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LE POGGE

maîtresse, et il ne se fit pas faute de demander à tous ceux avec lesquels il était en relations de lui donner, qui un marbre, qui une pierre gravée. Il semble avoir particulièrement mis à contribution un riche collectionneur génois, Andreolo Giustiniani 1 : celui-ci lui expédia des bustes en marbre, un cachet avec le portrait de Trajan, une médaille d'or; mais cette dernière seule parvint à destination 2. Parfois aussi le Pogge s'adressait à des amateurs dont il n'était nullement connu, leur demandant de lui céder, soit à titre gracieux, soit à titre onéreux (aut precibus aut precio), quelques pièces de leur collection. Ayant appris qu'un habitant de Rhodes, un certain Suffreto, avait réuni une grande quantité de statues3, il lui écrivit pour le supplier de partager avec lui4. Sa requête fut favorablement accueillie, et le frère François de Pistoie5 fut chargé de lui rapporter trois bustes de marbre et une statue entière, haute de deux coudées. Fra Francesco rapporta en effet à son correspondant trois bustes, l'un de Junon, l'autre de Minerve, le dernier de Bacchus, mais il semble résulter d'une lettre découverte par Tonnelli qu'il se permit une légère substitution et que les bustes remis au Pogge provenaient, non de Rhodes, mais de ChioG. Quant à la statue, le porteur affirma qu'elle lui avait été dérobée pendant une maladie.

Ce ne fut pas la seule fois que le frère François de Pistoie trompa l'attente de son correspondant. Ce voyageur, qui avait plusieurs fois visité la Grèce, avait promis monts et merveilles (maria, ut aiunt, et montes

1. « Peto... ut si quod habes signum marmoreum, vel caput nobile, in quo dando non magnopere offenderis, velis mihi id elargiri, mittereque per Franciscum, donum futurum mihi gratissimum omnium, quai quidem donari possint. » (Rome. s. d ) Voy. l'édition de V Historiée de varietate fortunée libri quatuor, publiée par Giorgi, Paris, 1723, p. 184.

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