MINIATURE EXÉCUTÉE POUR PIERRE DE MÉDIC1S
PIERRE DE MÉDICIS i5g
de 3,6oo ducats. L'argenterie à elle seule est cotée plus de 7,000 ducats. La bibliothèque enfin représente, d'après l'inventaire, une valeur d'environ 2,700 ducats.
Les évaluations de Pierre sont généralement assez basses. Ainsi il ne compte que i,5oo ducats pour la licorne qui, trente années plus tard, sera estimée 6,000 ducats. Le camée représentant Dédale et Icare ne figure clans son inventaire que pour une somme de 100 ducats, alors que clans celui de Laurent (1492) il est porté pour une somme quadruple.
Les œuvres modernes, et cette lacune est fort regrettable, ne sont pas comprises clans l'inventaire, pas plus d'ailleurs que les marbres antiques. C'est qu'à cette époque on était encore sous l'influencé des préjugés du moyen âge aux yeux duquel trésor et musée étaient synonymes. On n'inventoriait que les pièces précieuses proprement dites, c'est-à-dire les ouvrages en or ou en argent, les gemmes et joyaux, les tentures. Il fallait qu'au prix de la main-d'œuvre vînt s'ajouter celui de la matière première. A cet égard l'inventaire de Pierre de Médicis, aussi bien que celui du cardinal Barbo, rédigé vers la même époque (1457 et années suivantes), ne diffèrent guère encore de celui de Boniface VIII (1295). Et cependant quel pas gigantesque les idées n'avaient-elles pas fait depuis lors!
L'inventaire de Laurent le Magnifique marquera, sous ce rapport, comme nous le verrons, un progrès véritable.
Prise dans son ensemble, la collection des Médicis, à l'époque à laquelle nous nous plaçons, offrait une composition sensiblement différente de celle de l'admirable musée réuni à Rome par le cardinal Barbo. Moins riche dans la plupart des sections antiques, elle lui était notamment inférieure en ce qui touchait l'art byzantin. Elle l'emportait par contre sur lui par le nombre et la beauté des productions appartenant à la Renaissance. La bibliothèque de Cosme et de Pierre était, très certainement aussi, beaucoup plus considérable que celle de leur rival romain. Dans l'une et l'autre collection on est d'ailleurs frappé de la quantité prodigieuse des ornements proprement dits, sacrés ou profanes. La description des chapelets en pierres dures, des bourses de soie, des escarcelles, des ceintures brochées d'or, des gants brodés d'or ou d'argent, des coffrets précieux, occupe de longues pages dans l'inventaire du banquier
i6o LES PRÉCURSEURS DE LA RENAISSANCE
florentin aussi bien que dans celui du prélat. C'est que le luxe n'était pas alors un vain mot ; il avait jeté des racines profondes et était devenu comme une raison d'être pour tous ceux qui émergeaient de la foule.
L'année même de la mort de Pierre, en 1469, une occasion unique s'offrit aux Médicis d'étaler de nouveau en public les richesses de leur garde-meuble : je veux parler du mariage de Laurent avec Clarisse Orsini. Quel dommage que le chroniqueur se soit plutôt attaché à énumérer les plats servis aux convives qu'à nous décrire les merveilles qui furent exhibées aux yeux des Florentins éblouis! L'histoire de l'art y a perdu des indications précieuses. Tel qu'il est, le récit nous permet cependant de deviner le luxe déployé par la famille du nouveau marié. Ici on voyait un pavillon réservé aux danseurs et orné des tentures les plus magnifiques; ailleurs des tables fléchissant sous le poids de la vaisselle plate. Les cadeaux offerts à la mariée excitaient l'admiration universelle : ils comprenaient une cinquantaine de bagues, d'une valeur de 10 à 60 ducats chacune, une pièce de brocart, un compotier en argent massif et beaucoup d'autres objets non moins précieux. On regardait surtout avec envie le splendide livre d'heures offert par l'ancien précepteur de Laurent, messire Gentile de' Becchi : il était écrit en lettres d'or sur du parchemin teinté d'azur, et renfermé dans une reliure de cristal et d'argent. Il avait coûté, disait-on, 200 ducats1.
Jean, le frère de Pierre (mort le Ier novembre 1463), était lui aussi le digne héritier du grand Cosme. Nous le trouvons de fort bonne heure en relations avec le peintre Giovanni Angelo d'Antonio de Camerino2, avec Fra Filippo Lippi3, avec le fameux architecte Aristotele di Fioravante de Bologne ''. En 1458, il envoie un tableau de Fra Filippo au roi ne Sicile Alphonse V :'. Une lettre publiée par Gayefi, une autre encore
1. Délie no^e di Loren^o de' Medici cou Clarice Orsini nel 146g; informapone di Piero Parenti Fiorentino. Florence, 1870, etc. (Per le nozze de Florestano ed Eliza dei conti di Larberel.)