De l'Art chrétien, nouv. éd., t. I, p
y<3 LES PRÉCURSEURS DE LA RENAISSANCE
tions par Y étude incessante de la nature. Peut-être lui est-il arrivé, de loin en loin, par exemple dans ses Enfants dansant, si admirablement rythmés, de regarder à la dérobée quelque bas -relief antique. Mais avouons que dans ces cas il a bien dissimulé ces inspirations profanes.
Une fois cependant il sembla que la volonté de ses concitoyens dût forcer Lucas à sortir de sa réserve. L'œuvre du Dôme le chargea, en 1437, de sculpter dans les compartiments, encore vides, du Campanile, cinq basreliefs représentant la Grammaire,, la Logique, la Musique, l'Arithmétique, l'Harmonie universelle'. S'il faut en croire Vasari, l'artiste, par une concession faite aux idées du temps, choisit pour personnifier ces sciences des hommes célèbres de l'antiquité : Donat, Platon et Aristote, Ptolémée et Euclide (nous croyons pouvoir ajouter à ces noms, pour la*^ Musique, Orphée charmant les animaux). C'est ainsi qu'un siècle auparavant, précisément au même endroit, Giotto avait sculpté Phidias et Apelle, comme personnifications de la Sculpture et de la Peinture. Mais, prenant exemple sur son prédécesseur, Lucas représenta ses héros absolument comme des hommes de son temps, sans le moindre attribut, le moindre détail de costume rappelant l'époque à laquelle ils avaient vécu. Son réalisme allait jusqu'à supprimer l'histoire!
Pendant sa longue et laborieuse carrière, André délia Robbia ( 1 43 5 - 1 525), le neveu et le collaborateur de Lucas, mit tous ses soins à ne pas s'écarter de la voie tracée par son oncle, et les siens suivirent son exemple. Giovanni (né en 1469) est peut-être le premier qui ait regardé en face les statues des dieux : en examinant les bustes d'apôtres qui ornent la cour de l'Académie des beaux-arts de Florence, il est impossible de ne pas songer au Dionysios et à l'Apollon antiques.
La révolution accomplie dans l'architecture et la sculpture par Brunellesco et Donatello ne s'est produite qu'un demi-siècle plus tard dans la peinture. Nous n'avons pas besoin de chercher bien loin les causes d'un pareil retard. Vasari les a signalées il y a longtemps : ces modèles antiques, qui s'offraient en si grande abondance à l'architecte et au statuaire, faisaient presque entièrement défaut au peintre. Voulait-il s'ins-