‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 81 sur 132 · JEAN DE MÉDICIS · texte numérisé non relu

JEAN DE MÉDICIS

inédite, nous le montrent s'occupant de faire venir des Flandres de riches tapisseries. Dans la première de ces lettres, en date du 22 juin 1448, son correspondant Fruoxino lui écrit de Bruges qu'il a vu à la foire d'Anvers une tenture de Y Histoire de Samson, du prix de 700 ducats environ. Il lui déconseille de Tacheter, d'un côté à cause de ses trop grandes dimensions, de l'autre à cause des nombreux cadavres représentés dans la composition. Fruoxino ajoute, avec beaucoup de raison, que ce n'est point là un motif de décoration pour un salon. Il lui signale en outre une tenture de V Histoire de Narcisse, plus petite et coûtant i5o ducats seulement.

PORTRAIT DE JEAN DE MÉDICIS, d'après une médaille du cabinet de M. A. Armand.

Mais cette seconde suite était d'un travail assez grossier, comme en général toutes les tapisseries qui n'étaient pas faites sur commande. Le plus simple, ajoute Fruoxino, serait d'envoyer un carton à Bruges : on chargerait alors le meilleur tapissier de la ville d'exécuter la tenture. — C'était parler d'or.

Jean de Médicis semble avoir suivi ce conseil. Dans une nouvelle lettre, probablement écrite vers 1460, un autre de ses correspondants, Tommaso Portinari, également fixé à Bruges, lui annonce qu'un maître

de la ville vient de terminer les deux « espaliers » qu'il lui avait com-

i62 LES PRÉCURSEURS DE LA RENAISSANCE

mandés. Il loue la beauté du travail. Cette fois-ci, Jean avait fait exécuter les cartons à Florence et les avait envoyés dans les Flandres pour les y faire traduire sur le métier. (C'est une combinaison que nous trouvons en honneur pendant tout le xvc siècle.) Ces tentures obtinrent un si vif succès qu'un des clients du tapissier brugeois lui en commanda sur-lechamp un second exemplaire.

Jean était également un ardent collectionneur d'antiques. Il osa entrer en lutte avec le puissant cardinal Pierre Barbo. Mal lui en prit, comme nous le prouve la lettre que lui adressa de Rome son frère Charles. Voici à peu près la teneur de cette pièce, dont le sens ne me paraît pas avoir été toujours bien compris :

« Quand vous avez quitté Rome, vous m'avez chargé de vous envoyer les figures (statues) que vous a procurées Me Bernard 1 ; je n'ai rien négligé pour vous les faire tenir.

« J'avais acheté récemment une trentaine de médailles fort belles à un aide du Pisanello, qui mourut ces jours-ci. M>" de Saint-Marc (le cardinal Barbo) l'apprit, je ne sais comment, et me rencontrant un jour aux Saints-Apôtres, il me prit par la main et ne me lâcha point avant de m'avoir conduit dans son appartement. Là, il m'enleva ce que j'avais dans mon escarcelle, des bagues et de l'argent pour une vingtaine de florins, et ne consentit à me le rendre qu'après que je lui eusse donné les médailles en question. Il alla jusqu'à se plaindre au pape 2. »

Voilà, certes, une terrible humeur de collectionneur. Que pouvait faire un simple citoyen florentin contre un adversaire aussi ardent, armé des foudres de l'Eglise ! Jean ne se découragea point cependant. Dans une nouvelle lettre, Charles lui annonce qu'il a recueilli à son intention une trentaine de monnaies de bronze.

Dans les négociations entreprises en dehors de Rome, Jean de Médicis semble avoir été plus heureux. Un sculpteur de Viterbe, nommé Pellegrino d'Antonio, lui offrit, entre autres, deux beaux bustes qui vinrent augmenter, selon toute vraisemblance, les collections du palais de la Via Larga3.

Page 1