Voy. ci-dessus, p
encore, aux Médicis, par son mariage avec Nannina, la fille de Pierre le Goutteux, la sœur de Laurent le Magnifique '. Mais ces liens si étroits ne 1 empêchèrent pas de conserver une entière indépendance; nous le voyons notamment accepter, après la chute de son neveu, Pierre le Jeune, les fonctions d'ambassadeur de la République florentine 2. Sa gravité, sa fermeté tranchaient sur l'affaissement moral de ses concitoyens, et 1 esprit, chez lui, était à la hauteur du caractère. Dès sa jeunesse, il avait entrepris, sous la direction de Léon- Baptiste Alberti, des études sur la topographie romaine. Condamné quelque temps à une existence plus agitée, il ne tarda pas à revenir à ses études favorites. Dans une page d'un sentiment très élevé, et qu'un ancien aurait pu signer, il raconte à son fils comment, désespérant de rétablir la paix dans sa malheureuse patrie, il résolut de demander aide et conseil aux Romains d'autrefois, ces grands citoyens, passés maîtres dans l'organisation de la chose publique". Autres temps, autres mœurs : on se réfugie dans le sein de l'antiquité comme on cherchait naguère des consolations dans les enseignements du christianisme.
Le fruit des recherches entreprises par ce grand seigneur archéologue, l'ouvrage sur la topographie de Rome, existe encore ; il rend témoignage de la solidité de son érudition, de la rectitude de son jugement, mais il dénote aussi une tendance à l'abstraction, une sécheresse que l'on est surpris de rencontrer dans cette période si féconde, si vivante de la Renaissance. On voudrait y trouver, de même que dans l'histoire de l'invasion de Charles VIII (De bello italicoj, également composée par messire Bernard, plus de détails pittoresques ou caractéristiques , une critique plus pénétrante, en un mot, plus de mouvement et de couleur.
1. Le mariage fut célèbre' avec une magnificence sans exemple. Les Rucellai dépensèrent 3,686 florins, plus de 100,000 francs au cours actuel de l'argent. (Passerini, Curiosità storicoartistiche florentine, i»'e série, p. 62.)
2. Sur le rôle qu'il joua à cette occasion, voy. Canestrini et Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. I, p. 607, 608.
3. « Ad honestum reversus otium, unde me post obitum Laurentii Medicis, avunculi tui, publica privataque discrimina averterant, statui ex Romanorum gestis, quaîcumque obscuriora viderentur aperire, proque viribus ante oculos ponere priscum illum in regenda Republica ordinem civitatis, ut si minus œtatis nostra; civibus, posteris salutem, aut alienigenis conferre possemus. » (Liber de Urbe Roma, éd. Becucci, Florence, 1770, prêt., p. 19.)
LE PALAIS RUCELLAI, par L. B. Alberti.
Le plan adopté par Bernard se distingue par son extrême clarté. L'auteur examine d'abord la configuration de la Ville éternelle sous les premiers rois, puis il passe en revue les modifications apportées à l'enceinte par les différents gouvernements qui se sont succédé sur ce sol si souvent bouleversé. L'étude des portes, des régions, enfin des monuments isolés fait suite à celle de la configuration générale : pour déterminer leurs limites ou leurs emplacements respectifs, Bernard se sert simultanément du témoignage des textes, des inscriptions, des monnaies, enfin de celui des monuments eux-mêmes. La méthode, on le voit, est excellente, et si la science moderne a serré les problèmes de plus près, elle n'a guère ajouté de moyens d'investigation nouveaux à ceux que l'auteur florentin a mis en œuvre.
L'histoire et la topographie tiennent la place d'honneur dans le Liber de Urbe Roma : l'archéologie proprement dite ne vient qu'au second rang. Cependant, messire Bernard savait à l'occasion apprécier la beauté du style, comme dans l'arc de Titus '; il tire aussi un excellent parti du rapprochement des marbres avec les médailles 2 ; le premier, peut-être, il reconnaît dans la prétendue statue équestre de Constantin, au Latran, l'image de Marc-Aurèle 3. Les différences entre les ordres d'architecture ne sont plus un mystère pour lui, grâce aux leçons d'Alberti 4. Nous le trouvons enfin familiarisé avec de certains procédés techniques propres à l'antiquité : il explique fort bien, en se fondant non seulement sur le témoignage de Pline, mais encore sur sa propre expérience, comment dans les statues d'empereurs romains la tête était d'ordinaire vissée sur le torse,, au lieu d'en faire partie intégrante, de manière que, lors d'un changement de régime, on pût remplacer la tête du souverain tombé par celle de son successeur, sans avoir besoin de refaire la statue elle-même 5.
1 . Liber de Urbe Roma, dans les Scriptores Rerum florentinarum, de Tartini et Becucci, t. II, p. 85 1 .
2. Ibid., p. 7g3 (médailles de Vespasien, de Titus, de Domitien), p. 843, 834 (médailles de Faustine), 86 1 (médailles de Néron), 934, etc.
3. « Exstat etiamnum ad Laterana ex œre statua permagna insidens equo, cujus effigies, quod eadem sit quœ in nummis veteris notœ adparet in honorent M. Antonini Pii percussis, ejusdem principis opus fuisse perhibetur. » (Ibid., p. 921.)