Lettre de 1416, liv. IV, nu
2. Le prime raccolte d'antiche iscrifioni compilate in Roma ira il jinire del secolo XIV e il cominciare del XV. Rome, i852,p. i o5- 1 y3.
3. « Video quidem », lui écrit Salutato, « te pauco tempore nobis Urbem totam antiquis cpigrammatibus traditurum. » (Voigt, Die Wied'erbelebung des classischen Alterthums, 2° éd., t. I, p. 270.)
4. « Existimo autem avaros ideo appellatos nonnullos quod avidi essent œris, qui enim cupidi illius nimis erant, atq. in eo quaîrendo summam operam, plurimumque studii ponebant, avari nominabantur. Si hoc verum est, inquit Antonius subridens, nulli modo existunt avari. Auri enim argentiq. nostri homines cupiditate ducuntur, non œris. Atqui, inquit Bartholomœus, id nomen ejusmodi hominibus tune inditum fuit, cu'm nondum esset ullus usus vel aurea;
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comparaison de ses théories avec certains passages de Pline l'Ancien nous montre qu'il a largement puisé dans les écrits de son prédécesseur 1 .
Les services rendus par Poggio Bracciolini à la cause de l'archéologie ne sont pas moins éclatants. En nous restituant les écrits de Vitruve, de Frontin, de Pline l'Ancien, de Lucien, de Pausanias, des Philostrate, il a doté l'archéologie d'inappréciables instruments de travail 2. Il se serait borné à ces découvertes, que son mérite serait déjà grand. Mais il a voulu aller au delà. Ses descriptions des monuments antiques de Rome sont d'une précision jusqu'alors inconnue; elles forment un singulier contraste avec les rêveries dans lesquelles se complaisait, au siècle précédent, Pétrarque. Celui-ci, nous l'avons vu, avait pris la pyramide de Cestius pour le tombeau de Rémus, alors qu'un coup d'ceil jeté sur l'inscription qui y est tracée en gros caractères aurait suffi pour le convaincre de son erreur. Le Pogge, au contraire, ne cesse de mettre en regard des monuments les textes qui se rapportent à eux, il contrôle, par les témoignages authentiques, les opinions reçues, fait justice des légendes du moyen âge, restitue à toutes ces vénérables ruines leurs appellations véritables.
Il s'était pris d'un amour profond pour les vestiges de l'antique splendeur des Romains. Jusque dans l'extrême vieillesse, il ne cessait de les étudier, de les admirer. Une lettre adressée par lui à B. Fazio, vers 145 1, nous fournit un beau témoignage de la vivacité de ses sentiments. « Je m'aperçois, lui écrit-il, que vous désirez voir Rome. N'était l'ouvrage
monetce, vel argentre. Nam aes solum in precio est habitum apud Romanos usque ad bellum Punicum primum. Quinque enim annis ante id bellum, argentum primo est signatum bigarum et quadrigarum nota : anno Urbis conditae quingentesimo octogesimo quinto. At anno post secundo et sexagesimo nummus aureus percussus est. ^Es autem Servius Tullius primus signavit nota pecudum, unde et pecunia dicta, cum antea rudi œre uterentur. Ita, licet variaretur monetaî materia, idem tamen avaro nomen mansit », etc. (De Avaritia : Opéra, éd. de 1 538, p. 6.)
1 . « Servius rex, ovium bovumque effigie primus ajs signavit. » (Histoire naturelle, liv. XVIII, ch. III.) — « Servius rex primum signavit aes... Signatum est nota pecudum, unde et pecunia appellatum. »(Ibid., liv. XXXIII, ch. XIII.)
2. Je suis heureux de me trouver d'accord, sur ce point du moins, avec le regretté Stark, dont le manuel d'archéologie ( Handbuch der Archœlogie der Kunst, Leipzig, 1878, p. 81) contient malheureusement, pour la période dont nous nous occupons, bien des lacunes, bien des inexactitudes.
auquel vous travaillez en ce moment, je vous encouragerais fort à visiter cette ville, autrefois flambeau éclatant de l'univers. J'y suis arrivé tout jeune; il y a bien des années déjà que je l'habite, et cependant, chaque jour, il me semble que je la parcours pour la première fois, tant est vive l'admiration que j'éprouve pour toutes ces belles choses. La vue de ces édifices, que les sots, dans leur ignorance, considèrent comme l'œuvre des démons, me remplit sans cesse d'une joie inexprimable. »
Dans son traité De varietate fortunée, le Pogge fait parcourir à ses lecteurs les ruines de la Ville éternelle, et oppose l'état de dégradation, dans lequel la cité se trouvait alors (vers 143 1), à son antique splendeur. On n'a certainement jamais tracé un tableau plus vivant, plus éloquent, plus poignant de ce que l'humaniste toscan appelle l'inconstance de la fortune. Je veux du moins reproduire quelques extraits de ces pages admirables. « C'était, dit-il, peu de temps avant la mort de Martin V. Le pape, malade, avait quitté Rome pour se rendre dans les montagnes de Tusculum. Profitant de nos loisirs, nous nous mîmes, Antonio Loschi et moi, à visiter les endroits déserts de la Ville éternelle. Nous étions frappés de stupeur en réfléchissant aux dimensions de ces édifices aujourd'hui écroulés, en contemplant ces ruines immenses, et en pensant à la chute d'un si puissant empire. Y eût-il jamais plus éclatant et plus lamentable exemple de l'inconstance de la fortune ! Un jour que nous avions gravi la colline du Capitole, Antonio, fatigué, me proposa de descendre de cheval. Nous nous assîmes sur les ruines de la roche Tarpéienne, près d'un bloc de marbre, ayant autrefois servi, je crois, de seuil à un temple. Autour de nous des colonnes, la plupart brisées; plus loin le regard s'étendait librement sur la plus grande partie de la cité. Après avoir pendant quelque temps contemplé ce spectacle, Antonio me dit, en poussant un soupir, et comme en proie à une surprise profonde : « Quelle différence, ô Poggio, « entre ce Capitole et celui qu'a chanté notre cher Virgile :
« Aurea nunc, olim silvestribus horrida dumis. »
« On devrait retourner le vers et dire : » Aurea quondam, nunc squalida » spinetis vepribusque referta » : colline autrefois dorée, aujourd'hui « inculte et couverte de broussailles. N'est-ce pas ainsi que Marius, après
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« avoir été le maître de Rome, vint un jour, banni, jeté par la tempête « sur la côte d'Afrique, s'asseoir sur les ruines de Cartilage, et compa- « rant son propre sort à celui de cette ville, se demanda lequel des deux <( offrait le plus éclatant exemple de l'inconstance de la fortune ? Pour « moi, je ne saurais comparer la ruine de Rome à aucune autre cata- « strophe de ce genre... Tu as beau parcourir les chroniques, les témoi- « gnages des auteurs de tous temps, tu ne trouveras pas un changement « comparable à celui qu'a éprouvé Rome, la plus belle et la plus brillante « des villes. Non, ce mot de ville ne lui convient même pas; elle était, « d'après Lucien, comme une partie du ciel. Et cette cité s'étend aujour- « d nui devant nous, dépouillée de toute parure, comme un cadavre gigan- « tesque défiguré par les blessures, cette cité, patrie de tant d'hommes et « d'empereurs célèbres , nourrice de tant de généraux et de princes , « mère de tant de vertus, de sciences, d'arts. C'était elle qui engendrait « autrefois la discipline militaire, la sainteté des moeurs, le lien salutaire « de la loi, les exemples de la vertu, les coutumes les plus louables; elle « était la maîtresse de toutes choses. Aujourd'hui, par un destin cruel, « non seulement elle a perdu le pouvoir et la majesté, elle souffre encore « l'esclavage, elle est défigurée et avilie, et ses ruines seules témoignent « de son antique grandeur... »
A cette éblouissante vision succède la description des monuments de la Ville éternelle, une des études à la fois les plus pittoresques et les plus précises que nous possédions. L'auteur, assurément, commet encore plus d'une erreur d'attribution ; c'est ainsi qu'il prend la Cloaca maxima pour un ouvrage du temps d' Auguste. Mais il nous délivre du moins des légendes des Mirabilia, et jette les bases d'une discussion vraiment scientifique. Son travail marque, dans l'histoire de la topographie et de l'archéologie romaines, le point de départ d'une ère nouvelle.
Poggio s'était créé à Florence, où il passa ses dernières années, une existence de tout point enviable. Riche, considéré, époux d'une belle et jeune Florentine, appartenant à la famille noble des Buondelmonti, père de beaux enfants, dont le bégayement le charmait plus que les discours les plus éloquents, il avait fait de sa villa, située à quelque distance
des fortifications, un véritable sanctuaire de l'art et de la littérature. Sa
Valderiniana, c'est le nom qu'il lui avait donné, renfermait une salle spécialement destinée à la bibliothèque ; on y voyait de belles séries de manuscrits grecs et latins. Une autre salle renfermait les antiques. Dans cette retraite, l'ancien secrétaire apostolique, devenu chancelier de la République florentine, goûtait tour à tour les joies de la famille, les plaisirs de l'étude, les charmes de la société de quelques amis éprouvés. Les lettres qu'il écrivit à cette époque respirent une sérénité, un bonheur sans nuages; il ne craignait qu'une chose, c'est que le ciel ne lui enviât une félicité si grande. Qui aurait dit que ce parfait sage, ce philosophe émérite, possédait au suprême degré le génie de la raillerie et de l'invective, qu'il était le licencieux auteur des Facéties, le plus féroce des insulteurs, le précurseur, l'émule de l'Arétin !
Le musée de la Valderiniana comprenait surtout des marbres. Les bustes remplissaient toute une salle. Malheureusement, ils avaient presque tous le nez brisé. C'était de Rome, où il avait résidé si longtemps, que le Pogge avait rapporté les morceaux les plus remarquables. Mais il avait également mis à contribution les autres villes d'Italie. Grotta Ferrata, Tusculum, Albe, Ferentino, le Mont-Cassin avaient fourni leur contingent. Ses recherches s'étendaient jusqu'aux îles de l'Archipel. C'était alors l'âge d'or des collectionneurs. En une seule fois on découvrit à Chio, dans une caverne, près de cent statues intactes, d'un travail exquis. Poggio, transporté de joie, s'empressa de communiquer cette nouvelle à son ami Niccoli : il espérait bien avoir sa part du trésor. Signalons à ce sujet les artifices employés par les marchands du temps. Pour tirer de leurs trouvailles un prix plus élevé, ils les plaçaient sous le patronage le plus illustre. Un buste romain de la plus basse époque se transformait en une œuvre de Phidias; les noms de Polyclète et de Praxitèle étaient prodigués aux productions les plus vulgaires. Mais le Pogge avait trop voyagé pour ne pas être clairvoyant ; il n'était pas homme à s'en laisser imposer par ces charlatans de Grecs, ces « Grasculi », qui dans son estime occupaient une place peut-être encore plus infime que les Barbares auxquels il avait, en Suisse ou en Allemagne, arraché tant de manuscrits précieux.
Le Pogge avait beaucoup trouvé par lui-même. Son musée s'enrichit plus encore par les dons de ses amis. La discrétion n'était pas sa qualité