‹ Les précurseurs des félibres, 1800-1855Chapitre 13 sur 42 · M. ANTONIN GLAIZE · texte numérisé non relu

M. ANTONIN GLAIZE

AUGUSTE TANDON

Maison Qua.nliti

AUGUSTE TANDON

Dès la première année de ce siècle, un contemporain de Fabre d'Olivet, celui-là même qui fut surnommé « le troubadour de Montpellier )>, Auguste Tandon, faisait paraître dans cette ville, où il était né, un volume de Fables, Contes et autres pièces en vers, destiné à un grand succès. Succès mérité, du reste, car, malgré quelques gallicismes introduits en fraude pour les besoins de la consommation populaire, aucun re-

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cueil dans ce genre et dans cette langue n'est supérieur à celui d'Auguste Tandon pour la verve, l'esprit, le naturel, la gaieté décente et communicative. D'autres auront plus d'ampleur et de variété ; leur domaine s'étendra plus loin et sera plus riche. Auguste Tandon n'a que deux champs à lui, deux champs modestes, mais qui, bien cultivés, ont donné plus d'une fois des moissons glorieuses, et où les glaneurs eux-mêmes font tous les jours d'honorables fortunes. Fabuliste et conteur, Auguste Tandon, soit qu'il imite, ou qu'il crée, n'a d'autre mérite — et il a suffi à son ambition comme il suffit à notre plaisir — que celui de suivre d'assez près les traces de La Fontaine ou de ses émules, et de montrer comme eux, dans cette comédie aux cent actes divers de la Fable et de l'Humanité, sa verve enjouée ou moqueuse, tantôt aiguisant Tépigramme et tantôt simplement badine, mais toujours sans fiel en ses traits les plus vifs, les plus acérés.

Notre conteur était d'une famille où le savoir, les dons heureux de l'imagination et de l'esprit étaient et sont restés héréditaires. L'un de ses parents, Antoine Tandon (17 17-1806), médecin et anatomiste, a laissé un nom à Montpellier dans la science médicale du XVIII® siècle. Un autre, Barthélémy Tandon (i 720-1 775), se distingua comme directeur de l'Observatoire, construit en grande partie par ses soins sur une tour des anciens remparts de Montpellier. C'est lui qui fit, dans cette ville, les premières observations de latitude. Aussi les encouragements de Cassini, Lacaille et Le-

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tnonier, lorsque ceux-ci s'occupèrent de prolonger la méridienne de l'Observatoire de Paris dans le Midi de la France, ne lui manquèrent pas. Il se livra ensuite, afin d'élever plus aisément sa nombreuse famille, à des opérations de banque, qui furent loin de l'enrichir. Doué, paraît-il, de beaucoup d'esprit, il composa quelques poésies languedociennes, notamment une chan* son à boire qu'on dit fort originale et qui devint facilement populaire. Toutes ces dispositions devaient revivre dans notre fabuliste et se perpétuer encore après lui.

Auguste Tandon montra, en effet, de rares aptitudes pour les mathématiques. Il reçut des leçons de littérature du joyeux prieur de Celleneuve, l'abbé Favre, et entra comme commis dans la maison de banque de son parent Barthélémy Tandon, qui le prit plus tard pour son associé. Nous ne savons si la fortune sourit plus à ses calculs qu'à son inspiration. La fable de VAg'ouni:{an qui se termine par ce vers satirique : Es lin talos, réussira, nous ferait supposer le contraire^ Quoi qu'il en soit, l'élève'de l'abbé Favre fit honneur à son maître, et s'il n'atteignit pas les proportions colossales de son rire homérique, il ne tomba jamais dans les excès de trivialité qui donnent un cachet spécial à l'œuvre du fameux abbé. On verra, dans la notice suivante, que son petit-fils Moquin-Tandon a dignement continué les traditions intellectuelles de sa famille.

Pendant la Révolution, Auguste Tandon remplit les fonctions d'officier municipal, de vérificateur de l'em-

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prunt forcé et de commissaire des guerres. Il était lié avec son compatriote Cambon, le créateur du Grand- Livre de la Dette publique, et entretint avec lui une correspondance suivie. La poésie languedocienne dut servir de délassement à ses graves occupations, qui ont laissé peu de traces dans son œuvre. Nous n'avons en effet, dans son recueil, que deux fables, écrites en 1790, et une autre dédiée à Chaptal, ministre de l'intérieur sous l'Empire, qui contiennent des allusions aux événements politiques de ces deux époques. A part ces exceptions, le poète ne quitte jamais le domaine des idées morales, des conseils pratiques suggérés à son esprit judicieux et bien équilibré par le spectacle de la vie humaine; c'est dire qu'il touche à bien des choses délicates, mais toujours d'une main légère, avec la discrétion et la réserve d'un homme de bonne compagnie, ce qui n'exclut ni le piquant ni la franchise.

Comment donner une idée de la manière à la fois élevée, simple et familière de notre conteur ? Comment choisir, parmi une centaine et plus de fables et de contes, le meilleur spécimen de son talent ? On pourrait citer parmi ses contes : Lou Saraiè, L'Apendris arrachur de dents, Lou Jiigeamen del loup où se donnent libre carrière les qualités ordinaires de notre conteur, assaisonnées parfois d'un grain de malice rabelaisienne, dans le dernier notamment. A noter aussi des bonheurs d'expression tels que celui-ci : aviè la mina amoustelida, qui peint admirablement les traits tirés, allongés, d'un homme épuisé d'excès, et

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dont l'expression museau de fouiue ne peut donner qu'une idée approximative. Parmi ses fables, certaines imitations de La Fontaine et d'autres fabulistes, «tous grands arrangeurs du bien d'autrui », peuvent être mises, sans trop de désavantage, à côté de leurs modèles. Celles dont il a trouvé les sujets autour de lui ont encore plus de saveur. Nous pourrions indiquer en ces divers genres lou Singe et lou Dauphin, lou Veouie, VEsclava, Vlndiena, et bien d'autres; mais comme des titres n'apprennent rien, il vaut mieux décrocher un de ses plus jolis crayons et le mettre sous les yeux du lecteur.

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