LES PRÉCURSEURS DU XII° SIÈCLE
TABLEAU DE L'ÉPOQUE
Il est d'usage de réserver le nom de « Renaissance » à l'époque, où l'esprit humain se remit avec ardeur à étudier les œuvres dart de l'antiquité et les monuments de la littérature gréco-latine. Le xv° siècle, en effet, à la suite de l'émigration en masse des savants grecs en Italie, vitse produire un véritable épanouissement des lettres, des arts et des sciences. Mais, si légitime que soit l’admiration que nous inspire cette époque, elle ne doit pas nous rendre injuste pour les siècles précédents. Il faut se garder de représenter la Renaissance comme un jour brillant qui se serait levé après une nuit de cinq siècles. Ce jour a eu son aurore, qui parut au xr1° siècle.
Parlons sans images : le xrr° a été, lui aussi, une époque de renouveau pour l'esprit humain, engourdi depuis Charlemagne par la lutte contre les Barbares, par les guerres féodales incessantes et par les terreurs de l'an mil. Deux causes le produisirent : les croisades et l’affranchissement des communes.
Les croisades, en rapprochant toutes les nations chrétiennes de l’Europe dans une commune action pour défendre les pèlerins d'Orient et reconquérir sur les musulmans le tombeau du Christ, renversèrent bien des barrières qui
les séparaient et établirent entre elles des relations plus étroites, favorables à l'échange des idées. Cela créa, suivant l'expression de Michelet, « comme un patriotisme européen! ». Quoique les rapports entre Latins et Grecs fussent déjà très tendus, et empreints d’une méfiance qui allait souvent jusqu'à l'hostilité, les premiers apprirent déja beaucoup de choses à l'école de Byzance. Mais c’est surtout entre Latins et Orientaux : Arméniens, Arabes et Syriens, que les croisades établirent un commerce fécond. D'Orient, les croisés ne rapporterent pas seulement des étoffes de soie et de coton, mais des recettes médicales et chimiques, des livres de sciences naturelles où de philosophie, qui enrichirent la culture occidentale. Les écoles de, Salerne, de Montpellier et de Salamanque durent leur naissance au contact fécond, qui se fit alors entre la science arabe et l'esprit latin.
D'autre part, les chartes de commune, en donnant aux artisans et aux marchands des villes conscience de leur pouvoir, de leur solidarité morale, contribuèrent au progrès des arts et des lettres. Jusque-là, seuls les clercs et une élite de seigneurs s’intéressaient aux choses de l'esprit. À partir de ce moment, s'éveilla dans la bourgeoisie le goût d'entendre les chansons des jongleurs, célébrant les aventures d’un pèlerin ou les exploits d’un saint, et les sermons en langue vulgaire. En un mot, il se forma un esprit public, qui se manifesta par le grand développement des écoles, la création des universités et aussi par la chevalerie.
Tandis qu'à l'école Notre-Dame (de Paris) l’enseignement de la scolastique restait sous le contrôle de l’évêque et que la philosophie était encore la « servante de la théologie» orthodoxe, Abélard, sur la montagne Sainte-Geneviève, essayait d'expliquer, avec l’aide de la raison, les dogmes et, tout en les conservant pour la forme, les