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CHAPITRE PREMIER

Introduction. — Le xm" et le xiv° siècle. — Culte de l'antiquité à la cour de Frédéric IL — Nicolas de Pise et ses élèves. — Jean de Pise. — Les sculpteurs de la cathédrale d'Orvieto. — Giotlo et son école. — Ambrogio Lorenzetti. ■ — L'archéologie chez Dante et chez Pétrarque. — Cola di Rienzi. — Les collectionneurs et archéologues de Trévise et de Padoue. — L'art du médailleur retrouvé dans l'Italie septentrionale.

a renaissance des arts, c'est-à-dire la résurrection, aux approches du xve siècle, des idées et des formes de l'antiquité classique, a été précédée d'efforts individuels qui n'ont le plus souvent pas abouti, mais dont il est nécessaire de tenir compte dans l'histoire de cette grande révolution. Les souvenirs plastiques du monde gréco-romain ont joué dans les préoccupations du moyen âge un rôle plus considérable qu'on ne le croit d'ordinaire. La force même des choses mettait à chaque instant nos ancêtres en présence des chefs-d'œuvre du passé : bon gré, mal gré, il fallait les regarder. Les uns ont vu en eux des monuments de l'idolâtrie, et à ce titre les

ont réprouvés ; d'autres leur ont attribué des vertus magiques ; d'autres encore se sont laissés aller à l'admiration que leur causaient l'immensité des ruines romaines, la richesse de la matière première, la perfection de la main-d'œuvre. Ceux-ci, on peut l'affirmer, ont été les plus nombreux. Même pendant la période la plus sombre du moyen âge, l'Europe entière a subi la fascination que Rome, la ville antique par excellence, exerce depuis bientôt vingt siècles. Ce qui, de près ou de loin, attirait chaque année des milliers de visiteurs sur les bords du Tibre, ce n'était pas seulement la promesse des indulgences, le désir de prier sur les tombeaux des martyrs, de contempler les basiliques resplendissantes d'or et de pierres précieuses, c'étaient aussi les souvenirs laissés par les Césars. Après s'être entretenu avec une sorte d'incrédulité des merveilles de cette cité incomparable, on supputait avec stupéfaction le nombre de ses temples, de ses palais, de ses thermes, de ses amphithéâtres : des auteurs dignes de foi ne racontaient-ils pas qu'elle avait possédé jadis 36 arcs de triomphe, 28 bibliothèques, 856 bains publics, 22 statues équestres en bronze doré, 84 statues équestres en ivoire, des obélisques, des colosses innombrables ! Dès le xne siècle l'imagination populaire s'empare de ces témoignages, les transforme et les amplifie. Les légendes les plus bizarres prennent naissance et se répandent rapidement dans des ouvrages qui font autorité : la Descriptio plenaria totius urbis, la Graphia aarea urbis Romœ, enfin les Mirabilia civitatis Romœ. A la fin du xve siècle encore, notre vaillant Charles VIII, voulant donner à ses sujets une idée de la ville dans laquelle il venait d'entrer, la lance au poing, fit traduire à leur usage un de ces recueils d'un autre âge. Quelques extraits, que je rapporte avec leur vieille orthographe, montreront avec quelle foi robuste on accueillait dans notre pays, jusqu'aux approches de la Renaissance, ces contes dignes des Mille et une Nuits :

« Declens le Capitole estoit une grande partie du palais d'or aorné de pierres précieuses, et estoit dit valoir la tierce partie du monde, auquel estoient autant de statues d'ymages qu'ils sont au monde de provinces : et avoit chascune ymage ung tambourin au col disposé par art mathématique, si que quant aucune région se rebelloit contre les Rommains : incontinent l'ymage de cette province tournoit le dos à l'ymage de la cité

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