Revue archéologique, octobre
tapisseries, des meubles réunis dans le palais de la Via Larga. Pour les tableaux et les sculptures nous y apprenons même les noms des artistes, renseignement rare dans un document de cette époque. Malheureusement, l'inventaire n'a trait qu'au palais de Florence, et pour celui-ci même il se borne, sauf un petit nombre d'exceptions, aux œuvres d'art ayant une valeur vénale. Pas un mot, par exemple, des statues exposées dans les jardins. C'est là une lacune fâcheuse, qu'il ne nous sera pas possible de combler entièrement.
Le « casino », avec le jardin situé près de la place Saint-Marc, tel était le lieu réservé aux antiques. Vasari nous apprend que la loge donnant sur le jardin, les salles, et jusqu'aux sentiers, tout était garni de statues d'un style excellent1.
Un sculpteur distingué, élève de Donatello, était chargé de la garde de ces collections, en même temps que de l'éducation des jeunes artistes groupés autour des Médicis. Ce maître intéressant, le premier en date, et en quelque sorte l'ancêtre des conservateurs de musées, mérite de nous arrêter quelques instants.
Bertoldo était né à Florence vers 1420; il reçut les leçons de Donatello, dont il peut être considéré comme le collaborateur. Le maître, en mourant, lui laissa une partie de sa succession artistique. Peut-être, en devenant gardien des collections des Médicis et professeur à l'Académie des beaux-arts instituée par eux, ne fit-il que remplacer dans cette position celui auquel était due la réunion de tant de chefs-d'œuvre, celui-là même dont il se proclama le disciple. Il y a, en effet, tout lieu de croire que Donatello avait eu auprès de Cosme et de Pierre les attributions, sinon le titre, d'un véritable conservateur d'antiques. Ainsi que cela se voit de nos jours encore, il cumula sans doute ces fonctions avec celles de restaurateur. Quoi qu'il en soit, Bertoldo avait assez de talent pour occuper un rang honorable parmi les artistes contemporains. On cite de
1. T. VII, p. 2o3. — Aux marbres précédemment énumérés, au Marsyas restauré par Donatello, à celui qui fut complété par Verrocchio, il faut ajouter une statue de Caton le Censeur, statue de tout point semblable à celle qui se trouvait dans les premières années du xvi° siècle chez les Cesarini, à Rome. Nous sommes redevables du renseignement à Claude Bellièvre, de Lyon, qui visita Florence et Rome à la fin du pontificat de Jules II et au commencement de celui de Léon X.
lui deux enfants sculptés en bois, en 1485 ', et un Bellérophon en bronze, conservé au xvic siècle à Padoue, chez messire Alexandre Capella2. Un bas-relief en bronze représentant une bataille, dont nous donnons ci-contre la reproduction3, enfin la belle médaille de Mahomet4, montrent aujourd'hui encore que l'amateur était doublé chez Bertoldo d'un artiste sérieux. Bertoldo mourut au mois de décembre 1491.
La glyptique, la plus riche peut-être de toutes les sections du musée, comprenait : i° de nombreux vases en pierres dures; 20 des camées, et 3° des intailles. La première de ces classes était représentée par de superbes vases en jaspe, des coupes ou des tasses en sardoine, en cristal de roche, en agate, en améthyste, avec des montures en argent doré souvent garnies de perles, de rubis ou de diamants, parfois aussi d'émaux. Pour les camées, l'inventaire de 1492 est très certainement incomplet; il n'en énumère qu'une trentaine. Ce n'était là, à coup sûr, qu'une partie minime de la série formée par Laurent. Le reste se trouvait peutêtre à Poggio, à Caffagiuolo, ou à Careggi. Nous verrons en effet qu'en 1496, c'est-à-dire deux ans après le pillage des collections médicéennes, le fils de Laurent, Pierre, possédait encore 167 camées antiques, 2 camées (modernes) de petite dimension, une tête en calcédoine, et 6 pierres gravées diverses. Quant aux intailles, l'inventaire n'en énumère qu'une quarantaine. Ici encore, ce document est très certainement incomplet.
Le médaillier se composait de plus de 2,3oo pièces, à savoir : 200 monnaies diverses, 2 médailles grecques, 284 médailles en argent, 1,844 médailles en bronze. On voit dans quelle proportion énorme Laurent avait augmenté le fonds réuni par son père et par son aïeul.
Les vases dits étrusques figuraient également clans le palais de la Via
1. Milanesi et Pini, La Scrittura di artisti italiani, n° 60.
2. « Lo Bellerofonte de bronzo, che ritiene el Pegaso, de grandezza d'un piede, tutto ritondo, fu de mano de Bertoldo, ma gettado da Adriano suo discipulo, et è opéra nettissima e buona. » (Morelli, Notifia d'opere di disegno, p. 16.)
Voy. dans Gualandi [Nnova Raccolta di Lettere sulla pittura, scultura ed architettura, t. I, p. 14) la plaisante lettre par laquelle Bertoldo supplie Laurent, en 1479, de l'admettre au nombre de ses cuisiniers.
3. Vasari, éd. Lemonnier, t. III, p. 261, 267, 269; t. VII, p. 204; éd. Milanesi, t. II, p. 42?.