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VUE DE ROME

Bulle d'or de Louis le Bavarois.

sion les auteurs anciens, Tite-Live, César, Cicéron, Sénèque, Valère- Maxime, tantôt parcourant les ruines de sa ville natale et s'appliquant à déchiffrer les inscriptions dont elles étaient couvertes. Seul d'entre les Italiens, il possédait ce secret qui, aux yeux des contemporains, tenait de la magie

Les recherches de Rienzi n'ont pas été perdues pour la postérité. M. de Rossi a retrouvé le travail du tribun-épigraphiste dans un recueild'inscriptions qu'on a longtemps attribué à un auteur du siècle suivant, Signorili, mais que ce dernier a seulement remanié et complété3. Dans

1. « Tutto lo die se speculava negl' intagli de marmo, li quali jaccio intorno a Roma. Non era altri che esso, che sapesse leggere li antichi pataffii (epitafi). Tutte scritture antiche volgarizzava ; queste fiure de marmo justamente interpretava. » (Muratori, Antiquitates, t. III, p. 399.)

2. Bullettino dell' Istituto di corrisponden^a archeologica, 1871, p. 11 et suiv.

sa forme primitive, la Descriptio urbis Romœ (c'est le titre du recueil) a pris naissance entre les années 1344 et 1347.

La lumière commençait d'ailleurs à se faire sur différents points à la fois. En i328, un des successeurs de Frédéric II, Louis le Bavarois, fit graver sur sa bulle d'or la pyramide de Cestius, l'arc de Titus, le Colisée, le Capitole, le Panthéon, l'obélisque du Vatican, le môle d'Adrien, la colonne Trajane1. Le dessin de ces monuments est sommaire, mais néanmoins assez exact; on voit que l'analyse tend à se substituer au naïf enthousiasme de l'âge précédent. Le progrès est surtout sensible si nous comparons cette bulle au plan de Rome composé au xme siècle 2 : telle est dans ce dernier document la grossièreté du dessin, qu'il serait impossible de reconnaître les édifices sans les inscriptions tracées à côté d'eux : du Colisée et du Panthéon, l'artiste du xinc siècle n'a retenu qu'une chose, c'est que ces constructions étaient circulaires. Nulle indication de colonnes, de pilastres, d'arcades, ni même d'étages.

Tandis que Rienzi recueillait les inscriptions, Olivier Forza ou Forzetta, riche citoyen de Trévise et gendre d'un des grands fonctionnaires de l'Empire, formait un cabinet d'antiques, le plus ancien dont le souvenir soit parvenu jusqu'à nous. Se rendant à Venise en 1 33 5 , il consigna sur son calepin les acquisitions qu'il se proposait d'y faire. On remarque dans le nombre, outre des manuscrits (Sénèque, Ovide, Salluste, Cicéron, Tite- Live, Valère-Maxime, etc.) et des ouvrages d'orfèvrerie, cinquante médailles (medajae), que lui avait promises maître Simon, des pâtes de verre (? pastae), des bronzes, quatre statues en marbre représentant des enfants et conservées dans l'église Saint-Vital de Ravenne (ces statues furent plus tard acquises par l'église Santa Maria de' Miracoli, de Venise), enfin des lions, des chevaux, des bœufs, des hommes nus, etc., ayant autrefois appartenu à un certain Perenzolo3. D'après ce document, le commerce des antiquités était dès lors des plus florissants dans la Haute Italie.

1. Nous reproduisons ce sceau d'après la gravure publiée par M. de Reumont, dans sa savante Histoire de la ville de Rome : Geschichte der Stadt Rom.

2. De Rossi, Fiante iconografiche e prospettiche di Roma anieriori al secolo XVI. Rome, 1879, p. 81.

3. On trouvera dans mes Arts à la Cour des Papes, t. II, p. 164, le texte de la curieuse note rédigée par Forzetta.

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