Opéra, éd. de 1 538, p. 32i
5. Voy. sur ce personnage la Storia délia Letteratura italiana, de Tiraboschi, éd. de Milan, t. VI, p. 299.
6. Shepherd, Vita di Poggio Bracciolini, Florence, 1825, t. I, p. 259.
i24 LES PRÉCURSEURS DE LA RENAISSANCE
pollicitus). Mais il revenait d'ordinaire les mains vides. Aussi l'humaniste finit-il par le traiter d'homme vain et léger, de bavard, de charlatan, de menteur effronté, presque d'escroc.
Le musée créé par le Pogge au prix de tant d'efforts fut dispersé après sa mort par la faute de ses héritiers : « le sue sustanze », dit son contemporain Vespasiano, « andarono a maie1 ». Tout nous autorise à croire que ces dépouilles opimes tombèrent, comme tant d'autres, entre les mains des Médicis.
A côté de ces brillants humanistes vivait un pauvre et obscur savant qu'on appelait maître Thomas de Sarzane. D'abord précepteur des enfants de Palla Strozzi, il fut chargé dans la suite par Cosme de Médicis de composer pour ses manuscrits une sorte de canon bibliographique. Sa classification parut tellement remarquable qu'elle fut adoptée non seulement pour les bibliothèques des couvents de Saint-Marc et de Fiesole, mais encore pour celles de Frédéric d'Urbin et d'Alexandre Sforza. Niccolô Niccoli et Traversari l'honoraient de leur amitié2. Ce modeste travailleur devait dans la suite devenir le plus illustre des protecteurs de l'art et de la littérature, le grand pape Nicolas V. Monté sur le trône pontifical, Thomas de Sarzane n'oublia pas ses amis florentins, et plus d'un d'entre eux reçut des marques éclatantes de sa libéralité et de sa gratitude. Les noms de L. B. Alberti et de Fra Angelico sont indissolublement liés au sien. Il prouva à Philelphe aussi à quel point les souvenirs de Florence étaient restés vivants clans l'âme de l'ancien bibliothécaire de Cosme. Traversant Rome pour se rendre à Naples, l'humaniste fut fort surpris de voir arriver chez lui des envoyés du pape, qui le contraignirent de se présenter devant leur maître. Là, Nicolas V lui rappela leur ancienne liaison, lui demanda des nouvelles de ses travaux, lui offrit de le prendre à son service, et finalement lui fit don d'une bourse contenant 5oo ducats d'or.
Un autre pape encore, champion non moins ardent de la Renaissance,