‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 6 sur 92 · Histoire de France, t. 1, p · texte numérisé non relu

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LES PRÉCURSEURS DU XII° SIÈCLE al

soumettait au libre examen. Ses disciples Pierre de Bruys et Arnauld de Brescia appliquèrent l'arme de la critique aux institutions ecclésiastiques. La prédication, à son tour, reprit son essor après un long silence. De toutes parts, à l’école comme à l’église, au cloître comme à l’église retentit ce même cri : Prèchons! C'est le siècle de saint Bernard et de Hugues de Saint-Victor, de Guibert de Nogent et de Maurice de Sully.

En même temps, les anciennes écoles municipales ou cathédrales se transforment en universités, dont les premières, chose à remarquer, servent à l’enseignement d’une discipline spéciale. Bologne doit sa raison d'être à l'étude du droit romain ; Salerne à celle de la médecine; Paris, dont l’Université ne sera constituée qu'à la fin du x11° siècle, devint célèbre par l'étude de la théologie et de la philosophie. Ce siècle; enfin, qui avait déjà vu l’émancipation des communes et de la philosophie, fut marqué par le relèvement social de la femme. On sait quel rôle important les dames jouèrent dans les rites de la Chevalerie : ce sont elles qui président aux tournois et aux cours d'amour et décernent au vainqueur la couronne de lauriers. L'Église même, qui s'était toujours méfiée de la femme, comme d'une alliée de Satan, se décide, pour l’amour de la Vierge Marie, à lui accorder plus de considération. Héloïse est déclarée chef d'une congrégation et Robert d’Arbrissel, qui organise les premiers monastères de femmes, donne aux abbesses de Fontevrault la suprématie sur les couvents d'hommes.

Tel fut le xu° siècle, le plus fertile en beaux esprits et en orateurs, le plus riche en fondations scolaires et en livres qu'il y ait eu depuis Charlemagne, siècle de grands mouvements des peuples et d'échange d'idées très actif, siècle plein d’élans vers plus de liberté et un meilleur avenir! Rien d'étonnant, donc, qu'il s’y soit rencontré des hommes soucieux des abus et de la mondanité de l'Église, des misères du peuple et préoccupés d'en amé-

liorer la condition morale ; mais ces hommes s'y sont pris de facon différente.

« Il y a dans le monde, a-t-on fait remarquer!, deux « sortes de réformateurs : les uns se proposent de corri- « gerles hommes, en respectant les institutions; ce sont « les réformateurs moralistes ou conservateurs. D'autres, « désespérant d'améliorer les mœurs, s’attaquent aux « institutions même et font effort pour les renverser : ce « sont les réformaleurs radicaux ou les révolutionnaires. « Ces deux classes ontle même but : le bien de l'humanité « ou de l'Église; mais ils diffèrent tellement sur les moyens « que, s'ils sont contemporains, ils se livrent à une lutte « archarnée. » Cette observation s'applique parfaitement aux précurseurs de la Réforme religieuse au moyen âge. Seulement, à ces deux catégories, il faut en ajouter une troisième; elle comprend ceux qui tiennent le juste milieu entre les conservateurs progressistes et les révolutionnaires. Ce sont les réformateurs modérés, ceux qui s’efforçaient de corriger les abus des institutions, en donnant l'exemple de leur jeu normal et en faisant une douce violence aux hommes d'autorité. Ces trois classes forment, pour ainsi dire, l'aile droite, l’aile gauche et le centre de cette petite armée des Précurseurs de la Réforme.

1. Abel Desjardins, Études sur saint Bernard, Dijon, 4849, À vol. 8°, p. 181.

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