‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 43 sur 132 · PIERO DELLA F R AN CE SCA · texte numérisé non relu

PIERO DELLA F R AN CE SCA

instant. Les deux chevaux blancs, attelés au char sur lequel trône Frédéric, ne sont pas indignes des modèles créés par la statuaire romaine ; quant au génie qui tient les rênes, il peut à la rigueur passer pour un Cupidon. Mais là s'arrêtent les concessions du réaliste toscan : les figures allégoriques qui entourent, d'un côté Frédéric, de l'autre la duchesse, sont des créations absolument conformes à la tradition du moyen âge; on remarquera surtout la femme qui, debout derrière le prince, a pour mission de le couronner : c'est un ange, non une Victoire.

Le lecteur ne s'attend sans doute pas à voir figurer, parmi les Précurseurs de la Renaissance, le pieux, le mystique Fra Angelico. Si nous ne considérons que ceux de ses ouvrages qui sont disséminés dans la Toscane, nous trouvons en effet un esprit rebelle à toutes ces nouveautés. Mais suivons -le à Rome, pénétrons clans cette chapelle du Vatican, doublement vénérable par le souvenir de son fondateur, le pape Nicolas V, et de son décorateur; analysons ces fresques de la vie de saint Etienne et de saint Laurent : l'antiquité y célèbre un de ses plus rares triomphes; celui qui a été le peintre par excellence du christianisme sacrifie sur l'autel du génie grec et romain. La Ville Éternelle, qui, en matière d'art, a accompli tant de miracles, n'en compte assurément pas dont elle ait le droit de se montrer plus fière.

Dans ce cycle admirable, la composition, les types, la décoration, tout témoigne de l'influence des modèles anciens. Et cependant la pensée reste sincèrement chrétienne. Pour résoudre ce problème, Fra Angelico, nous l'avons montré ailleurs, n'avait qu'à suivre l'exemple de son illustre protecteur, le pape Nicolas V. De même que celui-ci sut concilier le culte des humanités avec les exigences de la foi, unir Cicéron et saint Augustin dans une commune admiration, de même le peintre réussit à emprunter à l'antiquité un certain nombre de formules, sans rompre avec les enseignements chrétiens. De tout temps, il avait été attiré par cette simplicité qui forme le caractère distinctif des monuments antiques : elle lui paraissait bien préférable aux raffinements du style gothique. Examinez son œuvre. Vous y verrez, dans tout ce qui se rattache à l'art de bâtir, une prédominance marquée desTignes horizontales sur les lignes verticales,

des colonnes sur les piliers, du plein cintre sur l'ogive. A Rome, il se trouva donc tout naturellement porté à adopter d'une manière définitive r architecture et l'ornementation antiques. La belle basilique, au seuil de laquelle saint Laurent distribue les aumônes, montre avec quel succès il

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