‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 93 sur 182 · HAINES CONTRE ÉRASME · texte numérisé non relu

HAINES CONTRE ÉRASME

plusieurs heures, Érasme et le réformateur de Wittemberg. Il les appelait des bêtes, des ânes, des souches. Dans un autre sermon, il avança que dans les livres d'Érasme il y avait des hérésies. Un magistrat présent à ce sermon alla voir le prédicateur, pour savoir de lui dans quel endroit des livres du philosophe se trouvaient ces prétendues hérésies. « Je ne les ai pas lus, dit-il; j'ai, à la vérité, voulu lire ces paraphrases, mais la latinité en était trop élevée, et je crains que cela ne Fait conduit à quelque hérésie (^). »

A Anvers, un franciscain publia un livre dans lequel il comparait Luther, Zwingle et OEcolampade aux soldats de Pilate clouant le Christ sur la croix. Il ajoutait Érasme a ces réformateurs, soutenant que son but était le même; que la seule différence entre eux était qu'il avait écrit en plaisantant ce que les autres avaient avancé d'une manière sérieuse. A Paris, un docteur appliqua ouvertement à Érasme et à Luther ce texte de la Bible : « Vous foulez aux pieds le lion et le dragon, » et cette allusion plut tellement aux moines, que non seulement ils la répétèrent dans leurs réunions, mais encore la jugèrent digne d'être reproduite (*).

Le nonce du pape, Aléandre, semblait encourager la haine des moines; car il exprimait son étonnement au pape de ce qu'on laissât vivre Érasme, le fauteur de tous les troubles de l'Allemagne, tandis qu'on égorgeait des milliers d'hommes compromis pour leur foi dans la guerre des paysans (1525). Aussi y eut-il contre lui une recrudescence de fureurs monacales : c'était un renard qui avait ravagé la vigne du Seigneur; un Lucien qui, par ses moqueries, avait fait plus de mal que Luther. A Constance, un docteur avait placé dans sa chambre le portrait d'Érasme, afin de pouvoir le couvrir de crachats; les prédicateurs de Louvain allèrent

(*) De Burigny, p. 107 et 108.

(') Erasmi Epist,, f. 1480. — M. Adami, Viiœ eriiditoî-um, Francof. ad M. 1705, Vita Erasmi, f. 46.

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jusqu'à (Jéfouilro la lecture de ses écrits, sous peine d'excomniunicutiun, même à ceux qui en avaient reçu Tautorisation formelle du pape [).

ce Auparavant, dit Érasme (*), on n était hérétique que lors- (pron ditVcrail de l'Kvangile ou des articles de foi. Aujourd'hui, cVsl bien autre chose : si vous avez le malheur de diiléri'r de Thomas ou dos sophistes de Técole, vous êtes hérétique; si vous soutenez ce qui ne leur plait pas ou ce qu'ils ne comprennent pas, vous êtes encore hérétique. Oui, la tyrannie des carmes et des dominicains est telle qu'elle menace les couronnes et la tiare. Si le pape fait tout ce qu'ils veulent, il est, à leurs yeux, plus que le bou Dieu; si, au contraire, il entrave leurs intérêts, il est moins que rien. »

Malheureusement pour Krasme, la théologie aux Pays-Bas était alors dans un état qui inspirait à la fois la colère et la pitié. Presque tous ceux qui la professaient, loin de comprendre les textes originaux de l'Écriture et des Pères, ne connaissaient pas même les caractères de la langue grecque. On s'appli(piait si peu à la lecture des saintes Lettres, qu'Érasme pouvait citer des théologiens qui avaient dépassé l'âge de quatre-vingts ans sans avoir jamais lu l'Évangile, et la langue dans laquelle ils s'exprimaient n'était qu'un affreux jargon hérissé de barbarismes \^).

Les livres grecs étaient si rares (|uc, dans toute l'Allemagne, on possédait à [teine un Nouveau Testament dans cet idiome (^).

On n'ignore pas que le grand philologue, contemporain d'Érasme et professeur à l'université de Louvain, le célèbre Vives, a donné une bonne édition de la Cité de Dieu de saint Augustin. L'épitn» dédicatoire à Henri VUI d'Angleterre est

{^) Adami. Vifœ cn'.ihtni'i'.fti, Fiancof. a<l M. 1705, Vita Gri/nœi^ f. 417. (*; V. L. Skckf.ndokk, CohirrirufanKs Jiisforiof-pu/ifict'.s (fc httltcraiitsino^FnxiC' fort, 1G92. f. 97.

(») Dk Blriony. t. IT, p. 4SI) et 400. 0) Id., ibid,, p. 407.

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