‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 3 sur 92 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

et l'Église de Rome, à court d'argent, avait fait de la simonie un de ses moyens de gouvernement. « On vendait « toutes choses sur le marché pontifical, dit un histo- « rien Catholique !, chapeaux rouges et mitres, pardon « des péchés, levée d’excommunications, suzeraineté, « droit de conquête sur terre et sur mer, reliques des « saints, couronne impériale, tiare romaine, porte du « paradis...

« Toutes les vertus que Jésus avait exaltées furent « dédaignées, le sermon sur la montagne méconnu; les « pauvres, les pacifiques, les simples ne sont plus les élus « du Père; tout ce que Jésus avait méprisé et flétri : « l'amour du gain, la dureté envers les humbles, la séche- « resse de cœur... montèrent au rang des béatitudes et « remplacèrent la charité et le renoncement. Au lieu du « Beati pauperes spiritu » — c'estle « Beati possidentes » « qui est en honneur! »

Mais, tandis que la conscience de leur mission d'évangélisation semblait, chez les conducteurs officiels de l'Église, endormie et presque étouffée par le souci de la domination et des richesses, elle se réveilla au sein des monastères et des universités et même en dehors de l'Église. Saint Bernard (de Clairvaux) et Pierre de Bruys, Valdo et saint François d'Assise firent entendre leurs protestations contre la mondanité des prélats; les docteurs mystiques et des professeurs d'Université se joignirent à eux pour réclamer le retour à la pauvreté et, par suite, aux vertus apostoliques.

Ces précurseurs travaillèrent, les uns d'une facon mesurée et constitutionnelle, d’autres, par des moyens plus radicaux, à l'émancipation de la conscience. Pendant que les mystiques visaient à supprimer cette nuée d'intermédiaires, qui éclipsaient pour ainsi dire Dieu et le Christ aux yeux du fidèle, en mettant l'âme en communion

1. V. Gebhart, Introduction à l'étude du sentiment religieux. Paris; 1884

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directe avec la divinité par les échelons de la méditation, Pierre Valdo (de Lyon) et François d'Assise préchèrent d'exemple et, chacun à sa manière, annoncèrent l'Évangile aux pauvres, aux paysans, aux déshérités de ce monde, en langue vulgaire.

Et ce mouvement de réforme ne fut pas seulement produit par un réveil de la conscience, il eut aussi des causes politiques, scientifiques et économiques.

En prenuère ligne, la formation des royautés nationales. Jusque-là, le roi, au milieu de ses grands vassaux, n'était guère que le primus inter pares et, d'ailleurs, tenant son investiture du Pape, il n'avait qu'un pouvoir précaire. Or au xn° siècle, on vit le pouvoir royal, s’appuyant sur les communes affranchies et sur ses légistes, se défendre, d’une part, des exigences des seigneurs féodaux, de l’autre, contre les prétentions de la Cour de Rome. Le premier usage, que les rois firent de leur nouveau pouvoir, fut de mettre une borne aux empiètements fiscaux et juridiques des papes et de se retrancher, comme derrière un rempart, à l'abri des franchises des églises gallicane, germanique et britannique.

A la faveur de cette émancipation du sentiment national et laïque, il y eut comme un réveil de l'esprit scientifique. Une science nouvelle, née des travaux de l'archéologie et de l’histoire, détrôna la scolastique et le droit féodal ; l'étude du droit romain commence à Bologne ; de là se propage à Padoue, Toulouse, Orléans. Peu à peu, l'histoire, à la manière de Thucydide, remplaça les monotones chroniques des monastères; la connaissance des trois langues sacrées : l’hébreu, le grec, le latin, révéla aux humanistes le vrai sens des textes de la Sainte- Écriture et favorisa une série de versions de la Bible en langue vulgaire; enfin les travaux exégétiques des Laurent Valla et des Érasme firent brèche dans la triple muraille qui défendait l'autorité du souverain pontife : la donation dite de Constantin, les décrétales et le

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