France pour une foule de savants, de l'opposition que même les princes de rUniversilé ne rougissaient pas de faire à renseignement gratuit des langues savantes, a peine établi. Il se plaisait à dire que Léon X et Henri VIII devraient être taxés de démence, si la sagesse et la raison étaient du coté des ennemis fougueux des lettres qui m» reculaient devant aucune énormité; il convenait, toutefois, que le nombre de ceux qui dirigeaient cette conspiration se réduisait à trois ou à quati*e coryphées profondément stupides. Ce qui Tindisposait contre le corps môme de l'Université, c'était l'autorité despotique ;i laquelle il semblait prétendre, alors que la célébrité plus graude que cette école devait unicpiement aux l)elles-lettres datait d'un si petit nond>re d'années. Les saines études, malgi'é tout, gagneraient de jour en jour et prévaudraient bientôt en dépit de quel<[ues détracteurs acharnés. Voilà ce que prédit Érasme (^).
Sa vigilance fut extrême toutes les fois qu'il eut h soutenir les vrais intérêts des études et à pourvoir aux besoins du collège de Busleyden. Sans y occuper aucune fonction, il se faisait le défenseur oiTicieux de cette institution, par reconnaissaiice pour un de ses protecteurs f). Ce qu'on incriminait surtout dans le nouveau collège, c'était l'esprit qui présidait à l'enseignement de la grammaire et surtout l'application qu'on en faisait aux textes de l'Écriture et des Pères. A vrai dire, et quoiqu'il ne s'agît que delà lecturedes anciens auteurs faite en concurrence avec celle des écrivains chrétiens, la question des classiques païens, comme on l'a dit de nos jours, comptait fort peu dans tout ce vacarme. Les déclamations publiques, les digressions polémiques faites dans les leçons des facultés, les insinuations et les entretiens privés rou-
(•) NftvK. p. 65^.
(*) Gilles Biislordcn.