‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 95 sur 182 · LES THÉOLOGIENS DE LOUVAIN · texte numérisé non relu

LES THÉOLOGIENS DE LOUVAIN

être insupportable par son arrogance de parvenu, et Ruard Tapper, d'Enkliuyzen, le plus méchant de tous les honnnes, malgré le bégaiement de sa langue de vipère. Mais le plus fort de tous, sans contredit, est frère Nicolas d'Egmont, que la nature a fait pour être moine. Sans esprit, sans éloquence,, il ne fait que parler, et quoique tout ce qu'il entreprend et tout ce qu'il dit ne soit que bêtise, il ne s'en complaît pas moins dans ses balivernes. Malgré sa tête de plomb, cette brute s'est élevée par tous les gi'ades à celui de magister. On lui adonné le sobriquet de Frater Olh, parce qu'il vaut plus par le palais que par l'intelligence. Est-il étonnant, après cela, que cet homme s'avise de condamner ce qu'il ne lit ni ne comprend? Par leur fanatisme et par leur ignorance, tous ces drôles déshonorent une ville pleine d'élégance et une université célèbre, et ils n'ont rien de plus empressé que d'aiguiser les pointes de leurs plumes contre tous ceux qui se distinguent par le culte des Muses; ce sont des bêtes farouches et non pas des hommes f). »

Je conviens volontiers que, dans tout cela, il y a les exagérations d'un pamphlet f). Aussi, je ne donne ce factum que comme une des aménités littéraires du temps.

Ce violent débat avait été précédé, en 1515, d'une querelle bien pénible pour les deux parties, c'est-à-dire pour Érasme et pour un de ses amis, Martin Van Dorp, professeur à Louvain. Pendant qu'on imprimait à Baie la traduction du Nouveau Testament faite par Érasme, avec les remarques qu'il y avait ajoutées et les œuvres de saint Jérôme, quelques théologiens de l'Université brab.inçonne excitèrent Van Dorp à écrire contre le brillant et docte publiciste. Van Dorp s'y

(*) Epistola de magistris nostris iovaniensibits, quoi et qiiaJes sint, qiiibus debemiis magistrales iUam dommatioiiem lutherianam, Uldaricho Zxcinglio, mense aprili, anno 1518, immo 1520 scripta, apud Schelhorn, Amcbnitaies Uterariœ, Ulm, 1724-31, t. I, p. 248-261.

(•) Voy. De Ram, Disqutsitio historica de us quœ contra Lutlici'um hvanienses theologi egerunt, anno MDXIX, dans les Noutcniix mémoires de V Académie de BruxeUes, t. XVI.

3IS KIVASMK F/r LKS lIOMMtS DE SON TEMPS.

laissa prendre et fil à Érasme un ciiine de son Éhgc de la Folie. Érasme excusa plutôt cette satire qu'il ne la défendit, bien qu'à ses yeux il n'y eût rien de blàniîd)le à vouloir corriger, par des plaisanteries ingénieuses, des gens qu'on ne pouvait ramener au culte des Muses par des remontrances (^).

En ce qui regarde l'édition de saint Jérôme, Érasme nous apprend (jue ce (|ui la rendait odieuse aux théologiens de son temps, c'étaient l'éloquence de ce Père nourri dans les belles-lettres, son habileté dans la critique, sa grande connaissance des langues et sa glorieuse tentative de corriger les anciennes versions sur les originaux. Il raconte que des théologiens célèbres étaient allés à Baie, chez son imprimeur, le conjurant, au nom de Dieu, de retrancher de son édition tout ce qui se trouverait de mots grecs et hébreux dans saint Jérôme, parce que ces langues étaient trop dangereuses et qu'elles ne servaient qu'à l'ostentation et à la curiosité. Ces gens-là n'étaient pas du goût d'Origène, qui, dans un âge avancé, mettait les plus grands soins à traduire l'hébreu, ni de celui de saint Augustin, qui déplorait, dans sa vieillesse, laversion qu'il avait eue, dans sa jeunesse, pour les langues.

Mais ce qui alarmait le plus les théologiens de Louvain, c'était la traduction du Nouveau Testament avec les remarques qui servaient à l'édaircir et à la justifier. « Pourquoi, disaient-ils, faire une traduction nouvelle, pendant que nous avons la Vulgate, vénérable par son antiquité, par l'approbation de tant de conciles, par celle de tant d'illustres Pères? La changer et la corriger, c'est changer et corriger rÉcritui'e. 11 faut laisser le grec aux Grecs et le latin aux Latins. Emprunter les originaux du Nouveau Testament aux Grecs schismatiques, qui les ont altérés, et corriger sur eux la version latine, c'est introduire dans la religion les erreurs de ces gens-là. Il est, sans comparaison, plus sûr, de réformer

(*) Bealsobre, t. I, p. 219.

Page 1