LES ADAGES
de commentaires, d'anecdotes, de notes curieuses, vrai trésor où sont venus puiser les savants de tous les pays et de toutes les nuances, professeurs, gens d'espi*it, journalistes, écrivains, polygraplies (^) !
Mais le grand sujet de prédilection de la verve satirique d'Érasme, c'était toujours la théologie scolastique de son temps.
« A quoi sert de disputer : dans combien de sens il faut prendre le mot de péché; si c'est une simple spoliation de l'àme ou une tache qui y soit inhérente ; de vrais théologiens devraient s'efforcer de faire en sorte que tous les hommes haïssent ou fuient le mal. On se querelle depuis des siècles pour savoir si la grâce avec laquelle Dieu nous aime et nous attire à lui, et celle avec laquelle nous l'aimons de retour, est la même. Travaillons à nous rendre dignes de l'amour et de la grâce de Dieu par des prières pures, une vie innocente et des actions vertueuses. On se démène sans fin ni trêve pour préciser ce qui distingue le Père du Fils et l'un et l'autre du Saint-Esprit : si c'est une substance ou une contingence, ou bien comment trois, dont aucun n'est comme l'autre, peuvent faire un même être. Combien il serait préférable d'adorer en toute humilité cette trinité dont il nous est défendu, à nous faibles mortels, de scruter la majesté, et d'imiter, autant qu'il est en nous, par notre concorde, son ineffable harmonie, afin qu'un jour nous soyons reçus dans sa communauté! Nous nous creusons et recreusons sur la possibilité de l'action du feu corporel de l'enfer sur les âmes incorporelles des damnés. Ne serait-il pas beaucoup plus raisonnable d'employer toutes nos forces pour empêcher que ce feu trouve en nous quelque chose qui doive être consumé? Ces recherches et ces discussions seraient encore supportables si elles se faisaient sans irritation et uniquement pour nous distraire. Au contraire, on passe toute sa vie dans de telles questions; on les défend ou on les attaque
(*) MicHELET, ibid., et Revue britannique, l. l.
avec (les clameurs violenlcs, avec des injures et des coups de poing. Quelles aulres queslions ne soulève-t-on pas sur le hapleuie, IVucharislie, la pénilence, questions que Ton ne peut connailre sans dommage, et que Ton ne peut ni prouver ni réfuter. 11 serait plus grand et plus sérieux de nous exhorter les uns les autres à répondre, par une conduite irréprochable, au sacrement du baptême, et de nous présenter dignement à la sainte cène, afin que, dans notre vie, il y eût peu <le chose à corriger par la pénitence. Que dirai-je des queslions, non seuUMnent inutiles, mais encore impies, sur la puissance de Dieu ou sur celle du pape : si Dieu a pu produire quchpie chose de réellement infini; si, de toute éternité, il a pu faire le monde meilleur qu'il n'est; s'il peut faire un honnne incapable de [lécher; s'il peut révéler à quelqu'un ses péchés el sa damnation future; an j}ossit respcctum produceirsinc fundumento cl icrmino ; s'il pourrait faire qu'une chose qui est arrivée n'ait pas eu lieu et changer en pucelle une courtisane ; si les trois personnes de Dieu peuvent chacune prendre une forme coi'porelle; si la phrase : « Dieu est un escarbot ou une courge » est aussi possible que celle-ci : « Dieu esl homme »; si Dieu a revêtu l'homme individu .ou bien le genre humain; si dans l'intelligence de Dieu il y a des idées de toutes choses et si elles sont spéculatives ou pratiques; s'il y a trois personnes en Dieu, et si ce nombre appartient à la substance ou au rapport; si Dieu engendre le Fils et le Saint-Esprit, par rapport à la raison ou à la volonté; si naturellement ou volontairement; si, dans l'essence de Dieu, il y a le principe de génération du Fils et s'il y a une limite dans la procréation paternelle; si Dieu engendre Dieu; si le Père procrée le Saint-Esprit avant le Fils; si le Saint-Esprit, en procédant du Père et du Fils, a un ou deux principes; si l'on peut imaginer que Dieu le Père hait Dieu le Fils ; si l'àme de Jésus-Christ a pu être trompée, ou si elle peut tromper ou mentir elle-même Q...
(*) Erasmus, An>20^. ad Nov. Test., I, Timoth,