‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 129 sur 132 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

ans cet essai sur la genèse de la Renaissance, nous avons accordé la place d'honneur à l'Ecole toscane. C'est que, au double point de vue de l'étude de l'antiquité et de celle de la nature, elle a servi d'initiatrice à l'Europe entière. Au nord comme au midi, en Italie comme de ce côté-ci des monts, ses adeptes se font les champions des idées nouvelles : on trouverait difficilement une cité où ils n'aient pas exercé leur apostolat ; partout ils représentent le progrès. A Naples, Donatello et Michelozzo décorent la chapelle des Brancacci, située dans l'église de S. Angelo à Nilo; Monte Oliveto s'embellit par les soins d'Antonio Rossellino et de Benedetto de Majano, tandis que Giuliano da Majano élève la Porta Capuana et le Poggio Reale. Rome, grâce à eux, devient une colonie florentine : les architectes qui y travaillent pour les papes s'appellent L. B. Alberti, Bernardo Rossellino, Antonio di Francesco, Meo del Caprina, Giuliano da San Gallo, Giacomo et Lorenzo da Pietrasanta, Giovannino de' Dolci, Baccio Pontelli; les sculpteurs, Filarete, Simon Ghini, Varron, Mino de Fiesole, Verrocchio, Pollaiuolo; les peintres, Masolino et Masaccio, Fra Angelico et Benozzo Gozzoli, Andréa del Castagno, Piero délia Francesca, Ghirlandajo, Botticelli, Filippino Lippi, Signorelli, pour ne citer que les plus célèbres. En remontant vers le nord nous rencontrons des Florentins jusque dans le foyer de l'École ombrienne, dont le chef, le Pérugin, avait d'ailleurs reçu son éducation première sur les bords de l'Arno : Agostino di Duccio, l'élève de Donatello, y construit la façade de l'église Saint- Bernardin et la Porta Urbica; Domenico del Tasso y orne de marqueteries la salle du « Cambio ». Rimini est conquise par L. B. Alberti,

Piero délia Francesca, Agostino di Duccio; Urbin par Paolo Uccello, Piero délia Francesca, Signorelli, Luca délia Robbia, Baccio Pontelli; Mantoue par Alberti et Lucas Fancelli; Ferrare par Baroncelli; Milan par Michelozzo. A Padoue, Donatello et Paolo Uccello ouvrent les voies à Mantegna. Si nous rappelons encore la statue du Colleone à Venise, chef-d'œuvre de Verrocchio, les fresques de Masolino, à Castiglione d'Olona, la façade de la cathédrale de Turin, élevée par Meo del Caprino, les palais construits à Savone par Giuliano da San Gallo, on reconnaîtra sans peine que depuis l'ère de Giotto aucune école n'a exercé une influence comparable à celle des quattrocentistes florentins.

Cette domination n'était pas seulement légitimée par la valeur personnelle de la plupart des artistes dont nous venons de prononcer le nom : elle tenait tout autant à la supériorité de leur méthode. Les perfectionnements d'ordre technique, la rigueur de l'observation, la vigueur de la conception, la puissance de la caractéristique n'auraient pas suffi pour assurer aux Florentins la direction des esprits : le secret de leur suprématie est surtout dans leur intimité plus grande avec les chefs-d'œuvre antiques, ces modèles toujours jeunes de la vérité et de la beauté. Leur triomphe définitif sur leurs vieux rivaux, les Siennois, n'a pas d'autre cause.

Pour compléter ces études, il nous resterait à rechercher quel a été l'accueil fait aux principes nouveaux dans les différentes régions de l'Italie, quelles ont été les modifications apportées au programme florentin par les Écoles qui, de tributaires, sont devenues rivales : les limites assignées à notre travail nous défendent de pousser plus loin cet examen; d'autres le reprendront avec plus d'autorité, sinon avec plus d'ardeur.

La mission que nous nous sommes imposée sera suffisamment remplie si nous avons réussi à faire aimer et à faire admirer tous ces ouvriers de la première heure, qui ont si bien défriché le champ sur lequel leurs successeurs devaient récolter la plus riche des moissons : Nicolas de Pise et A. Lorenzetti, Pétrarque et Cola di Rienzi, Brunellesco et Donatello, les Médicis, les Strozzi, les Rucellai , sans en excepter l'obligeant et irascible Niccolô Niccoli, l'éloquent et fougueux Poggio Bracciolini.

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