‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 41 sur 132 · MASACCIO · texte numérisé non relu

MASACCIO

pirer des leçons de l'antiquité, il était forcé de les traduire d'abord dans sa langue. Que de talents n'ont pas sombré dans cette tentative ingrate! L'histoire de l'École romaine est là pour nous l'apprendre : Raphaël n'était pas encore mort que déjà ses élèves, à force de copier des statues, en étaient arrivés à violer les lois fondamentales de la peinture.

Ce reproche n'est pas de ceux que l'on peut adresser à l'émule de Brunellesco et de Donatello, à l'auteur des fresques du Carminé. Masaccio semble n'avoir jamais regardé une statue antique. Ne lui en faisons pas un crime. Est-il donc le premier qui ait réussi à s'affranchir sans le secours des Grecs et des Romains? Les Van Eyck ne tentaient-ils pas, à la même époque, loin de tout modèle classique, de régénérer leur art ? Qu'importe que leurs élèves, désespérant d'atteindre à la beauté absolue, aient fini par se convertir et par demander des leçons aux Italiens! Les deux fondateurs de l'École flamande, pareils à Masaccio, dominent leur siècle de toute leur grandeur. Modèles bons ou mauvais, enseignement, initiation, ces questions, capitales pour le troupeau servile des imitateurs, qui constituent une école , importent peu à l'homme de génie qui l'a fondée.

A l'époque où Masaccio parut, les « Giottesques », à force de répéter les formules du maître (les anciens disaient : « Jurare in verba magistri »), étaient les représentants les plus pitoyables de la stagnation intellectuelle. Les types et les gestes en quelque sorte stéréotypés, propres aux élèves des grands maîtres de la Renaissance, sont, somme toute, supportables, puisqu'ils reproduisent des modèles d'un art parvenu à son apogée. Mais comment tolérer ces éternelles répétitions des types et des gestes du xinc et du xivc siècle, c'est-à-dire d'un style qui est presque toujours incorrect et défectueux, du moment où l'on fait abstraction du point de vue historique, pour le juger à celui de l'esthétique pure ? Masaccio, pour secouer ce joug odieux, n'eut qu'à faire ce que Giotto avait fait cent cinquante années auparavant : à regarder la nature sans parti pris. Il profita, dans ses investigations, de ressources inconnues à son devancier, et notamment des progrès réalisés dans la perspective et l'anatomie.

Si, en tant que naturaliste, Masaccio s'est engagé dans une des deux voies ouvertes par Donatello, — le seul artiste du xve siècle, avec Man-

tegna, qui ait su copier avec une égale supériorité la nature et l'antique, — il a été, sous un autre rapport, tributaire de Brunellesco. En examinant, à Santa Maria Novella, la merveilleuse fresque de la Crucifixion, ou plus exactement de la Trinité, il est impossible de ne pas être frappé de la beauté de l'encadrement architectural. Les pilastres corinthiens et les colonnes ioniques qui supportent l'arcade à caissons sous laquelle se passe la scène, les deux médaillons à palmettes qui l'ornent, la frise, l'architrave et la corniche qui la surmontent, tout est irréprochable par les proportions comme par l'ordonnance, et témoigne de l'étude des meilleurs modèles. Ce ne sera pas la seule fois que nous verrons les réalistes les plus acharnés du xve siècle proclamer la supériorité de l'architecture antique, rendre un hommage indirect à son restaurateur, à Brunellesco. On trouvera dans la suite de ce travail différents autres exemples, établissant l'influence du grand architecte florentin sur un domaine où on ne l'avait jusqu'ici pas soupçonnée.

De même que Masaccio, dont on a si souvent prononcé le nom à côté du sien, Masolino da Panicale (né en 1 383), est avant tout un champion du naturalisme. Les fresques qu'il exécuta, entre 1428 et 1435, au baptistère de Castiglione d'Olona, le prouvent surabondamment; c'est à elles seules, en effet, qu'il convient de nous attacher, sous peine de rentrer dans la discussion ouverte depuis tant d'années au sujet du Carminé et de Saint-Clément de Rome. Que l'on examine, à Castiglione d'Olona, la conception ou le style, les types ou les costumes, rien ne trahit la plus légère préoccupation de l'archéologie. Donner aux physionomies le plus de caractère et de vie, aux scènes le plus d'animation possible, telle est l'unique ambition de Masolino. Il y a réussi: dans le Baptême du Christ, le groupe des convertis, occupés l'un à s'essuyer, l'autre à remettre ses chausses, annonce par la justesse de l'observation et la vivacité de l'action le fameux groupe des baigneurs, introduit par Michel-Ange dans le carton de la Guerre de Pise.

Masolino cependant connaissait les chefs-d'œuvre laissés par les Grecs et les Romains : nous en avons pour preuve les édifices qui encadrent ses compositions, notamment le Festin d'Hérode. Aussi bien le maître s'était-il rendu à Rome pour y compléter son éducation : « Andatosenc

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