CONCLUSION
La Révolution de Février a donc échoué.
D'abord, depuis le jour qu'elle a éclaté jusqu'à sa fin, elle a mis la France dans un état de crise dont tous les intérêts ont souffert, principalement ceux des classes populaires qu'elle se proposait de serviri Elle voulait atténuer la misère, elle se flattait môme de l'abolir : elle Ta aggravée. Elle aspirait à dimi* nuer la somme des souffrances injustes : elle l'a accrue.
Ses gouvernants étaient sûrs d'établir à l'intérieur une paix durable et de rapprocher les diverses catégories sociales. Ils ont abouti à la guerre civile et à l'émeute.
Ils croyaient doter la France d'une Constitution définitive, qui garantirait ses libertés. Leur œuvre a été compromise dès sa promulgation et a sombré peu de temps après, en telle sorte que le pays s'est trouvé moins avancé au lendemain de la Révolution qu'il ne l'était la veille. Sous Napo-
léon III, les Français seront moins indépendants et moins protégés par les institutions qu'ils ne Tétaient sous Louis-Philippe. Le droit public subit une régression.
Néanmoins la Révolution de Février n'a pas été stérile.
Elle a été une magnifique explosion d'idées généreuses et de sentiments humanitaires. Or, malgré les insuccès et même les faillites, il en reste toujours quelque chose *. Elle est, à la lettre, la semeuse, l'auguste semeuse de pensées qui germeront et qui plus tard porteront leurs fruits ^. Par le suffrage universel^ elle a donné naissance « à la démocratie et à l'égalitarisme, qui sont des faits avec lesquels il faut compter, qu'on le veuille ou non et quelle que soit l'opinion qu'on puisse avoir* ». C'est d'elle que viennent, en droite ligne, l'instruction primaire gratuite et obligatoire, le principe de la nation armée, la séparation des Eglises et de l'Etat, l'interventionnisme d'Etat sous ses innom-
1. « Les problèmes sociaux qui se résument ainsi : trouver une organisation rationnelle et aussi juste que possible de l'humanité, ont été posés par la France en 1789 et en 1848; mais en général celui qui pose les problèmes n*est pas celui qui les résout * (Ernest Renan).
2. « 1848 a été le point d'aboutissement de la plus grande des Révolutions : la révolution psychologique » (Gh. Benoist).
3. « La République de Février a donné à la Révolution Toutil, le glaive, destiné à la rendre invincible : le suffrage universel • (Jacques Piou).